Basse de voyage

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Le royaume -de Siam proprement dit est divisé en quarante et une provinces qui portent le nom de. leurs chefs-lieux. Outre ces quarante et une provinces, gouvernées chacune par un phaga ou mandarin de premier ordre , il y a une vingtaine de provinces de second ordre et de troisième ordre, sous la direction de mandarins inférieurs. La landwc,.!,r prussienne existe en Siam, et quand il le faut, tous les citoyens deviennent soldats. Les Siamois sont de purs Mongols. Leur taille est en moyenne d'environ cinq pieds deux pouces ; ils sont forts et bien proportionnés, leurs épaules sont larges , leur cou est court, la tête est assez bien modelée, les mains sont grandes, et le teint est ,diviitre. La partie supérieure du front est étroite ; le visage encre les pommettes est large , le menton étroit. Les yeux sont noirs et bien fendus ; le nez est. un peu écrasé, les narines sont larges, les lèvres avancées, les cheveux rudes et noirs comme des plumes de corbeau. Ils les gardent en touffe sur le haut de la tête, et rasent le reste. Leur visage est imberbe ,-et ils
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épilent les rares poils qui leur poussent au menton et à la lèvre supérieure. Les femmes se coiffent comme les hommes, et se pommadent avec soin. Un des luxes de la bonne société , là-bas, consiste à avoir , avec les dents:noires, des ongles longs et teints en rouge. Le costume des Siamois n'est pas compliqué. lis vont pieds nus et nu-tête, ont pour habit une pièce d'indienne peinte , qu'ils attachent à leur ceinture en relevant les deux bouts par derrière : c'est ce qu'on appelle le langouii, dont nous avons parlé plus haut. Cette manière de s'habiller est commune aux deux sexes. Les jeunes filles et les jeunes femmes ajoutent volontiers au langouti une écharpe de soie en sautoir. Les hommes du peuple se servent rarement de parasol ; les grands, au contraire , en ont toujours. Quelquefois les gens de la classe inférieure hommes et femmes , se mettent, en guise de chapeau , une sorte de corbeille légère faite de feuilles de palmier. C'est ce panier qui, posé sur les chefs de la suite de l'ambassade siamoise à Paris , réjouissait si fort naguère nos gamins et tous nos badauds. Pour compléter cette description, ajoutons que les Siamois ont la passion des bijoux, et qu'ils s'en mettent un peu partout : aux mains, aux oreilles , à la tête, sur le corps et jusqu'aux doigts des pieds.
Les Thaï sont d'un caractère doux, léger, irréfléchi, timide, gai, spirituel , paresseux , inconstant , hospitalier. Ils aiment le plaisir, et passent, à s'amuser la moitié de leur temps. Ace sujet, une particularité très-curieuse nous est révélée : « La plupart désireraient beaucoup s'exercer dans les métiers et les arts ; mais comme le roi prend à son service tous ceux qui réussissent dans quelque profession, ils n'osent pas produire leurs talents, et ne travaillent, pour ainsi dire, qu'en cachette. n C'est assez dire que les plus habiles luthiers de Siam et les musiciens les plus distingués sont attachés au service du monarque olivâtre.
La ville de Bangkok, proprement dite, nous apprend notre compatriote naturalisé siamois, forme une île de deux lieues .de tour ; elle est entourée de murailles crénelées et flanquées de bastions et de tours. Son aspect est très-pittoresque , grâce aux jardins qui l'entourent d'une verdure luxuriante et perpétuelle. Sur les deux bords du fleuve Md- Nam, des navires et une multitude de jonques pavoisées sont à la file. Au-dessus des toits étagés des pagodes , ornés de dorures et couverts de tuiles vernissées se profilent de hautes pyramides d'une structure admirable, garnies de dessins en porcelaine de toutes les couleurs. Il
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n'y s pas une seule voiture dans la capitale de Siam ; c'est dans des barques , dont la plupart sont très-élégantes, qu'on se transporte , comme à Venise, d'un point à un autre quand on va visiter les deux. rangées de plusieurs milliers de boutiques flottantes sur des radeaux et qui suivent en tous sens les sinuosités d'un fleuve majestueux. La variété des édifices à l'indienne , à la chinoise, à l'européenne, les costumes variés des étrangers, le son des instruments de musique , les chants , les comédies en plein air , le mouvement, la vie , l'allégresse qui animent cette grande ville, tout cela forme pour l'Européen un spectacle aussi neuf que ravissant.
Nous connaissons maintenant la capitale de Siam. Arrivons au palais royal de Bangkok, un palais comme il y en a peu , on plutôt comme il n'y en a pas.
Ce palais est une enceinte de hautes murailles qui a plus d'un quart de lieue de tour. Tout l'intérieur de l'enceinte est pavé en dalles de marbre ou de granit. Pas de roi sans gardes du corps et sans canons, afin de conserver le plus longtemps possible le monarque aimé à ses fidèles sujets contre ces mêmes fidèles sujets. Eu conséquence il y a des postes militaires dans le palais du roi do Siam , et des canons braqués de distance en distance. On aperçoit de tous côtés une multitude de petits édifices élégants, ornés de peintures et de dorures. test dans le Mahafrasat, splendide monument à quatre façades, eLnivert en tuiles vernissées, décoré de sculptures magnifiques, et surmonté d'une haute flèche, que le roi reçoit les ambassadeurs. C'est là aussi qu'après la mort des rois, on place dans une urne d'or leurs cadavres, pendant un an, avant de les brûler. Près du Mahafrasat s'élève la grande salle où le monarque donne ses audiences journalières, en présence de plus de cent mandarins prosternés la face contre terre. Mais ce spectacle n'a rien de bien original pour l'occidental familier des cours européennes. Ce sont partout, en effet , mêmes platitudes. Le cérémonial seul change la forme sans modifier le fond.
Je passe sur des statues gigantesques de granit apportées de Chine ; sur le trône royal , qui a la forme d'un autel d'église , surmonté d'un dais à sept étages ; sur les appartements du roi ; sur le palais de la reins ; sur les maisons des concubines et des dames d'honneur , ce qui est souvent la même chose là-bas, chez ce peuple étrange — (ah ce n'est point comme cela en Europe, n'est-ce pas ?) — sur les batimen qui renferment les trésors de Sa Majesté jaune, etc., etc.
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Quelles richesses partout, êt quelles richesses singulières ! D'haineuses arsenaux, des écuries pour les éléphants blancs, des écuries pour les cheVaux plus rares que les éléphants dans Siam, une bibliothèque d'uni prix inestimable 1... Ici c'est une pagode dont le pavé est recouvert de nattes d'argent : deux idoles représentant Bouddha y sont placées. L'une est en or massif de quatre pieds de haut ; l'autre est faite d'une seule émeraude d'une coudée de haut , évaluée par les Anglais 200,000 piastres , un Million de francs et plus. Ah t les dieux I ils ne sont à bon marché nulle part ; les services de ceux qui les glorifient non plus. Au reste, les pagodes royales sont toutes d'une magnificence dont on se ferait difficilement une idée juste. Pour tout dire en un chiffre, il en est qui ont conté plus de quatre millions. Or, on eu compte onze dans l'enceinte des murs de la ville, et une vingtaine au dehors Dans l'une de ces pagodes est une statue dorée de Bouddha endormi, qui mesure cinquante mètres.
C'est dans ce radieux palais, dans une salle affectée aux pièces de comédie et aux auditions musicales, que le roi de Siam offrit à M. de Mon tigny , envoyé extraordinaire de l'empereur des Français , et à sa suite , une représentation extraordinaire aussi , dont M. de Méritens fait le récit suivant :
Le théâtre s'élevait dans une cour contiguë à la salle d'audience; des draperies en soie rouges et blanches, des boiseries sculptées, d'immenses cartons découpés avec art, en formaient les décors. Une vaste tribune située à droite& la scène, que de riches tentures désignaient à nos regards, était destinée à Sa Majesté elle-même. Tous les grands mandarins étaient prosternés au bas des degrés qui y conduisaient. Une grande estrade, située en avant de la scène et de plain-pied avec elle, était garnie do chaises et de fauteuils à notre intention. Le roi nous avait précédés de quelques minutes, nous allâmes conséquemment lui présenter nos respects à notre arrivée ; puis nous assistâmes à cette représentation si pompeusement annoncée. Une musique étourdissante préluda à l'ouverture de la pièce. L'orchestre se signala par un bruit épouvantable et absence complète d'harmonie. La tnéme phrase musicale nous fa jouée, pendant cinq heures d'horloge, au grand contentement du roi et des dignitaires. Je penche volontiers à croire que les musiciens de Siam ne possèdent pas deux airs dans leur répertoire : car les soirées musicales auxqUelles j'ai assisté chez le kola-hem et ailleurs m'onttoujours fait entendre cet air unique et discordant. Enfin la pièce commença : une foule d'acteurs et d'actrices s'élancèrent sur la scène. Les soieries brodées d'or, dans lesquelles ils se drapaient, les bonnets de forme conique ornés de pierres fausses ou vraies et de verroteries, qu'ils portaient fièrement sur leurs têtes, offraient un coup d'œil attachant et curieux.
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Quant àleur jeu, on ne petit rien imaginer de plus simple il consiste presque uniquement en une pantomiMe originale bien'qu'assez disgracieuse, que relève un choeur de voix criardes placé à peu de distance des acteurs. Ce que l'on joua, je ne, puis le dire; tout ce que je compris fut une chasse au cerf des plus puériles. Un acteur coiffé d'une tête de cerf s'élance sur la scène; on le poursuit en vain pondant quelques secondes, on l'atteint enfin, on le tue , on l'emporte, on le fait cuire, et on le mange sur le théâtre: tout cela en moins de temps que je ne mets à l'écrire. Au bout de six heures d'horloge la pièce n'était pas terminée. M. de Montigny jugea fort heureusement à propos de mettre tin à notre supplice : il alla prendre congé du roi, et nous rentrâmes chez nous à la hâte. Trois jours après, M. Godeaux et moi prenions le chemin de la corvette la Capricieuse, M. de Montigny devant attendre jusqu'au al septembre les présents que Sa Majesté le roi de Siam destinait à l'Empereur et à l'Impératrice des Français; et, le * septembre; nous quittions définitivement le royaume de Siam pour le Cambodge. •
Voilà certes un tableau peu flatteur de la musique des Siamois et de leurs représentations dramatiques. Comment concilier l'opinion de M. de Méritons avec cette douce musique des Cambodgiens, les voisins et les tributaires des Siamois? Il est fâcheux que M. de Méritons se soit borné à nous donner ses impressions sans les accompagner de quelques détails sur les instruments de musique qui lui ont si cruellement rompu la cervelle. Heureusement, ces instruments nous les avons vus , nous pouvons en voir encore quelques-uns dans certains musées publies et particuliers à Paris, et quoiqu'il soit bien difficile de juger de l'effet d'un instrument qu'on ne connaît pas à la seule inspection, ils nous ont paru moins sauvages qu'à M. de Méritons, plus dignes par conséquent d'être étudiés.
On est trop souvent porté à condamner ce qu'on ne connaît pas, parce que bien rarement les impressions que ion éprouve d'une chose nouvelle sont favorables à cette chose. Il arrive parfois qu'en examinant mieux la chose nouvelle, en s'identifiant avec son esprit, on change compléteinent d'avis. Ce qui nous a d'abord paru intolérable nous enchante ensuite. Le contraire a lieu aussi quelquefois. Ce phénomène se produit à l'égard même de notre musique, à chaque ^ouvelle représentation d'un grand opéra. Les meilleurs sont d'ordinaire ceux qu'on le moins bien compris à la première audition:
Aù jugement lin peu prompt de nos envoyés auprès du roi de Sint?, j'opposerai l'appréciation calme, mesurée, longueMent réfléchie de Mgr Pallegoix, évêque de Mallos, vicaire apostolique de Siam. Si, en
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plusieurs endroits, Mgr Pallegoix semble justifier la sainte horreur de M. de Méritons pour l'art musical siamois, il cesse de penser comme ce dernier sur des points importants : en somme, les lignes que nous allons rapporter sont tout ce qui , je crois , a été dit de plus lumineux sur cette question. Écoutons donc le docte évêque :
a Les Thaïs, étant un peuple ami de la gaieté et des fi tes, cultivent beaucoup la musique; il n'y a pas de village qui n'ait son orchestre; tous les princes et les mandarins ont leur troupe de musiciens; vous no pouvez aller nulle part sans entendre jouer des instruments Leur musique ne comporte pas les accords de tierces, de quintes , etc., mais seulement l'accord de l'octave , de sorte qu'elle est toujours à l'unisson. Ce qui fait l'agrément de leur musique, c'est la variété des instruments et la volubilité de l'exécution. s
C'est probablement aussi la diversité des rhythmes , cette science si mal comprise de nos musiciens actuels et si en honneur autrefois. Mais poursuivons :
Leurs principaux intruments de musique sont : le Meng-mg , le rami en harmonica, la guitare, le violon, la flûte, le hautbois, le rakhe, les cymbales, les trompettes, la conque, l'orgue lao et les tambours Dans les comédies, toutes les t'ois que les acteurs chantent des couplets, ils s'accompagnent avec les castagnettes pour marquer la mesure, « le rhythme surtout , très-probablement » , et le bruit de ces bois sonores n'est pas sans agrément. J'ai déjà parlé ailleurs de l'orgue lao dont les Siamois ne font presque jamais usage; mais le khong-vorg est d'un magnifique effet. C'est un instrument composé d'une série
serni-eirculaire do timbres suspendus sur des ficelles, et sur lesquels le musi-
cien frappe avec deux petitsmarteaux de bois qu'il tient de chaque main. Quand les timbres sont bien justes, et que le joueur est habile, les sons de cet instrument sont très-harmonieux, et cependant si forts, qu'on les entend d'un quart de lieue et plus.
Nous avons-vu un très-beau khong-vong à l'Exposition, et nous avons mis en vibration quelques timbres. Mais est-ce là une manière.cle juger un instrument ? Que penserions-nous d'un individu qui, n'ayant jamais vu un violon, passerait maladroitement et pesamment un archet sur les cordes et trouverait cet instrument détestable , bon tout au plus pour des sauvages ?
Eh bien t c'est ainsi que nous tous avons , toutes les fois que Pocca-
,
sion nous en a été offerte , essayé et jugé les instruments orientaux,
auxquels, en somme , nous n'avons rien compris. Je reprends la cita.

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