Ampli basse
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« tation opératique (sic), et , avec sa générosité bien connue, non-seu-
« lament il a facilité, par tous les moyens possibles, l'exécution de ce
« projet, mais il a défrayé toutes les dépenses de l'entreprise. Il y a
« deux ans que la Société m'a confié la direction musicale, et je me per-
« mets d'ajouter, pour l'édification de M. Oscar Comettant , que celui
« qu'il se plalt d'appeler un barbier irlandais est un de ses compa-
« triotes aussi bon Français que lui, ancien chef d'orchestre de l'Opéra « italien aux États-Unis (?) et à la Havane et bien connu dans ce pays. « Signé : E. HASSLOCHER.
— Monsieur Vidal, dis-je au consul général du royaume hawaïen, je suis de ceux qui veulent qu'on rende à César ce qui appartient à César, et aux chefs d'orchestre ce qui appartient aux directeurs de Sociétés chorales et opératives. En conséquence, je ferai, dans le journal même où j'ai commis le crime, la plus large rectification 'concernant la fameuse représentation du Trovatore.
J'ai tenu parole, mais le coup était porté. Malgré mes rectifications et l'insertion de la lettre du très-estimable M. Hasslocber, j'ai été, je suis et serai toujours l'auteur d'articles sans valeur historique publiés dans le Siècle sur le royaume hawaïen. Aussi, je prie Dieu, s'il est dans nia destinée de traverser encore les mers et de faire une troisième fois
ET LES. INSTRUMENTS DE mustQuE. lits
naufrage, de ne pas être jeté à la côte où M. FIasslocher tient le piano d'accompagnement. Il doit avoir la direction d'un orchestre à cette heure, car les progrès sont rapides partout, et ce n'est pas lui qui , j'oserais le parier, jetterait une contre-basse à la mer pour me servir de radeau.
Après ce que nous SAVOI1S, do la musique à Honolulu, on comprend difficilement que le royaume hawaïen ne nous ait envoyé que deux tambours sans peau. S'ils avaient eu des peaux encore t Mais qu'est-ce qu'un tambour sans peau? A peu près ce que serait un banquier sans caisse, un cuisinier sans beurre, une courtisane sans fard, un courtisan sans platitude, un docteur sans cravate blanche, une pipe sans tabac, un avocat sans cause , un turc de boulevard sans dates, un caniche sans aveugle, mon ami Un tel , compositeur de musique , sans un poème amusant qui fasse tolérer ses doubles croches : c'est-à—dire rien ou bien peu de chose, à moins pourtant que ces tambours ne soient une allégorie et qu'ils ne signifient que tout, hélas t crève ici-bas.
LE JAPON.
M. Francis Magnin a eu le bonheur de visiter le Japon et d'entendre de la vraie musique japonaise exécutée sur sur de vrais instruments japonais par de vrais Japonais. Cette musique ne l'a pas laissé indifférent. Il a recueilli des notes à ce sujet, et nous ne saurions mieux faire que de céder la parole à celui qui , ayant vu et entendu, a seul autorité pour juger en parfaite connaissance de cause.
La musique japonaise,dit M. Magnin, se compose de trois notes, le do, le la et le si, répétées sur une mineure grave et formant d'ordinaire une mélopée monotone, qui, après huit à dix mesures scandées, se précipite et croît avec des crépitations de notes criardes; le chant suit le même rhythme, augmente de volume et de vibration, puis retombe dans sa langueur première. Au reste, il serait difficile d'ex.écuter des motifs sérieux avec les instruments japonais : le
sont-sin (guitare en bois, tendue d'une peau de vache) n'a que trois cordes,
sur lesquelles on gratte au moyen d'un morceau d'ivoire; le tivona (violon carré), qui en a douze, n'en a réellement que trois, car les neuf autres sont toutes fixées au même diapason et ne donnent qu'une seule note. Quant aux cuivresdls ont une sonorité semblable, et la même fatigante mélodie s'y retrouve plus déchirante encore pour l'oreille. Les seuls intruments qui se rapprochent un peu de ceux d'Europe sont les timbales et le trombone, dont on fait un véritable abus.
Le chant japonais est quelque chose d'étrange dont on n'a nulle idée: c'est un placage de notes criardes qui ne manqué pas (l'une certaineharnaonie,
LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
et, en général, les airs suivent tous le même rhyihrne, se composent d'aspirations souvent répétées et d'un trémolo qui se soutient sur les notes hautes, et descend tout à coup au bas du clavier par brusques revirements, dont Forigi'lainé étonne tout d'abord, mais lasse bientôt.
La grande prière du Daï Hyppon en est un parfait exemple :
« 0 dieu Bor-az, prdserve•nousde tout malheur I
« Cela s'entonne comme un chant d'église nasillard, coupé par les notes aiguës des enfants de choeur, puis reprenant la note grave et monacale. Le faux-bourdon et le serpent. c'est la meilleure synonymie que je puisse trouver aux accords criards de la musique japonaise. »
Vous venez de lire. Eh bien! j'ai fait à Paris, et par l'intermédiaire de mon ami Marcuse, mort subitement il y a quelques jours les morts vont vite — la connaissance d'un jeune Japonais, envoyé eu France avec les représentants du gouvernement de Taïshiou de Satsouma , roi des îles Liou-Iiiou. Sans être musicien, ce jeune fils du soleil levant aime la musique et la juge relativement assez bien.
—Que pensez-Nous, lui demandais je, de notre musique européenne?
—Elle fait beaucoup de bruit, me répondit-il, et enflamme l'esprit,
— Et la musique japonaise ?
—Celle-là est douce et pénètre le coeur.
— Vous croyez donc la musique et les instruments de musique de votre pays supérieurs à nos instruments et à notre musique ?
—Non , je ne crois pas cela , et je vois bien que tout est mieux ici qu'au Japon ; mais je suis Japonais, et quand je chante un de nos airs, les larmes me viennent aux yeux.
Je compris que la musique réveille nos sensations bien plus qu'elle n'en fait naître, et je me rappelai une bonne vieille dame quine pouvait fredonner l'air Au clair de la lune, sans verser des pleurs abondants et suffoquer. C'était l'air qu'elle chantait en duo avec son mari, quand ils étaient jeunes tous deux et la veille même du jour où il partit pour l'Amérique.liélas ! il n'y arriva jamais, le navire qui le portait ayant péri corps et bien.
Pott d'Européens ont pu pénétrer au Japon et y demeurer assez longtemps pour en étudier les moeurs et le génie. Il en résulte que la musique japonaise , les lois, les coutumes, le génie de ce peuple tic nous sont connus que très-imparfaitement. Si, d'après un célèbre écrivain bouddhiste, on peut juger de la musique d'un peuple par son organisation sociale, il ne serait pas inutile ici de faire une rapide excursion
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 551
à travers ce peuple japonais, tout aussi inconnu généralement de nos jours qu'il Pétaitnu temps de Louis XIV. C'est au point que la Commission impériale, croyant à un Japon un et indivisible, sous le sceptre du Taïkoun, avait confondu, sous.un même drapeau, les produits envoyés par ce dernier et ceux expédiés par le prince de SaLsouina. L'erreur n été enfin reconnue, et deux pavillons distincts ont marqué l'exposition du Taïkoun et celle du roi des îles Liou-Kiou.
Tout le monde n'est pas, comme M. de Montblanc, animé de la vaillante et noble passion des voyages ; et tout le monde n'a pas eu , comme lui, le bonheur d'être mis, au Japon même, dans le secret de !'administration de ce curieux État. M. de Montblanc est reparti dernièrement pour l'Asie ; mais, avant de quitter Paris, il nous a laissé sur le pays du soleil naissant une brochure de quelques pages qui en dit plus qu'elle n'est longue.
Les étrangers, en traitant avec un prinejjaponais, d'ont d'abord considéré comme le souverain du Japon. Plus tard, l'évidence leur a montré ce prince soumis, dans l'ordre général, à un pouvoir supérieur. Alors est née l'invention d'il n empereur spirituel dominant un empereur temporel. Enfin, une observation prolongée a révélé l'action de princes indépendants de celui avec lequel les traités avaient été faits. En ramenant cette dernière observation à la première erreur commise , à celle qui admettait l'existence d'un empereur temporel, on arriva à conclure à l'existence de grands vassaux révoltés.
Tout cet échafaudage, d'après notre voyageur, n'est qu'une fable sans aucun fondement. En réalité, le Japon est une confédération d'États souverains dont les chefs sont groupés autour du mikado.
Nous aurons donné une idée suffisante de l'organisation politique de ce pays, en faisant counaitre les attributions du mikado et celles des souverains des divers États formant la confédération.
Le mikado ou daïri, dont le vrai titre est teneshi , qui veut dire empereur, était, à une époque reculée, Punique souverain du Japon. Aujourd'hui , sans puissance par lui-même, il représente l'union japonaise. Ce qui a pu faire croire au caractère spirituel du mikado, c'est l'origine divine qu'on lui attribue. D'après les théologiens du pays, du soleil naissant, -..il faut que partout et toujours des théologiens viennent envelopper les faits les plus naturels du brouillard de leurs divagations spiritualistes , — d'après les théologiens japonais, dis-je, le mikado descendait en ligne directe des dieux créateurs du Japon.
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