Comment gagner en attaque sans mediator

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, à leur exemple, ceux dont ils furent, les instituteurs, cachaient avec tant de soin les principes de cette science, et s'ils ne les révélaient qu'aux seuls initiés et dans le secret du sanctuaire, il ne faut pas croire que ce Sui à cause de l'obseurité de ces principes ou de la difficulté qu'il y avait à les comprendre, on se tromperait fort. La plupart de ces principes et ceux de la musique, en particulier, étaient d'une extrême simplicité. Mais cette simplicité même était un écueil redoutable, que ces hommes prudents avaient voulu éviter. Ils savaient que rien ne mérite la vénération du vulgaire, que ce qui l'étonne ou l'intimide, ce qui est au-dessus de sa compréhension, de Ses efforts, ce qui se voile d'une mystérieuse obscurité. Une chose qui se communique aisément, qui brille d'une clarté facile, que chacun, en la voyant, en la possédant pour la première fois, croit avoir toujours vue, toujours possédée, est une chose qui se dégrade à ses yeux et
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à qu'il ne tarde pas à mépriser. C'est la vérité qu'il faut bien se garder de livrer à ses outrages. Le vulgaire aime l'erreur précisément à cause de la fatigue qu'elle lui donne à créer, qu'elle lui colite à comprendre.
Il se l'approprie à force de soins, et voilà pourquoi il y tient ;.c'est un sentiment d'amour-propre qui rattache à son ouvrage, car Terreur est rouvrage de l'homme et comme elle est une diversité de son essence, chaque homme peut avoir la sienne ; tandis que la vérité, qui émane de l'unité, est commune à tous, est la même pour tous.
On ne saurait s'imaginer combien d'efforts inutiles, " d'efforts à contre-sens, les 'hommes ont faits, depuis l'extinction des lumières et la fermeture des sanctuaires antiques, pour retrouver les principes oubliés de la musique ; combien de systèmes opposés se sont élevés, combattus, renversés tour à tour Il faut avoir lu tout ce qui a été écrit sur cet objet, depuis Cassiodore et BoRhius jusqu'à nos jours, pour s'en former une idée.
Le judicieux Tartini, après avoir fait une étude précieuse de ces ouvrages, avoue qu'il n'y avait rien trouvé qui pût l'éclairer, même sur la marche diatonique, dont il présume, avec raison, qde les anciens avaient à dessein caché le principe constitutif. « Il`est très certain, dit-il (£), que le défaut d'une connais- sauce parfaite du genre diatonique (dont il présume) a toujours empêché et empêcherà éternellement les savants de remonter à la source de l'harmonie... »
(t) Principi Annonia. Prof., p.
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Ceux qui pensent que cette connaissance consiste seulement dans l'étude de l'échelle musicale se trompent ; mais leur erreur cul involontaire, car, comment espérer de pénétrer dans la raison de cette échelle ?. Ce n'est point, assurément, au moyen des livres des professeurs. Il n'y en a pas un seul qui traite solidement de cette question primordiale, pas même parmi ceux qui nous sont venus des Grecs. Il est bien vrai que Pythagore et Platon en ont laissé entrevoir les dehors, en découvrant ce qu'ils ont jugé nécessaire au développement de l'harmonie qu'ils regardaient comme la loi immuable de l'univers ; mais ils ont, en même temps, pris le soin jaloux d'en voiler les principes intimes dont ils avaient résolu de faire un mystère. Lesfcrivains grecs postérieurs, tels que Didyme,. Aristoxène, Ptolomée, se sont contentés, par la suite, de jeter quelques lueurs sur ces dehors que les deux premiers philosophes avaient découverts et livrés à leurs discussions, sans jamais approcher des principes qui n'étaient pas de leur ressort.
• Roussier, celui de tous les écrivains modernes qui a le plus approché de tous ces principes, attribue au seul hasard son heureuse découverte à cet égard, ne jugeant point que rien de ce qui a été écrit dans ces derniers temps eût pu le mettre sur la voie (I). Je dirai, en, son lieu, comment ce savant théoricien, par son défaut de méthode, sa précipitation et ses préjugés, a été empêché de tirer de ses travaux le fruit qu'il
(I) Mémoire sur la musique cies anciens .-
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en devait attendre, et pourquoi un principe aussi précieux qu'il avait trouvé, est demeuré stérile entre ses mains. Il est nécessaire, à présent, que je prévienne une difficulté qui pourrait s'élever dans l'esprit d'un lecteur attentif, en lui •expliquant la raison pour laquelle, de tant d'initiés qui ont dù connaître les principes des sciences en général, et ceux de la musique en particulier, aucun n'a été tenté de les divulguer.
Les premiers instituteurs des mystères, pénétrés des a raisons que j'ai rapportées, et voulant imiter la divinité qui se dérobe à nos sens et se plaît à cacher les ressorts de la nature, semèrent de difficultés les sen tiers de l'initiation, s'environnèrent des voiles de l'allégorie et ne parlèrent d'abord que par la voix des syMboles, afin de piquer davantage la curiosité des hommes, les exciter à faire des reproches, et connaître leur constance au milieu des épreuves sans nombre qu'ils leur faisaient subir. Ceux qui parvenaient aux derniers grades de l'initiation juraient de ne jamais trahir les secrets qui leur étaient confiés, et prêtaient aux autels de Cérès ou d'Isis•le plus redoutable des serments. Il ne leur était permis, en aucune façon, d'en écrire, et ils ne pouvaient s'en entretenir de vive VOIX qu'avec les seuls initiés. La peine de mort, était également prononcée et contre le parjure qui osait manquer à ses serments, et contre l'indiscret qui, sans être initié., tentait de profaner les mystères.
L'opinion était si forte à cet égard que le criminel, quel qu'il fùt, ne trouvait aucun asile et que chacun
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le fuyait avec horreur. Le poète Eschyle, soupçonné d'avoir exposé sur la scène un sujet mystérieux, n'échappa qu'avec peine à la fureur du peuple, et ne put être absous du crime qu'on lui imputait, qu'en prouvant qu'il n'était pas initié. La tête de Diagoras fut mise à prix pour le même objet. Andocide, Alcibiade, furent accusés et coururent risque de perdre la vie. Aristote n'échappa lui-même qu'avec peine aux poursuites de l'hiérophante Eurymédon. Enfin Philolafis courut un grand danger, et Aristarque, de Samos, subit une accusation juridique, l'un pour avoir dit et l'autre pour avoir écrit que la terre n'étriit pas au centre de l'univers; divulguant ainsi une vérité que Pythagore n'avait enseignée que dans les voiles du mystère.
Ainsi donc, les initiés, que la religion des serments n'aurait pas eu la force de retenir, étaient empêchés de parler par la crainte des supplices: et comme tout ce qui concernait les principes était oral et traditionnel, il dépendait entièrement de l'hiérophante, seul dépositaire des traditions antiques, de mesurer ses révélations sur la capacité recinnue des initiés. C'est aussi ce qu'il fit, tant que, les mystères conservant leur pureté originelle, il fut digne lui-même de recevoir et de en server le dépôt qui lui était confié; *mais dès que la corruption des moeurs publiques eut entraîné celle des lois, dès que le sanctuaire lui-même ne fut point à l'abri du débordement, et que l'hiérophante cessa d'être le plus vertueux des hoinmes , alors, recevant la tradition sans l'apprécier ni la.comprendre, il en dédaigna la simplicité et l'al-
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téra de toutes les manières pour l'accommoder à ses fausses idées. L'initiation, dégénéiant insensiblement, ne fut plus qu'une cérémonie vaine. Les' prêtres de` Cérès, comme ceux d'Isis et de Cybèle, tombèrent dans le mépris et, par leurs farces ridicules et leurs' moeurs scandaleuses, devinrent la risée de la popu-' lace. Le secret des mystères disparut avec la vertu qui' en était la vie. Des protecteurs, lets que Commodi,• Caracalla et Domitien, en cherchant à ranimer ce' Cadavre, ajoutèrent encore à sa corruption, et les tus-- tères; tout à fait dégénérés, ne furent plus que des` écoles de débauches, lorsque la vertueuse Isis, au lieu`. d'un sanctuaire :n'eut' plus, à Rome, qu'un lieu de prostitution, connu sous le nom de jardin de la déesse.
Si quelques hommes privilégiés saisissaient, au lieu de cedésordre, un reste de vérité suruageant sur la masse des erreur.s,- et osaient le produire, ou ils. n'étaient pas compris, ou, frappés des traits du ridicule, ils tombaient victimes d'une orgueilleuse igno-• rance. Les opinions et les préjugés du peuple s'éri-
geaient de toutes parts en science, et ceux qui avaient.
des talents ne les employaientplus qu'à donner à ces illusions une sorte de consistance, en les étayant de quelque apparence de raison. C'est ainsi que. le célèbre Ptolémée, dans le second siècle de l'ère clivé- - tienne, après avoir, à force de calculs, réduit en système astronomique l'opinion de la populace touchant les mouvements des corps célestes, entreprit aussi de donner un fondement aux erreurs de son'temps sur la
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musique.. avait été guidé, dans le premier travail, par Eudoxe, il le fut, dans le second, par Didyme et Aristoxène.. Cet Aristoxène, disciple -d'Aristote et par conséquent ennemi de Platon, avait fait son livre dans la seule vue de combattre la doctrine spéculative, d'opposer le physique au moral, le sensible à l'intellectuel, et d'élever ainsi le Lycée sur les débris de l'Académie. Il soutenait, ,contre le sentiment de Pythagore, que c'était à l'oreille seule à juger de la justesse des intonations musicales. On peut voir, par ce que- rapporte Cicéron, jusqu'à quel point il corrompait les idées. de Platon, en ayant l'air de les expliquer. Il disait que,reomme le chant est dans les instruments, la proportion fait l'harmonie, de méme toutes les parties du. corps sont tellement disposées; que, du. rapport qu'elles ont Les unes avec les autres, l'âme Ch résulte.
Voilà l'idée que Cabanis a trop éloquemment développée, en présentant, ainsi qu'Aristoxène, l'âme comme une faculté du corps, Des quatre cent ci nquante' trois volumes qu'Aristoxène avait composés, un seul nous est resté, c'est celui surfa musique que MeibonMus a traduit'.
CHAPITRÉ VI
Théon, de Smyrne, élève de Platon, écrivit pour soutenir la doctrine de son maitre ; comme il était sans doute initié, et qu'il ne pouvait parler "ouvertement des principes, ses comparaisons et ses express'ions obscures ne purent empêcher l'ascendant que prit rapidement le système d'Aristoxène, plus clair en apparence et s'attachant de plus près à la physique d'Aristote, dont la célébrité commençait à s'établir. D'ailleurs, les esprits fortement inclinés eu matéria. lisme offraient, à tout Ce qui était physique, une prise que la métaphysique n'y trouvait pfus. Mors s'élevèrent deux sectes rivales : celle des pythagoriciens qui voulurent que les intervalles musicaux fussent fixés d'après certains rapports authentiques, dont ils ne dévoilaient pas les principes ; et celle des aristo.N.éMens, qui prétendaient s'en tenir an jugement de l'oreille pour la fixation de ces...mêmes intervalles dont ils indiquaient les rapports, d'après le calcul de 1' cx périence.
->/l n'est pas douteux que ces deux sectes conter].
VICISSITUDES DE CETTE SCIENCE
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dantes n'aient produit tour à tour une multitude de livres polémiques, dont le temps nous a épargné les vaines discussions. Nous savons seulement que Damon, le maître de Socrate, Analixas, roi de Zangle, Aristophane, le fameux Démocrite, d'Abdère, Antisthène, le fondateur de cyniques, Euclide, Dioclès, Phi-
Timothée, Mélanipide, Lucien, Porphyre, Apulée, Jamblique, et une foule d'autres avaient écrit sur la musique. On a le traité de Plutarque, oit l'on voit que, loin d'éclairer la question, tant de disputes n'avaient servi qu'à l'embrouiller. De l'oubli des principes et de l'incertitude des expériences, naissaient une foule de contradictions. Chacun avait son système et son intonation particulière. Ptolémée qui, comme je l'ai dit, entreprit de soumettre à de certaines règles ces opinions discordantes, fat obligé d'admettre cinq 'espèces de diatoniques : le diatonique mol, le - tonique, l'ancien, l'intense et l'égal. Enfin les ténèbres; toujours croissantes, s'augmentèrent encore par la submersion dc l'empire romain qui, envahi, d'un côté, pa'r une religion, de l'autre par des essaims toujours renaissants de Barbares, privé de vertus et par conséquent incapable de résister à cette double attaque; céda de part et d'autre, se déChira lui-même, et finit, en s'écroulant, par étouffer • sous ses débris un. peu de là science et des lumières qui restaient encore.
La musique disparut. Les hordes farouches qui prétendaient à l'empire du inonde n'étaient point propres, dans la rudesse et la grossièreté de leur berceau, à goûter beaucoup les douceurs de la mélodie, et le
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Culte que leur préparait la Providence, né dans robs- entité et nourri parmi la classe la plus ignorante du peuple, n'était point destiné à leur inipirer d'abord l'allient des sciences. C'était mi frein imposé 'à leur barbarie, un ferment nécessaire au futur renouvellement des lumières. `Je ne rappellerai point ici l'épouvantable tableau que les écrivains-contemporains ont tracé de ces hordes dévastatriees. L'hiStorien Procope assure qu'un sentiment d'humanité arrête sa plume, et qu'il ne veut pas transmettre à la postérité da détails capables de l'effrayer. ldace, Isidore, Victor de Vite, saint Augustin, cherchent en vain des expressions assez énergiques pour peindre les horreurs dont ils sont les tristes témoins. Ces Barbares, non seulement imoraient les arts, mais encore ils les méprisaient:Le nom liœnain, pour eux, renfermait tout ce qu'on peut imaginer de bas et de Melle, (l'avare et de vicieux. Ils regardaient les sciences connue la source cela corruption et de l'avilissement de l'àme. Or, les premiers chrétiens avaient absolument les mêmes idées. C'étaient, de l'aveu des historiens, des hommes de la plus basse condition, sans éducation et sans lettres. Ils condamnaient tous les arts comme pernicieux et le commerce comme, inique. Un de leurs plus célébres écrivains, Clément d'Alexandrie, proscrivait la musique, tant vocale qu'instrumentale, et défendait surtout de jouer de la flûte. Ainsi les peuples et la loi qu'ils devaient subir étaient faits l'un pour l'autre, e la Providence seule pouvait prévoir qu'il sortirait de cet amalgame effrayant, la nation éclairée et sage
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qui domine à présent sue l'Europe, et dans le sein de laquelle les sciences doivent renaître plus brillantes que jamais.
Plutarque rapporte qu'un roi des Scythes, nominé Athées, ayant entendu un habile joueur de flûte, dit qu'il aimait mieux le hennissement de son cheyal. On sait, par une infinité de témoignages, que ces peuples avaient une telle aversion pour les sciences et pour les livres qui en traitent, qu'ils les détruisaient partout où la guerre les rendaient maîtres. Le ravage et l'incendie suivaient partout leurs pas. Cet esprit de haine et de destruction fut encore échauffé et nourri par celui d'une religion intolérante. Près de trois siècles après leurs plus violentes incursions, et lorsque, fixés depuis longtemps, ils devaient être plus calmes, le pape saint Grégoire n'en faisait pas moins détruire par leurs mains les plus beaux monuments de Rome et brûler autant de livres antiques qu'il en pouvait saisir. C'est à ce pape que nous devons les premiers éléments de la musique moderne et le chant qu'on appelle grégorien en mémoire de son nom. C'est sur ce chant que se règle encore notre mélodie et que notre harmonie a pris sa naissance. Saint Grégoire, implacable ennemi de tout ce qui venait des Grecs et des Romains, qu'il regardait comme inspirés du démon, s'Acistitua su tétracorde ancien, un hep,aeorde, c'est-à-dire qu'au lieu de la quarte, dans laquelle Pythagore avait renfermé les bornes du mode, ce pape posa une septième et voulut qu'on entonnât sept sons de suite, an lieu de quatre, ne donnant, du reste, aucune raison de
(Suite.)


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