Sangle pour Olympia OB3CE natural (basse acoustique)
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Je vais examiner la musique, en général, comme science et comme art, et tâcher de faire sortir de cet exanien, unssystème théorique et pratique fondé sur la nature, et, réunissant les principes trouvés par les anciens avec les connaissances acquises par les modernes, °
Cette étude et ces résultats seront plus importants iqu'qn re croit ; car la musique n'est pus seulement, comme on se l'imagine aujourd'hui, Part de combiner es sons:ou le talent de les reproduire de la manière la plus agréable â l'oreille : ceci n'est que sa partie pratique, celle d'où résultent' des formes passagères, plus ou moins brillantes, suivant les temps à les heur, le goât et le caprice des peuples qui les font Varier de mille manières. La musique, envisagée dans sa partie spéeulative, est, comme la définissaient les anciens, la connaissance defordre de toutes choses, la science des rapports harmoniques de l'univers ; ellerepose sur des prinCipes immuables auxquels rien ne peut porter atteinte.
2 LA mi:m(11m. EXPLIQUi:E
Lorsque les savants modernes lisent , dans les ouvrages de l'antiquité, les éloges pompeux qu'on y fait de la musique et les merveilles qu'on lui attribue, ils ne peuvent les concevoir ; et, comme ils ne voient rien, dans l'étude ni dans la pratique' .d'un art aussi frivole à leurs yeux, qui justifie ces éloges ou qui con• firme ces miracles, ils traitent les auteurs de visionnaires ou les accusent emposture, sans réfléchir que ces écrivains qu'ils osent ainsi calomnier sont les, hommes les plus judicieuX, les plus sages, les plus instruits et les plus vertueux de leurs siècles. Les musiciens eux-mêmes, fort embarrassés d'expliquer,
au moyen de la musique mederne, qu'ils croient pour,
tant parvenue ,an dernier degré de perfection, les effets' surprenants attribués à l'ancienne, prennent le parti de rejeter ses effets, tantôt sur la nouveauté ale Part, tantôt sur le pouvoir .de la poesie qui y était unie, tantôt-sur la prétendue grossièreté des peuples. Burette, le moins excusable d(' Ions, puisque ses connaissances devaientle rendre 'Auguste, prétend que les merveilles que l'on raconte de la musiilue des Grecs, ne prouvent, en encline mani re , sa supériorité sur la nôtre, et qu'Orphée, Denanlocus, Phœmius et Terpandre n'opéraient rien de plus que ne puisent opérer, de nos jours, les plus mauvais racleurs de village, s'ils trouvairt de semblables auditeurs.
Cet écrivain, qui croit pouvoir assimiler ainsi les peuples de la Grèce aux hordes sauvages de l'Amérique, oublie, sans doute, que ces peuplez, étaient , de
tous ceux qui ont paru, sut la terre, les plus sensibles
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aux beautés des arts et les plus propres à Leur culture. Il ne pense pas que c'est peu de temps après l'époque où l'on place l'apparition d'Orphée que vécurent Hésiode et Homère, les plus savants des poètes, Lyeurgue et Zaleucus, les plus rigides des législateurs. Il ne veut pas voir qua Tyrtée et Terpandre étaient presque contemporains de Sapho et d'Esope„ de Solon et de Pindare. Je ne sais pas comment il aurait arrangé des choses aussi contradictoires, s'il avaitvoulu y réflééhir un moment ; ni de quelle manière il nous aurait prouvé que ceux qui avaient des poésies comme celles d'Hoinère et de Sapho, des lois comme celles de Lycurgue et de Solon, des statues comme celles de Phidias, se seraient extasiés en écoutant l'harmOnie d'un de nos ménétriers ; car nous, dont la musique est si parfaite, à son avis, qui avons des opéras si magnifiques, nous sommes encore bien loin d'avoir rien de comparable à l'Iliade et à l'Odyssée, rien d'approchant de l'Apollon pythien et de la Vénus pudique, quoique nos piètes et nos statuaires copient et recopient sans cesse ces admirables Modèles. Il fallait que le brillant, mais très superfieia auteur d'Anacharsis eût le bandeau bien épais sur les yeux; 'pour avoir adopté, sans examen, l'opinion de Burette ; il semble qu'il aurait dû lui préférer celle de Platon, celle il' Aristote, rival de Platon, celle de Plutarque et du judicieux Polybe; mais, pour cela faire, il aurait fallu être en état de rendre raison des merveilles rapportées par ces philosophes, chose
difficile et dont.il se dispensait en les niant.
Ces ,opinions valaient rourtant la peine d'ètre disco=
4 LA MUSIQUE EXPLIQUÉE
tées. L'historien Polybe, dont on connaît l'exactitude, raconte que, de tous les peuples de l'Arcadie, les Cynèthes, étrangers à la musique, étaient regardés comme les plus féroces ; et il attribue hardiment leur férocité à l'éloignement qu'ils avaient pour „cet art. Il s'élève avec force contre un certain éphore, qui avait osé dire que la musique ne s'était introduite.parmi leslommes que pour les séduire et les égarer par une sorte d'enchantement, et lui oppose l'exemple des autres Arcadiens qui, ayant reçu de leurs législateurs des règlements propres à leur inspirer le goût de la musique, s'étaient disfingués par leurs moeurs douces et leu)! respect pour la divinité. Il fait le tableau le plus flatteur des fêtes où la jeunesse arcadienne s'accoutumait, dès l'enfance, à chanter des hymnes religieux en l'honneur des dieux et des héros du pays, et ajoute_: « J'ai rap porté ces choses pour engager les Cynèthes à donner la préférence à la musique, si jamais le ciel leur inspiré le désir de s'appliquer aux arts qui humanisent les peuples ; car c'est le seul moyen qui leur reste pour dépouiller leur ancienne férocité. » Ainsi Polybe attachait à la musique le pouvoir 'd'adoucir les moeurs. Longtemps avant, Platon avait reconnu dans cet art une influence irrésistible sur la forme du gouvernement, et n'avait pas craint de dire qu'on ne pouvait faire aucun changement dans la musique sans en effectuer un correspondant dans la constitution de l'Élat. Cette idée, suivant ce philosophe , appartenait à Damon, qui avait donné des leçons d'harmonie , à Soerato ; mais après l'avoir reçue lui-même d- Socrate;
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il l'avait fort développée par ses études et ses méditations. Jamais il ne perd, dans ses ouvrages, l'occasion de parler de la musique, et d'en démontrer les effets. IL assure, dès le commencement de son livre des Lois, que, dans la musique, sont enfermées tontes les parties do l'éducation. « L'homme de bien, avait•il dit d'ailleuM, est le seul excellent Musicien, parce qu'il rend une harmonie parfaite, non pas avec une lyre ou avec d'autres instruments, mais avec le total de sa vie. » Ce philosophe se garde bien, comme le vulgaire commençait à le taire de son temps, de placer la perfection de la musique dans la „faculté qu'elle a d'affecter ' agréablement l'âme ; il assure, au contraire, que rien n'est plus éloigné (le la droite raison et de la vérité. La beauté de la musique consiste, selon lui, dans la beauté mémé de. la vertu qu'elle inspire. Il pense qu'on peut 'reconnaître les inclinations des hommes par l'espèce de musique qu'ils aiment ou qu'ils louent, et veut qu'on forme de, bonne heure leur goût suz4 cette science, en la faisant entrer dans 1,'éducatien des jeunes gens, d'aprés un systènte fixe et bien ordonné. « :Un État gouverné par de bonnes lois, dit-il, ne laisse jamais au caprice des poètes et des musiciens ce . qui concerne les baseS de l'éducation dans la musique ; il règle ces choses ainsi qu'on les pratique en Egypte, où la jeu. nesse est accoutumée à suivre cc qu'il y a de plus parfait, tant dans. la mélodie que dans la mesure et la forme du mode. .»
• Le système musical que Platôn avait en vue dans ce passage était originaire d'egypte ; porté d'abord en .
G LA MUSIQUE EXPLIQUÉE
Grèce par Orphée, quant à sa partie pratique, il fut ensuite développé par Pythagore, qui en explique la partie théorique assez ouvertement, cachant seulement le principe fondamental de la science, dont il réserve la connaissance aux seuls initiés, ainsi qu'if eu avait pris l'engagement dans les sanctuaires ; car les poètes - égyptiens ne communiquaient lesprincipes des sciences en général, qu'après les phis terribles-épreuves et les serments les plus solennels de se taire ou de ne les livrer qu'à des hommes dignes de les posséder. Voilà la cause de ce long silenée que Pythagore exigeait de ses disciples et l'origine de ces voiles mystérieux dont il les obligeait, à son tour, de couvrir leurs enseignements.
Le système musical que nous possédons aujourd'hui, nous étant venu des Grecs par les Romains, est done, quant à son principe constitutif, le même que celui des antiques Egyptien ; l n'a varié que dans los formes 'pratiques qui le défigurent et qu'on en peut facilement écarter, comme je me propose de le montrer. C'est ce même système que Tintée, de Locres, regardait comme institné par les dieux pour le perfectionnement de l'âme, et dans lequel il voyait cette musique céleste qui, dirigée par la philosophie, peut facilement habituer, persuader, forcer la partie sensible de rame d'obéir à l'intellectuelle., adoucir sa partie irascible, cahner sa partie concapiseible, et les empêcher toutes deux de se mouvoir contre la raison ou de rester oisives quand la raison les appelle.
CHAPITRE H
IDÉES DES ANCIENS SUR LA MUSIQUE
(Suite.)
Selon ce que Platon ajoute, au passage que j'ai rap-
porté, les prétres égyptiens avaient tracé des modèles.
de mélodie et d'harmonie, et les avaient fait graver sur des tables exposées aux yeux du peuple dans les temples. Il n'était permis à personne de rien changer à ces modèles, en sorte que les mémes lois réglant tout ce qui concernait la musique, la peinture et la senlp-
- tore, on voyait des ouvrages de ces deux derniers arts, qui duraient depuis deux mille ans, on entendait des chants qui remontaient à la anime époque. Platon, eu faisant mention de ce long intervalle de temps, et comme s'il eùt senti que la postérité le révoquerait en doute, a pris soin de le répéter : « Quand je dis dix mille ans, ajoute-t-il, ce n'est pas pour ainsi dire, mais à la lettre, dix mille ans : aussi doit-on regarder une pareille institution comme un chef-d'oeuvre de légisia, don et de politique. »
L'antiquité de ce système musical en laisse inférer l'universalité. Aussi le trouve-t-on, avec des modifica-
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Mons diverses, répandu sur tous les lieux de la terre qu'habitent encore ou qu'ont habités les nations civilisées : l'Arabie, la Perse, l'Inde entière, la Chine n'en ont pas d'autre. Les Arabes, comme ils en conviennent eux-mêmes, tiennent leur musique des Persans!' Les Persans la tiennent des Hindous, quoiqu'ils aient quelque peine à l'avouer ; mais cela est démontré par' le nombre et la conformité de leurs modes. Les uns et les autres attribuent un grand pouvoir à cette "Tutsi- que dont le système, qui est le même que celui, des Egyptiens et des Grecs, ne diffère essentiellement du nôtre que par les déviations de l'un et, de l'autre, et par les formes extérieures que les temps et les lieux ont fait varier. Quant à la musique chinoise, elle est au fond la méme que celle des Egypliens, comme l'a bien observé l'abbé Rousseau, et conséquemment la même que celle des Grecs, malgré la différence de pli ysionoinie qu'elle offre au premier coup d'oeil. Je tacherai d'éclairer cette difficulté en montrant, quand il en sera temps, comment il est possible que les Egyptiens et les Chinois aient eu le mémo système musical sans se le donner les uns les autres, mais en le prenant tous les deux à une source commune
Je vais, dans ce chapitre, et pour ne pas trop m'é-
carter de mon premier dessein, nie borner à• prouver.
que •les Chinois ont eu de temps immémorial, sur la puissance morale de la musique, les mêmes idées que les Grecs. ' Le célèbre Kong-Tsée, que nos prem;ers missionnaires. dans la fureur de;tout latiniser, ont nommé
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Confucius, Kong-Tsée, le Socrate de la Chine, après avoir appris à fond la musique comme le sage Athénien, reconnaissait, dans cette science, le moyen le plus sûr et le plus aimable de réformer les moeurs publiques et de les renouveler entièrement.
Il pensait, comme Platon l'a exprimé quelques siècles après,. que la musique devait être considérée comme un des premiers éléments de l'éducation, et que sa perte ou sa corruption était la'plus sûre marque de la décadence des Empires. Kong-Tsée• était, à peu de chose près, contemporain de Pythagore et du second Zoroastre; sans connaître ces hommes divins, sans même avoir entendu parler d'eux, il •professait leur même doctrine. Aussi profond moraliste que le législateur-des Perses, il avait pénétré aussi loin que Pythagore, dans le principe des sciences.
Le système musical de sa patrie lui était parfaitement connu, et il parait même qu'il s'était rendu fort habile dans la pratique de la musique. On lit, dans le
rit, que ce philosophe, jouant un jour du king, un bon paySan qui passait devant sa porte s'arrêta pour l'entendre, et que, touché de l'harmonie que rendaient les pierres sonores de cet instrument, 'il . s'écria Oh! que celui qui joue ainsi a Mme occupée
de grandes choses » •
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