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Cette- vénération que Kong-Tsée avait pour la musique, il l'avait puisée dans les livres sacrés de sa nation. Ces livres ne parlent de cette science que pour la louer et en raconter les merveilles.
Selon le Li-Ki, elle est l'expression et l'image de
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l'union de la terre et du ciel ; ses principes sont inimitables; elle fixe l'état de toutes choses; elle agit directement sur l'âme et fait entrer l'homme en commeree avec les esprits célestes. Sa fin principale est de régler les passions. C'est elle qui enseigne aux pères et aux enfants, aux princes et aux sujets, aux maris et aux femmes, leurs devoirs réciproques. Le sage trouve dans ses accords une source inépuisable d'instruction et de plaisirs, avec des règles invariables de conduite. Le. Chou-King, livre canonique de premier ordre, rapporte que l'Empereur Chiez, en nommant un Mn- Gier pour présider sur cette science, lui dit : « Je vous charge de présider ,à la musique : enseignez-la aux fils des grands, pour leur apprendre à allier la droiture avec la douceur, la politesse avec la gravité, la bonté avec le courage, la modestie aveu le mépris des vains amusements. Les vers expriment les sentiments de l'àme, le chant passionne les paroles, la musique module le chant, l'harmonie unit• toutes les voix et accorde avec elles les divers sons de l'instrument • les. coeurs les moins sensibles sont touchés. et l'homme s'unit h l'esprit. » Itouei était le nom du sage dont l'empereur avait fait choix pour lui confier cet important emploi. C'est de lui, qu'il est écrit dans le mème livre, dont l'antiquité remonte à plus de deux mille ans an-dessns de celle oh l'on place l'apparition de l'Orphée grec, qu'il savait adoucir les hommes les plus féroces. remplir leur àme de transports délicieux, et au moyeu de son art, animant la pierre sonore des instruments, attirer les alli rrtil ux et le, -reiee tressaillir
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d'aise autour de lui. J'aurais trop à faire, si je voulais citer en détail tous les textes des livres chinois qui parlent de la musique.•
Pan-Koti, le plus fameux historien de la Chine, assure que toutes les doctrines des kings servent \ prouver la nécessité de cette science. Les poètes et les orateurs la définissent, l'écho dela sagesse, la maîtresse et la mère de la vertu, le messager des volontés du TIEN, nom qu'ils donnent à l'être suprèmc; la science qui dévoile cet ètre ineffable et ramène l'homme vers lui. Les écrivains de tous les âges lui attribuent la puissance de faire desCendre sur terre les esprits supérieurs, d'évoquer les mànes des ancêtres, d'inspirer aux hommes l'amour de la vertu et de les porter à la pratique de leurs devoirs. « Veut-on savoir, disent-ils, si un.royaume est bien gouverné, si les moeurs des habitants sont bonnes ou mauvaises? Qu'on examine la musique qui y a cours. »
En réfléchissant sur ces idéeS que des hommes, tels que Pythagore et Kong-Tsée, ont également adoptées et qu'ils ont fait adopter à leurs disciples en des contrées si éloignées, après les avoir puisées dans les livres sacrés des deux plus anciennes nations du monde, il est difficile de les croire dépourvues de tout fondement et d'attribuer au hasard seul leur singulière coïncidetice. Il me semble, malgré ce qu'en peut dire un certain- Delaborde, qui n'a fait ses 'quatre volumes in-40- que pour prouver la supériorité de notre Musique; que cette supériorité n'est rien mole que prouvée et qu'il ne parait pas du tout, comme -ale
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dit, que les anciens fussetit absolument des ignorants en cet art. H est bien vrai que nos symphonistes modernes, ne pouvant rien comprendre aux merveilles dont parlent les anciens, prennent le parti de les nier ; mais une dénégation n'est pas une réponse, et il ne suffit pas de dire qu'une chose n'est pas vraie pour • qu'elle ne le soit pas.
Il faut le prouver, et cela est impossible, à moins de prendre pour une preuve irrésistible ce raisonnement qu'ils font en s'enfermant dans le cercle vicieux que leur suggère l'amour-propre aimes très savants en musique, et notre- musique est la meilleure des musiques possibles ; or, ,nous ne saurions pour tant y voir ce que les anciens voyaient dans la leur;. ni effectuer par don moyen ce que les anciens effectuaient : donc les anciens étaient des ignorants, des visionnaires, des rustres. Fort-bien. Il n'y a là-dedans qu'un point à reprendre : c'est qu'on y pose en fait.. ce qui est en question.
CHAPITRE III
VÉRITABLE CAUSE DES EFFETS MORAUX
DE, LA MUSIQUE..
Sans chercideaàdier une chose aussi bien démontrée que la puissance morale de la triasique chez les anciens, cherchons plutôt à découvrir les causes de cette puissance, et perdons, s'il Se peut, la mauvaise habitude que l'ignorance et la paresse nous ont fait contracter de nier effrontément ce qui sort de la sphère de nos connaissances, et de traiter de visienflaires ou d'imposteurs ceux qui ont vu dans la nature des choses ce que rions n'y voyons pas. Tâchons de nous persuader que la vue intellectuelle de l'homme peut s'étendre ou se raccourcir comme sa vue physique, pénétrer avec plus ou moins de justesse et de force dans l'essence des choses, comme dans l'espace, et embrasser à la fOis dans l'une ou l'autre sphère un nombre plus considérable de rapports, suivant que les circonstances la favorisent ou' qu'elle s'est exercée à les saisir ; sachons qu'il est des différences notables d'individu à.individu, de peuple à peuple ; considérons les temps et les lieux, les révolutions politiques et les
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vicissitudes de !a nature, et souvenons-nous que dans un brouillard épais, par exemple, un' homme distingùera moine, les objets, :.quoique doué d'une excellente vue, que celui qui, avec des yeux moins pénétrants, les aura examinés dans lé Calene' d'Un air pur.. Or, PEnrope, Couverte pour 'd'Un
brouillard spirituel, à perdu les lumièree étrangères' qu'elle avait reeties de l'Afrique 'et de l'Asie ;'11rruik tion des hordes septentrionales a entraîné situ elle toute l'épaisseur dei:Ombres cimmeriennei. Quoique ses habitants 'soient généralement douée d'une vue motalé assez fertile et qu'ils pessèdenff Me me un esprit erinvestigatiOn plus péfiétrant et"beaticottp plus actif que eelui.des nations asiatiques, ils n'ont, pas. pu néatimeitte'aCquerir les thèmes connaissances
leduelles, à &Irisé des ténèbres profondes qui les environnaient.: -
Les sciences :p4siques, dont ils " ont allumé lei flaMbeaux; lente, ont bien servi, il est vrai, pour se'. conduire' dans cette 'longue --" ; mais, quelque brillaht qu'ait été leur éclat, il n'a pu leur Montrer que'là forme extérieure des choses ; il est vrai qu'ilè ont (M'Inn cette fortite extérieure beaucoup mieux que les peuples antiques, à cause de ces menues sciences physiques dont le besoin les a forcés de is'éclairer, et iiu'ils'ont pôrtées à un, degré de perfeedon qu'Clles n'avaient jamais iitteint. dans aucun temps aussi peut-on êtré certain'iluau niorneia la lumière intellectuelle,. brillant sur e,•, dans (otite sa ihree; aura dissipé un reste de ténèbres (pie le
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préjugé, l'ignorance et l'orgueil systématique retiennent encore, les peuples de l'Europe moderne verront des, choses • que n'ont pu voir jamais ni ceux de l'Europe ancienne, ni leurs instituteurs, les Asiatiques ou les .Africains.
En attendant que la marche irrésistible de l'univers amène ce moment heureux, et porte les modernes au faite 'de la science, examinons, sans partialité, les routes que les anciens avaient parcourues, et sachons, aux rayons naissants de l'intelligence, les suivre • d'abord pour les surpasser ensuite.
La musique, dont j'ai entrepris de faire eonnaitre les principes, ne consiste pas, comme je l'ai déjà fait 'entendre, dans les formes extérieures : si les formes étaient tout dans cette' Science, je me garderais bien d'écrire sur eesujet ; car, où seraient nies titres ? En les regardant comme dépendantes de la Composition, ce serait aux grands maitrès, à Pergolèse, ^Càuck, Durante, Léo, Sacehini, Cimarosa, Handel, Haydn, Boccherini, qu'il aurait appartenu de les décrire ; en les considérant comme intimement liées à Pexécttlicin, ce serait aux eélèbres'virtuoses, à Balthazard Ferri, à Posi, à Faustine Bordoni, comme chanteurs-; à Zarnowich, à 13albiltre, à Gavinies, à Viotti, • à Duport, comme joueurs d'instruments, glzil eùt convenu d'en • parler ; mais les fermes sont passagères, et, moins dans cette science que dans aucune autre, elles peuvent résister ail temps qui 'les varie : à peine un siècle s'e'Coule que trôis ou quatre compositions que les amateurs jugeaient inmortelles, se sont succédées,
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détruites, ensevelies tour à tour. Un savant compositeur, un habile syMplioniste, peuvent. bien, sans conimitre, en aucune manière, les principes de ces éléments, suis même les approfondir en eux-mémeS, niais inspirés par leur génie ou guidés par leur talent,. façonner ces éléments; selon les règles et le goût de leur siècle, et produire ou !hire" entendre une musiqm, qui flatte les sens ; leur succès d'abord assez brillant sera eourt—Comme ils n'ont songé qu'aux formes sans • s'inquiéter en rien.du fond qu'ils employaient et. qtie leurs auditeurs, ne, sentant rien au-delà. n'ont cherché que le plaisir, leur gloire,. s'évanouit avec l'édifice qu'ils ont élevé, lorsque d'antres formes se présentent et que les sens, toujours amis de la nouveauté, accueillent,. Le plaisir qui avait fait leurs:triomphes est la cause de letin chute : dèS qu'ils font naitre l'ennui, ils sont morts. . • . .
u'est jamais par des-formes ex térienms que la musique exerce sa véritable puissance ; ce n'eSt pas même an moyen des éléments qui servent à.. développer ces formes ; c'est au moyen des, principes qui les «instituent. Toutes les fois qu on s'est hilaginé (iu""e tesanciers faisaient 'dépendre .d'une mélodie ou . n'une harmonie, quelconque, abstraction tinte de toute autre chose. les merveilles .qu'ils attribuaient t la musique, on s'est trompé. Cette mélodie,. cette harmo
. nie; .11'étaient que l'enveloppe physique d'un prin.i. eipe intellectuel connu,. dont la présence éveillait
I dans lame une pensée analogue, et produisait par son moyen, non seulemeni le plaisir des sens dépendant
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de la forme, mais l'affection morale dépendante du principe. Cette affection morale ne pouvait jamais manquer son effet tant que la pensée qui .1a faisait naître s'enchaînait, par l'éducation, au principe musical, et le plaisir lui-même la suivait toujours lorsque la forme donnée par un homme de génie rappelait le principe, et lui était inhérente, de manière à ne pouvoir s'en détacher. C'est ainsi qu'en Egypte on écoutait, avec le même plaisir, des chants dont l'origine se perdait dans la nuit des temps. Hérodote parle d'un certain chant appelé Linos, qui, de l'Egypte, était.passé en Phénicie, en. Chypre, en Ionie, et dans toute la Grèce : on croit que c'est le même que les Latins ont ensuite nommé l^rcenia. Platon, comme nous l'avons vu, en faisait remonter le principe au. delà de dix mille ans.
Je sais bien qu'il, est assez difficile de comprendre des choses aussi éloignées de cc que l'expérience démontre parmi nous ; mais, encore une fois, tachons de croire que nous ne sommes pas arrivés au faite de la science, et' que la sphère de nos connaissances est fort loin d'embrasser celle de la nature. -
Cessons de tourner nos forces contre nous-mènes' zn continuant à nier l'existence de ce que nous ne savons. pas.- L'obstacle le plus à craindre dans la carrière de la sagesse, est de croire savoir ce qu'on ignore. Quelque difficulté que j'entrevoie à présenter bien clairement des idées aussi nouvelles, auxquelles rien ne peut me servir' de lien, en passant du connu à l'inconnu,. ,je vais pourtant essayer de remplir la
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tâche que je me suis prescrite. en priant le lecteur de me donner l'attention qui m'est nécessaire.
La musique peut être envisagée sous plusieurs rapports : parmi les modernes, on ne la connaît guèle que comme théorique ou pratique ; chez les anciens, on la considérait comme spéculative, intellectuelle ou céleste. La musique pratique appartient au compositeur ou au symphoniste, et ne passe pas les bornes de l'art. L'homme qui compose ou qui exécute ce qui a été composé, reçoit les éléments musicaux tels qu'il les trouve, sans les examiner ni les discuter ; il les emploie ou les développe suivant les règles connues et conformément au goût du peuple auquel il veut plaire, avec plus ou moins de succès, selon qu ` est doué de plus ou moins de génie ou de talent. La musique théorique, outre le compositeur et le symphoniste auxquels elle peut appartenir encore, occupe aussi le philosophe qui, sans composer rien ni jouer d'aucun_ instrument, n'en cherche pas moins à examiner a\ eux les éléments qu'ils mettent en Lrlivre : c'est-à-dire le systeme musical tel qu'il, est adopté, le son en luiinione comme résultant du corps sonore, et la voix et les instruments qui le modifient. La musique dmient alors une sorte de science qui, tant quelle se 'enferme dans la sphère physique, ne peut titre considérée que comme une science de second ordre.
C'est lit, ainsi que je viens de le dire, que les modernes se sont ordinairement arrètés ; ils ont â peine' entrevu la musique spéculative dont les anciens faisaient une étude assidue, et qu'ils regardaient avec
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raison comme la seule (ligne d'être appelée une science. Cette partie de la musique servait d'une sorte I de lien ou de passage entre ce qui était physique on moral, et traitait particulièrement des principes qu'elle distinguait des formes et des éléments. Mais comme, d'après la marche dogmatique des Egyptiens, les principes d'aucune science n'étaient dévoilés qu'aux seuls initiés et dans le secret des sanctuaires, il s'ensuivait que les principes, sur lesquels reposait le système musical des nations anciennes, restaient cachés au vulgaire et n'étaient jamais exposés en public qu'à la faveur des symboles et des voiles allégoriques.
Enfin, la musique intellectuelle et céleste était l'application des principes donnés par la musique spéculative, non plus à la théorie, ou la pratique de l'art pur et simple, mais à cette partie sublime de la science qui avait pour objet la contemplation de la nature et la connaissance -des lois immuables de l'univers. Parvenue alors à son plus haut degré de perfection, elle formait une sorte de lien analogique entre le sensible et l'intelligible, et présentait ainsi un moyen facile de r communication entre les deux mondes. C'était une langue intellectuelle qui s'appliquait aux abstractions métaphysiques et en faisait connaître les lois harmoniques, de la manière que l'algèbre, partie scientifique des mathématiques, s'applique, 'parmi nous, aux abstractions physiques et sert à calculer les rapports. Ceci, je le sensbien, n'est point trop facile comprend dans l'état actuel de nos lumières, mais nous y-reviendrons. •
CHAPITRE IV
DES EFFETS MORAUX DE LA MUSIQUE
(Suite.)


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