Walking Bass jazz

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Deux tambours sans peau.
Bien que les Français passent pour de médiocres géographes, en général, ce serait faire injure à nos lecteurs de penser leur apprendre que les îles Hawaï, capitale Honolulu, sont baignées par la mer Pacifique dans la Polynésie. Tout le monde sait cela. Tout le monde sait aussi que Cook releva ces lies en juillet 1774, qu'il y revint à deux reprises différentes, et que la dernière fois il y fut massacré avec quelques-uns de ses hommes par les naturels du pays, dont le naturel n'était pas toujours commode, comme on voit.
IgA LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
Cook crut être le prernierFu•epéen qui avaitabordé dans ces parages; il se trompait. C'est l'Espagnol ("Métallo qui. avant lui, les découvrit en 1583. Longtemps la gloire de Gaétan° fut contestée, et on a pris pour une fable ce qui était de l'histoire. Que de fois le contraire est arrivé! Aujourd'hui l'opinion est formée, et la lettre adressée au ministre des affaires étrangères du royaume hawaïen par le gouvernement des îles Philippines est très-concluante à cet égard. Elle a été imprimée dans le lialocden-gazette du 17 novembre 4866, journal qui parait à Honolulu. Mais peut.ètre n'êtes-vous pas abonné à cette feuille intéressante et ne Pavez-vous jamais lue.
11 faut que je vous fasse une confidence : j'ai un parti contre moi à Honolulu. Mon Dieu! oui, et un parti qui ne laisse passer aucune occasion de m'être désagréable. En voulez-vous une preuve : ouvrez un petit livre curieux et utile, intitulé Catalogue d'ouvrages relatifs aux des Hawai et imprimé à Paris chez Challamel aîné par les soins de M. William Martin, chargé d'affaires de Hawaï en France. Vous y verrez la liste de tous les auteurs appartenant à toutes les nations, qui ont écrit sur les Sandwich ou îles Hawaï, avec le titre de leurs ouvrages. Un seul de ces écrits est l'objet d'une critique. Lisez, je vous prie, avec moi, page 40 de ce catalogue :
u COMETTANT (OSCA11).— Les civilisations inconnues. Paris, Pagnerre, 1863, gr. in-18.
c Articles sans valeur historique publiés antérieurement dans le Sidele. »
Se voir seul entre tous l'objet d'une observation aussi grinchue c'est grave ou c'est plaisant. Pourtant,j'ai commis une faute, il me faut ce convenir, faute impardonnable, car j'ai cru un jour,---une fois n'est pas coutume,—à tout ce que rapportait un journal américain,d'après son correspondant d'Honolulu. 1l vaudrait mieux ne.rien croire de ce que rapportent les feuilles de la grande république que de tout croire. Toujours est-il que j'avais lu dans cette gazette de bonne humeur un compte- rendu fort divertissant d'une représentation extraordinaire, — tout à fait extraordinaire, — de Il Trovatore, de Verdi. Je ne pus m'empêcher d'emprunter à ce compte-rendu les parties les plus saillantes et de lui donner une place dans un feuilleton du Siècle, intitulé modestement Nouvelles de l'autre Monde. Je cite textuellement pour l'intelligence des faits :
Or, dans ce pays lointain, qui ne nous est connu que depuis
1778, grâce aux voyages de Cook, on ne se prive nullement des dou-
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 646
reurs le la musique; on y joue l'opéra italien avec des artistes bien autrement distingués qu'on ne le fait d'ordinaire dans les capitales d'Europe.
« Et Tamberlick? me direz-vous.
« Il s'agit bien-de Tamberlickt Le ténor qui figure dans la troupe'de Honolulu est un roi, ni plus ni moins, et la 'prima donna, une reine. Peut-être le talent vocal de ce couple couronné laisse-t-il à désirer ; mais il ne faudrait pas le dire trop haut 'à Honolulu. Chacun s'y montre donc on ne peut plus satisfait de la méthode exquise de Sa Majesté Kamehameha.
« Une correspondance des îles Sandwich, reçue par la voie de San- Francisco, nous apprend Pimmense effet produit par le chef-d'oeuvre de Verdi sur les dilettanti Kanakes, auxquels on est redevable de la fondation d'une société philharmonique à Honolulu. Cette société, qui compte trois guitaristes, deux flûtistes, un violoniste, quatre joueurs de marimba et quelque chose comme six mirlitons, s'était jointe à l'orchestre royal pour la représentation du Trovatore. L'orchestre de Sa Majesté Kamehameha étant composé des mêmes éléments à peu près que ceux de la société chilharmonique, on peut juger de la valeur instrumentale de cet ensemble. C'est un barbier irlandais établi à Honolulu, qui s'était chargé d'arranger la partition de Verdi, en l'accommodant au goût du pays.
« La salle présentait un coup d'oeil magique. Presque toutes les dames étaient habillées, et bon nombre de spectateurs étaient aussi vêtus. Plus de deux cents chandelles ale suif végétal éclairaient l'assemblée. Après une courte introduction d'orchestre, étrangère à l'oeuvre du maêstro italien, et qui pourrait bien être de la composition du barbier irlandais, on vit apparaître les chanteurs. Ils eurent tous beaucoup de succès. Mais les honneurs de cette mémorable journée artistique devaient être pour Sa Majesté Kamehameha, dans le rôle de l'amant de Léonora, et pour sa compagne qui, d'après la correspondance à laquelle nous empruntons ce fait, n'avait pas eu besoin de se bistrer la peau pour jouer le personnage de la bohémienne. Il faut renoncer à peindre l'émotion produite par le Miserere. Quelques personnes déchirèrent le peu de vêtements qu'elles portaient. Le barbier irlandais a reçu une récompense digne de ses talents. Quel autre que lui eût pu transcrire la partition du Trovatore pour guitares, flûtes, marimbas, mirlitons? Verdi lui—même y eût renoncé. D
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Quelques mois FI ri's l'apparition de cet article dans leSiècle, et quand il ne m'en souvenait pas.plus que de Mn premier béguin, j'eus l'honneur de recevoir la visite de M. Vidal, alors consul général de Sa Majesté hawaïenne. Mon compte-rendu me revint subitement à l'esprit; et j'acquis une fois de plus la preuve qu'il ne faut jamais parler légèrement des rois, des royaumes et des ,chefs d'orchestre, — des chefs d'orchestre surtout. Ma conscience s'inquiéta, et j'eus peur de m'être égayé à tort, à la suite du journaliste américain. Ce n'est point une raison, me clis-je, parce que le groupe des Sandwich s'étend du 19' au 23e degré de latitude nord-est et du 137° au 189' degré de longitude ouest., pour que les habitants de ces pays lointains (lointains par rapport au nôtre ) ne se montrent pas sensibles à la bonne musique, et qu'il n'y ait pas là-bas comme ici d'habiles chefs d'orchestre. A la vérité, pensais-je encore, les habitants des ÃŽles Sandwich mangeaient, il y a peu de temps, leurs prisonniers de guerre, sans scrupule aucun et de bon appétit; mais rien n'empêche qu'ils soient à cette heure de véritables gandins, des petits crevés kanakes, ornant des grâces de leur personne le boulevard des Italiens d'Honolulu , et professant, avec les goûts raffinés de notre civilisation avancée , l'horreur du gigot d'homme.
La présence de M. Vidal coupa court à mes conjectures.
— Je viens, Monsieur, me dit-il. vous prier de rectifier une erreur,— involontaire, j'en suis sûr,—et vous offrir le moyen de rendre publiquement justice au gouvernement d'un monarque aussi loyal que généreux, — comme ils le sont tous, du reste, — en même temps qu'au peuple sur lequel il règne. Il s'agit du compte-rendu que vous avez publié dans le Siècle.
—Ah ! oui, du Trovatore à Honolulu ?
— Avec le roi Kamehameha IV pour premier ténor.
— Et son auguste épouse pour prima donna ?
— Et un barbier irlandais pour arrangeur de la partition. — Et deux cents chandelles de suif végétal pour éclairer la salle? — Et la salle remplie de dilettanti par trop légèrement vêtus. — Et les instruments hyperboliques de l'orchestre?
— Et le chef d'orchestre lui-même, qui est furieux contre vous, et qui, d'ailleurs, ne dirige aucun orchestre à Honolulu, où il n'y en a pas, mais où il ne peut manquer d'y en avoir un jour.
— Comment ! ce chef d'orchestre ne dirige aucun orchestre?
ET LES INSTRUMENTS DEAIUSEQUE.
— Non, Monsieur ; mais it n'en est pas moins un excellent chef d'orchestre.
— Ce sont les meilleurs.
— Je le crois. Toujours est-il que le chef d'orchestre d'Honolulu est un musicien des plus distingués , qui dirige avec la même habileté les orchestres absents et les orchestres présents. Témoin l'orchestre de la Havane, qui est un véritable orchestre, composé de véritables artistes, jouant de véritables instruments, et qu'il a conduit jadis à la baguette, c'est le cas de le dire.
— Mais , répliquais-je , en serait-il des chanteurs ddlonolulu comme de l'orchestre de cette capitale, et la représentation du Trovatore conduite par* l'habile chef d'orchestre des îles hawaïennes n'aurait-elle existé que dans l'imagination du journaliste américain, dont je me suis si étourdiment fait l'écho ?
—Non, Monsieur ; il y a réellement des chanteurs qui chantent à Honolulu , et s'il ne se trouve pas (l'orchestre dans cette ville, il y a du moins un chef d'orchestre, comme vous l'avez très-bien dit, et une société philharmonique qui mérite tous les encouragements. Du reste, — ajouta aven beaucoup d'amabilité M. Vidal, — voici une lettre qui m'est adressée par le directeur de cette Société, avec prière de vous la communiquer.
Je pris cette lettre et je lus
« Il n'existe pas de Société philharmonique à Honolulu »
—Juste ciel! — dis-je en m'interrompant , si l'orchestre n'existe pas et qu'il n'existe pas non plus de Société philharmonique, qu'existe-t-il donc, en fait d'institution musicale, dans ce mélomane pays ?
Je continuai :
« Il existe une Société musicale, composée d'amateurs, dont l'objet principal est la culture du chant et l'exécution des oeuvres des n maîtres anciens et modernes. »
—Mais, me demanda M. Vidal, quelle différence y a-t-il entre une Société philharmonique et une Société musicale
— Aucune, lui dis-je. Et je poursuivis:
« La Société a été formée en 1853 par quelques amateurs étrangers , résidant à Honolulu , sur le modèle de celles d'Europe, ne donnant de u concerts publics que quand il s'agit de venir en aide à la charité. La Société musicale de Honolulu se compose de quarante membres « actifs- et d'un certain nombre de membres honoraires qui tous sont
b'i8 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
• fil rangers, à l'exception de trois dames nées ici , mais dont deux sont
« mariées à des étrangers. Il n'y a pas d'orchestre à Honolulu ; quelques-
« uns des membres, amateurs distingués,' se font entendre, de temps à
« autre, sur leurs instruments respectifs (flûte et violon) avec accompa-
« gnement de, piano. Les autres instruments, dont on parle dans le
« feuilleton du Siècle, n'existent que dans l'imagination du correspon-
• dant de ce journal. Les membres de la Société musicale ont donné, il
« y a quelque temps, une représentation opérative (sic) privée, ou « plutôt une représentation de tableaux opératiques (sic), à laquelle
« Leurs Majestés le roi et la reine ont assisté, ainsi que les familles et les
« amis des membres de la Société. Une scène du Trovatore (le chceur a des Enclumes) et celle du Marché de l'Opéra (hfartha, de Flotow) ont
« été représentées d'une manière très-satisfaisante (bien entendu, avec
« accompagnement de piano seul); tous les rôles furent chantés et
« joués par les membres de la Société. Sa Majesté le roi, qui est,
« comme vous le savez, excellent juge en matière musicale, ayant en-
« tendu les plus grands artistes pendant son voyage en Europe , a saisi
« cette occasion pour donner à la reine le plaisir de voir une représen-



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