Un micro pour amplifier ma basse
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Il en existe un pourtant, écrit par un digue missionnaire qui a passé vingt-quatre ans chez les Thaï, et qui, pour céder au désir de quelques amis, a rapporté simplement, bonnement, sans aucune prétention littéraire, et sans viser à l'effet, ce qu'il avait vu, entendu, et savait de ces pays curieux. Le livre a paru sans nom d'éditeur, et porte pour tout renseignement le nom d'un libraire d'une petite ville de province. Après quelques recherches, cous avons été mis en possession de cet ouvrage trop rare, clans lequel nous n'aurons qu'à puiser pour apprendre de Siam et de ses États tributaires tout ce qu'on en peut connaître. Avant que les Portugais se fussent emparés de Malacca, la domination de Siam s'étendait sur toute la presqu'île malaise jusqu'à Syngapore. Plus tard, à l'instigation et par l'appui des Anglais, les États de Dijohore, de Rumbo, de Salangote, de Pahang et de Perah se sont soustraits à l'empire de leur suzerain, de sotte qu'aujourd'hui le royaume de Siam ne commence qu'à Tringanu , s'étendant depuis le 4' degré de latitude nord, jusqu'au 22 degré. C'est néanmoins un beau morceau de terre, quelque chose comme dix-huit cents kiloinètres de longueur, sur six cents kilomètres de largeur. Siam se trouve ainsi encadré, du côté du Nord, par plusieurs principautés tributaires d'Ava ou de la '7:bine; à l'Est par l'empire d'Annam ; à l'Ouest par la mer et les possessions anglaises de la presqu'île; enfin au Sud par les petits royaumes de Pahang et de Perah.
Mais, avant de parler de leur musique, voyons un peu ce que sont ces hommes, examinons les conditions de leur existence.
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RT LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE.
Tous les petits États tributaires de Siam sont tenusd'offrir tous les trais ans au gouvernement principal des arbres d'or et d'argent, et de fournir leur contingent de troupes quand ils en sont requis. Quant aux suzerains de ces divers petits 'États, ils se contentent de recevoir de leurs fidèles sujets un tribut d'étain , d'ivoire, de benjoin, de cire , de cardamome , de laque, de, bois de teck et d'autres productions encore, suivant les goûts du suzerain et les pays qu'il impose.
Or il n'est pas, je crois, dans le monde entier, de terre plus riche en végétaux et en animaux que cette riche Siam peuplée par six millions d'habitants, et qui pourrait aisément en nourrir cinquante millions. Année commune, la mesure de riz, de la capacité d'environ vingt litres, suffisante pour la nourriture d'un homme pendant un mois, ne coûte que soixante-quinze centimes. Une poule se vend quinze centimes. A certaines époques on peut acheter un cerf pour quatre ou cinq francs. Le sucre est à quinze ou vingt centimes la livre. Pour un fuang (sept sous et demi) on achète une charge de bananes. Le poisson y est parfois si multiplié qu'après l'avoir vendu à vil prix et en ,avoir rempli des jonques chinoises, on en fait de l'engrais. Les légumes et les fruits, — et quels fruits délicieux et variés! — s'y trouvent en abondance. A côté de cela, les gourmets chinois et siamois payent les nids d'hirondelles, dont on fait un potage exquis, à raison de cent soixante francs la livre.
On aurait tort de s'imaginer que le bon marché des denrées, — les nids d'hirondelles exceptés, — provient de la rareté de l'argent; le salaire d'un ouvrier varie entre un franc et un franc cinquante centimes par jour, encore il est nourri. Le bon marché des substances alimentaires n'est dû qu'à leur grande quantité dans cette heureuse contrée où il suffit de travailler régulièrement de son état pour s'enrichir.
Combien en cela l'Europe diffère de Siam
Ne serait-il donc pas possible d'équilibrer les choses de manière à cc qu'on ne voie pas sur un point du globe régner l'abondance, pendant que sur d'autres points — réputés les plus civilisés — le gros de la population eépuise dans un travail qui donne à peine de quoi manger au travailleur? La dignité de l'homme, chez nous, se. trop souvent compromise par la menace de la faim.
Si nous passons des produits du sol, dans ce curieux royaume de
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Siam, aux hommes qui l'habitent, nous trouvons d'abord les Malais de la presqu'île, dont la langue cil, si douce, si facile à apprendre pour l'Européen, — car elle ne se rom pose presque que de voyelles, — et dont les moeurs sont si farouches. Il y a là un fait qui parait anormal et qui ressort de la musique autant que de la physiologie. Les Malais sont originaires de I'lle de Sumatra, et il se pourrait que cette race à part fût un mélange de nègre et de mongole. Leur aspect n'est ni beau, ni rassurant': teint brun, front, bas et arrondi, nez plein et large, très-épais à son extrémité, narines écartées, pommettes peu élevées, bouche très- large, mâchoire supérieure avancée. Le moral est en rapport avec le physique. Les Malais sont généralement sombres, hypocrités, cruels, traîtres, hardis, voleurs, ardents au gain, rusés, trompeurs, habiles marchands, pirates d'instinct, sensuels. Leur habillement consiste eu un sarong ou large jupe de toile rayée avec un caleçon. Le poignard est leur arme favorite, et ils s'en servent avec autant de facilité que de dextérité. Ils sont mahométans et très-superstitieux. Un rajah ou roi les gouverne. Les Malais font un grand usage de bétel et d'arec. Ces deux plantes, ignorées de bien des gens en Europe, ne sont pas seulement le régal des Malais, mais la passion de cinq cents millions d'êtres humains, c'est-à-dire de près de la moitié des hommes qui peuplent la terre.
Un mot donc sur ces deux plantes, dont l'usage exalte l'esprit des Malais en inspirant leur verve poétiqtie et musicale.
Le bétel est une plante grimpante qui ressemble au poivre : aussi l'appelle-t-on en anglais piper-Galet ; elle produit toute Patinée de belles feuilles en forme de coeur, un peu charnues, d'une saveur piquante et aromatique. L'arec est un arbre du genre des palmiers, de la grosseur d'un poirier, droit, élancé, n'ayant, comme le cocotier, de feuilles qu'à son sommet, lequel atteint la hauteur de cinquante à soixante pieds.11 donne deux ou trois grappes énormes, chargées, chacune, de deux à trois cents noix, vertes d'abord, et qui en mûrissant deviennent d'un jaune rougeâtre. Ouvrez ces noix, vous y trouverez une chair acerbe et astringente. Voici maintenant la manière de faire usage de ces deux substances. On prend cieux feuilles de bétel, sur l'une desquelles on étend avec une spatule une légère couche de chaux vive rougie par le curcuma. Puis on les enroule de manière à leur donner là forme d'une cigarette de gros calibre. Ensuite on coupe en quatre une noix d'arec, on en met un morceau dans sa bouche et on le mâche tout-en mordant
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE.
peu à peu,. la cigarette de bétel qu'on tient par le bout. Pour que le plaisir soit complet, on se frotte les dents avec une pincée de tabac à fumer qu'on mâche avec Je bétel et l'arec. Bientôt la salive devient couleur de sang, on éprouve une douce ivresse qui égaie l'esprit ; on danse alors , on improvise des récits de guerre et on chante sur des rhythmes bizarres accompagnés, au hasard de l'harmonie, par des instruments avec lesquels nous allons plus loin faire ample connaissance. Quand la bouchée d'arec n'a plus de saveur, on se lave la bouche, et bientôt après on recommence. L'usage du bétel noircit les dents, et comme plus les dents sont noires dans ce pays, plus elles sont admirées, c'est encore un avantage de cette précieuse plante qui, en outre, corrige la mauvaise odeur de l'haleine. Les personnes habituées à cette mastication, dit le missionnaire qui nous sert de cicerone, en éprouvent un tel besoin que, en les supposant à jeun, si vous leur offriez le choix entre des aliments et une bouchée de bétel, vous seriez assuré de les voir donner la préférence au bétel.
Les habitants du Cambodge, au nombre decinq cent mille, parlent une langue plus rude que les Annamites et sont beaucoup moins féroces que ces derniers, quoiqu'ils soient plus sombres et plus sauvages que les Siamois proprement dits. Dans ce pays se trouve le lac, appelé Thalesap, qui a vingt lieues de circonférence, tout rempli de poissons très-délicats qu'on sale avec les cendres du palmier, ce qui donne à la chair une saveur douce et sucrée. Près de ce lac le savant admire les ruines merveilleuses de Nokorvat. Ce sont les restes magnifiques d'un vaste palais construit coi marbre taillé et ciselé. On y remarque des dômes, des pyramides, des pagodes et des voûtes d'un travail si surprenant, que les Cambodgiens l'attribuent aux anges, pensant que les hommes n'en pourraient faire autant.
Entre Cambodge et Siam est le petit État d'Horat. Là existe un plateau auquel on n'arrive qu'après six jours de marche à travers une forêt appelé Dong-Phajafay (la forêt du roi du feu). Ce nom inspire la terreur des étrangers en rappelant le nombre considérable des voyageurs endormis pour l'éternité sous ses ombragesfIc mort.
On dit qu'il s'y trouve des mines d'arsenic, qu'on respire à l'état de poussière. Sous l'impression de cette poudre empoisonnée, on s'arrête dans sa marche en proie au vertige, on perd la mémoire, on suffoque et l'on meurt.
Nous voici parmi les Lao, dont les traits offrent beaucoup de ressenti-
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blance avec les Siamois et les Birmans. Toutefois,' ils ont le teint plus clair que ces derniers, et sont peut-être aussi plus forts et d'une santé plus robuste. Leurs yeux sont légèrenient bridés, leur nez est petit, leur bouche grande, leurs dents sont forcies, leurs cheveux longs, droits, rudes et noirs. La tribu, qu'on appelle les Ventres noirs, se tatoue les jambes et les cuisses, tandis que la tribu des Ventres blancs a le tatouage en horreur. Des couleurs, des goûts et des ventres, il ne faut pas discuter. Les Lao ont la même origine que les Thaï ; leur langage est très-doux, et leur écriture ressemble à celle des Cambodgiens. Les hommes s'habillent d'une veste courte, d'un langouti et d'un manteau d'étoffe de coton rayé noir et rouge. Les femmes ne portent qu'une jupe courte rayée de diverses couleurs qu'elles nouent par-devant, avec une écharpe de soie qui flotte sur leur poitrine plutôt qu'elle ne la couvre. Elles ont de beaux cheveux noirs qu'elles tortillent négligemment au- dessus de la tête comme les Grecques de l'ancienne Grèce. Hommes et femmes vont nu-pieds, Leurs habitations ne sont que des cabanes formées de lattes de bambou artistement entrelacées, montées sur huit ou dix colonnes de bois et couvertes de feuilles. Autant les Annamites sont cruels et peu sociables, autant les Lao sont paisibles, soumis, patients, sobres, confiants, crédules, fidèles, hospitaliers, simples et naïfs. Ils ont le vol en horreur. A. ce point qtrun de leurs rois faisait frire les voleurs dans une chaudière d'huile bouillante : — moyen radical de les empêcher de recommencer.
Deux sciences sont en grand honneur parmi eux : la médecine et la musique.
« Il faut avouer, dit notre compatriote, qui pendant vingt-quatre ans a pu les étudier de près, qu'ils guérissent, comme par enchantement, une foule de maladies avec des plantes médicinales inconnues en Europe, et qui paraissent douées d'une grande vertu. ' En lisant ces lignes, je me suis souvenu du fameux docteur Noir, originaire de Siam, je crois, et qui guérit Adolphe Sax d'un cancer mélanique contre lequel nos princes de la science ne pouvaient rien.
La musique des Lao étant tout aussi inconnue des Européens que leur médecine, écoutons celui qui a si souvent joui chez eux de leurs concerts, et en parle avec ravissement :
« Leur musique est très-douce, harmonieuse et sentimentale ; il ne faut que trois personnes pour former un concert mélodieux. L'un joue d'un orgue en bambou, 'l'autre chante des romances avec l'accent
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d'un homme inspiré ; le troisième frappe en cadence des cliquettes d'un bois sonore qui fait bon effet. L'orgue lao est un assemblage de seize bambous fins et longs, maintenus dans un morceau de bois d'ébène , munis d'une embouchure où l'on inspire et aspire le souffle, lequel met en vibration des petites languettes d'argent appliquées à une ouverture pratiquée à chaque bambou. Il en sort des sons harmonieux pendant que les doigts se promènent avec dextérité sur autant de petits trous qu'il y a de tuyaux. Leurs autres instruments ressemblent à ceux des Siamois. »
On le voit, l'orgue lao n'est autre chose, clans son principe, que l'harmonium. Sans doute il est moins perfectionné que par Debain ou Alexandre, maisc'est l'harmonium inventé par les Peaux jaunes quelque quinze cents ans avant qu'il n'en fùt question chez les peaux blanches. Un de ces orgues était exposé parmi les instruments des Siamois, et nous avons pu nous convaincre de l'exactitude dela description qu'on vient de lire.
Et maintenant, pénétrons dans le cœur même du royaume de Siam.
Nous entrons dans Siam par la grande porte de sa capitale Baukok , qui signifie village des Oliviers sauvages. Là, dans le palais du roi, dont nous donnerons une courte description , nous allons voir mettre en œuvre toute la collection des instruments siamois par des musiciens du cru et dans un opéra national.
Quelques mots sur les Siamois d'abord.
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