Basse de métal
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Conclusion
Le Métal, comme nous avons pu le constater, est un vaste domaine musical recensant de multiples ramifications, chacune d'elles comportant plus ou moins ses particularités. En ce sens, c'est pourquoi nous n'avons pu en traiter ici qu'une infime portion, celle-ci axée sur des éléments qui nous semblaient importants et significatifs du genre, dans le but d'une première approche la plus limpide possible. Cependant, cette approche que nous avons voulu mener plus particulièrement autour des trois pivots suivants — Description / Réflexion / Critique — afin d'assurer une certaine cohérence sur l'ensemble, nous a permis de dégager un nombre sensible de problématiques que nous allons maintenant essayer de synthétiser.
Reprenons tout d'abord quelques points exposés dans notre mémoire afin d'en dégager l'essence même qui semble caractériser le Métal. En effet, si l'on observe son émergence, on peut estimer que le Métal a été une forme de transgression nouvelle et réactualisée vis-à-vis du Rock, le Métal reprenant les schémas propres à son prédécesseur et les menant dans de nouvelles contrées plus virulentes, plus exacerbées. Le bruit et la violence, sur lesquels nous avons tenté une réflexion, font partie de ces facteurs, outils de démesures que le Métal s'est approprié pour se singulariser vis-à-vis du Rock et d'autres musiques « populaires ». Mais nous avons pu en outre constater que ces deux éléments inhérents au Métal étaient à apprécier au-delà de leur définition propre, la maîtrise de ces deux paramètres contrastant de fait avec par exemple le "bruit" dans la musique punk, cette dernière étant soumise à moins de contrôle.
De même, le visuel grandiloquent affiché par le Métal, ses emprunts à la symbolique morbide, à la démesure et à la provocation sont à examiner avec précaution : nombreux sont ambivalents et n'expriment pas forcément ce qu'ils semblent manifester au premier abord. Nous avons pu par exemple relever cette ambiguïté pour les aspects dérivés du satanisme ou encore ceux liés à l'idéologie fasciste. Les thématiques et textes du Métal nous ont eux aussi montré l'importante disparité entre les sujets abordés et les sous-genres de Métal dans lesquels ceux-ci s'inscrivaient. Néanmoins, nous avons pu tout de même constater cette propension au morbide, au côté sombre dans l'ensemble du Métal, point substantiel et à marquer d'une croix : se manifestant sous divers registres, il est un caractère essentiel de cette musique, qu'il soit traité avec conviction ou non.
Les pratiques gestuelles liées à cette musique nous ont également révélé une forme de transcendance recherchée au travers du chaos, ce dernier étant créé par la musique et l'univers l'environnant lors d'un concert. Véritables formes d'exutoire, elles participent à la
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recherche d'un ailleurs au contact de la musique. "Violentes" dans leur aspect visuel, elles n'en sont pas moins contrôlées par l'effet de masse, et par ce fait sont la plupart du temps maîtrisées dans ce semblant d' "arène" où elles se produisent. Pratiques à double-sens encore une fois, où le jeu sur l'état-limite recherché prend ici tout son sens. D'un autre côté, nous nous devons de souligner encore ce point par souci d'objectivité : cela dépend du type de Métal, la variété du genre fait que de telles pratiques peuvent être totalement absentes dans un concert dit de « Métal ». Par ailleurs, le jeu sur la notion d'identité (sexuelle en ce qui nous concerne) nous a pareillement dévoilé un véritable attrait pour l'ambiguïté : à un pendant viril du Métal lui répond un autre courant situé à son extrémité, ce dernier développant des atouts particulièrement efféminés.
En outre, l'aspect musical est lui aussi dans cette continuité. Tendant vers une véritable puissance sonore à travers l'utilisation des différents instruments utilisés dans ce genre, il n'en exploite pas moins une variété de formes considérable, entre par exemple le Lite-metal (le plus "doux") et le Black-metal (le plus "brutal"). Le traitement du chant, rien qu'à lui seul, est d'une diversité relativement notable dans cette appropriation primale qu'est le cri et qui se manifeste sous diverses formes. La virtuosité, l'aspect technique recherché tendent également vers ce schéma de puissance, ce que la dérive « néo-classique » du Métal accentue également en y ajoutant une dimension de prestige. Le Métal veut exploiter son inaccessibilité de prime abord au travers de ces différents schémas musicaux, et là encore révèle une autre de ses ambiguïtés : cherchant la reconnaissance musicale par ses développements de plus en plus ouverts et pointus, il n'en veut pas moins rester paria, c'est-à-dire cultiver son côté underground, ou en d'autres termes persister dans une musique "souterraine" qui échappe aux médias de masse par son intransigeance "brutale" et sa démarcation "technique" vis-à-vis d'autres musiques « populaires » plus accessibles.
De ces différents points abordés au sein de notre mémoire et que nous avons essayé de synthétiser ici, il nous semble ressortir une problématique principale sur laquelle se forge le Métal : la notion d' extrême. En effet, il semblerait que tout point émergeant dans l'évolution du Métal développe en contrepartie son caractère opposé. À des courants développant l'apologie bruitiste et violente (le Death-metal et le Black-metal par exemple), le Lite-metal fait contrepoids par sa propension presque délicate. Au Black-metal d'obédience satanique répond le White-metal glorifiant Dieu. Au cheveux longs, essence visuelle même du genre, apparaissent les crânes rasés. À l'image virile et machiste prédominante, le Glam-metal se fait androgyne et pointe avec ferveur ses bijoux, maquillage et collants. Contre une image véhiculée et mettant en avant la "sauvagerie bête et simple" du genre, se développe un Métal
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élaboré (émancipation du rythme), piochant même dans des traditions qui pourraient lui sembler contradictoires au premier abord (le « Classique »). Cette notion d'extrême nous paraît particulièrement importante, car elle semble l'essence même du genre si l'on tente un tant soit peu de prendre du recul sur ce phénomène musical. Et ce n'est peut-être pas sans raison qu'un des principaux slogans ancré dans le mouvement est le suivant : Extreme Music For Extreme People. Pour nous l'interrogation reste de mise, musique extrême peut-être, mais pour gens extrêmes c'en est moins sûr. Et c'est là que s'amorce une véritable interrogation de fond : quelles sont les tensions qui fondent l'objet Métal ? Car, en effet, notre hypothèse du Métal comme courant construit sur le concept d'extrême implique une telle interrogation (parmi d'autres) pour mieux comprendre son rapport au monde, en somme ce qu'il définit plus largement sous les angles musicaux, sociaux, voire philosophiques dans lesquels il s'inscrit. C'est d'ailleurs ce que nous allons maintenant essayer d'aborder succinctement.
Peu d'études semblent aujourd'hui avoir recensé et expliqué ce que le Métal traduit au-delà mêmes de ses aspects sociaux ou musicaux. Si les études sur lesquelles nous nous sommes appuyés pointent ci et là un certain nombre de caractéristiques propres au genre, les tentatives pour cerner le Métal dans un ensemble plus grand — celui de son rapport au monde en somme — sont souvent ébauchées mais relativement peu étayées. En ce sens, un travail d'envergure reste à faire, l'objet Métal foisonnant de subtiles particularités méritant d'être approfondies. Travail important par conséquent, et que notre DEA a amorcé en tentant d'y inscrire un « état du sujet ». Ainsi, pour conclure, voici quelques hypothèses de développement que nous nous proposons d'entreprendre pour une future étude plus élaborée sur ce genre musical.
Notre thèse principale sur ce mouvement semble de plus en plus se confirmer vers ce schéma qualifié d'extrême que nous avons déjà exprimé auparavant. En effet, si nous avons évoqué l'ambiguïté du Métal, ou encore sa protéiformité, ces deux notions peuvent s'inclure dans notre premier nommé, car elles en sont en somme constituantes de par leur nature. L'ambiguïté au sein du Métal reste confinée dans l'extrême, car étant dans nos analyses exposée sous forme d'un parti-pris opposé à une forme existante (Black-metal et White-metal, image virile et image efféminée, etc.), ce ne sont donc pas diverses ambiguïtés qui se traduiraient sur des niveaux relativement proches. De même pour l'aspect protéiforme il nous semble : la création de nouveaux styles au sein du Métal s'avère souvent une réaction face à un conservatisme trop prégnant, de ce fait s'instaurent de nouvelles logiques de transgression qui tentent un contrepoids à l'immobilisme ambiant. Transgression, radicalisme, extrémisme, qui pourtant se constituent par paliers de manière stable jusqu'au prochain renouvellement.
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De ce fait, il apparaît de nouveau ici une question fondamentale : en effet, comment le Métal réussit-il à se constituer de cette manière, dans son refus continuel de l'altérité ? D'autre part, la question musicale reste elle aussi de mise, entre désir de reconnaissance et refus d'appartenir à un ensemble sous couvert d'estime, le Métal se cherche : pas totalement « populaire » par la peur qu'il instaure et qui le fait souvent refuser d'emblée par le non-initié, et surtout par le fait qu'il tente d'inscrire dans ses schémas musicaux des procédés considérés a priori comme « savants » ; et de l'autre côté, pas totalement « impopulaire » par le succès qu'il rencontre vis-à-vis d'un noyau dur et important d'initiés. Le Métal serait-il en train de basculer vers l' apopulaire, c'est-à-dire vers une zone frontière telle que le Jazz l'a connue ? En d'autres termes, une zone en dehors d'une phase d'accessibilité première par la mise en place de schémas musicaux pouvant nécessiter l'intellect, mais néanmoins restant un mouvement encore soutenu et écouté par de nombreuses personnes de par son caractère attractif d'indiscipliné. Le fait qu'aujourd'hui des personnes reconnues dans la sphère musicale plus "élitiste" — les musiciens et compositeurs Médéric Collignon, Marc Ducret, ou Frédérick Martin par exemple — considèrent cette musique de manière "sérieuse" tend à une nouvelle appréhension du phénomène : par conséquent, notre travail futur devra prendre en compte cette perspective pour ainsi mieux comprendre le Métal et ses tensions intérieurs et extérieures vis-à-vis de cette manifestation récente. Pour répondre à ces quelques questions symboliques (mais ne constituant qu'une infime partie du champ d'investigation à mener), il nous faudra sûrement embrasser le genre métal de manière plus profonde que nous n'avons pu le faire dans ce premier travail : en nous insérant par exemple plus étroitement dans les différents milieux et communautés qui le forment, afin d'avoir une certaine proximité vis-à-vis des phénomènes décrits ici, ce que notre relation déjà intime au genre de par notre parcours nous facilitera sûrement. Tout cela sans perdre de vue le recul et la réflexion essentiels lors de toute analyse d'un tel phénomène, la problématisation du Métal et la véritable compréhension de son univers étant un fonctionnement subtil entre ces deux composantes. Mais, pour conclure sur ce mémoire, voici un dernier point relativement important, résumé sous un certain angle de nos propos précédents, et révélateur d'une démarche qu'il ne nous faudra pas omettre si nous voulons aboutir : le Métal est une musique récente, en pleine construction. En somme, une musique en devenir. Par conséquent, tout véritable travail de compréhension sur ce genre devra se faire avec prudence et précaution, sans jugements hâtifs et fixés irrémédiablement : pour comprendre ce qui est devenu, pour mieux appréhender ce qui va devenir, et pour ainsi établir avec pertinence son rapport plus global au monde.
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