Méthode d'apprentissage de la basse
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472 LA MUSIQUE, LES IMUSICIEMS
chantetirs ne bronchent pas, et sauf une fausse attaque de quelques voix seulement, dans un passage des plus scabreux, et une légère confusion qui ne dure pas une seconde dans un autre passage non moins infernal, il faut tout admirer dans ce tour de force vocal. Quel que soit le mérite des Sociétés qui vont suivre, il parait certain que la Legia ne pourra pas être dépassée sous le rapport de la difficulté vaincue. Si le premier prix lui échappe, c'est précisément qu'elle se sera sentie trop habile et qu'elle aura trop voulu prouver son habileté au détriment du charme, le principal but de toute musique. Pourquoi chanter ce qui est inchantable et faire des voix d'hommes une pénible imitation des instruments de l'orchestre? Est modus in rens, comme disait Horace, et c'est ce qui manqu , à beaucoup de compositeurs et à beaucoup d'exécutants.
Vive attention de l'auditoire. Voici venir la Société impériale de Lille. On sent que la bataille est engagée entre la Legia et cette Société. Mieux inspirée dans le choix de ses morceaux que l'orphéon belge, elle ne va pas chercher à nous prouver l'impossible qui ne se prouve pas. Elle est société chantante, et son ambition se borne à chanter le mieux possible des compositions vocales. Mais il n'est pas toujours facile de savoir poser des limites à son ambition. La Société impériale de Lille a eu cette sagesse, et bien lui en a pris.
Les Fils de l'Égypte lui avaient réussi au concours de la division française ; c'est avec ce même chmur qu'elle vaincra les étrangers. Jamais elle n'a si bien chanté cette composition de Laurent de Riflé. Ampleur de son, inflexions délicates, accents dramatiques et passionnés, elle a tout, tout ce qui se peut obtenir raisonnablement de la voix et du coeur ému. Aussi quel entraînement dans l'auditoire(
Pourtant, et comme rien n'est parfait ici-bas, nous reprocherons aux héros de cette journée ce que nous leur avons déjà reproché, de l'exagération dans les nuances. Il ne faut pas que jamais les pianissimo tombent dans l'afféterie et le mignard. Jusque dans les plus délicates inflexions il faut qu'on sente, dans des chceurs d'hommes, la force et la virilité. C'est le comble de l'art d'être à la fois doux et fort, aimable et énergique, gracieux et puissant. Dans le Tyrol, la Société lilloise a poussé l'observation des contrastes beaucoup trop loin. S'il faut de l'antithèse en musique comme en littérature et comme en peinture, il n'enfaut pas trop. Scribe nous l'a dit après Horace, l'excès en tout, est un défaut. Mais cette observation faite, il nous faut applaudir et applaudir
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bien fort cette, noble phalange et .,on digne directeur, M. Boulanger, mie la croix de chevalier de la Légion-d'honneur est venue récompenser en récompensant, par une juste solidarité de succès artistique, tous les membres de la Société.
Après ces deux Sociétés, une autre chorale belge, Roland de Lattre, de Hall, a fait preuve de précieuses qualités et d'une excellente éducation artistique. A défaut de médaille, elle gardera le souvenir des applaudissements de toute la salle. C'est de mémoire, comme jouent les virtuoses, qu'elle a chanté le Tyrol et l'Hymne à la Nuit.
On croyait tout terminé, quand on a vu apparaître une Société de Londres, la Tonio sol fa ', composée d'hommes et de femmes.
Les Anglaises sont de toutes les femmes les seules qui sachent voyager confortablement et élégamment. Telles qu'elles étaient parties de Londres elles se sont montrées à nous, et il y avait dans le sans-façon pittoresque et de bon goût de leur toilette, avec l'indispensable voile vert ou bleu, plus qu'un curieux et joli coup d'oeil, il y avait un trait de moeurs.
Avez•vous assisté à Boillogne ou à Calais au débarquement d'un paquebot anglais ? Si oui, je n'ai plus rien à ajouter; vous avez le tableau au complet; c'était un débarquement d'Anglaises, mais le plus gracieux des débarquements.
Je n'ai pas besoin de vous dire l'accueil empressé, cordial et galant qui a été fait aux ladies et aux gentlemen. Ils ont chanté le Hunting song de Ullah, et le Shepherd's farewell de Bénédict. J'ai cru que les applaudissements n'auraient pas de fin. Pour répondre à cette chaude ovation, bien méritée d'ailleurs par le talent des chanteurs londonniens, ils ont (lit l'air Partant pour la Syrie, et terminé la s,"ance par le Gad cave the Queen. C'est debout et tète nue qu'on a entendu, suivant la tradition anglaise; ce bel air national.
Les Français criaient bravo, les Anglais criaient hurrah, pendant que les jolies ladies agitaient leurs mouchoirs. Sans la distance qui séparait les chanteurs des auditeurs, il y aurait eu un embrassement général, et le plus cordial, le plus franc des embrassements, je vous l'assure.
Nous n'avons pas ici à entrer dans l'explication de cette méthode, qui a plus d'un point do parenté avec celle de Gali•Paris-Chevé. Des explications nous conduiraient trop loin. Pour los partisans de l'un comme de l'autre de ces systèmes, la notation musicale habituelle est vicieuse. Dans leur opinion , elle complique l'étude du solfége et ne devient facile quequand on sait bien la musique. alais alors, et encore une fois comment se fait.il qu'il y ait un peu partout tant de jeunes enfants bons lecteurs de musique sur la portée ?
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A leur sortie de la salle le même accueil a été fait à la Tonie sol fa par les orphéonistes français.
J'ai pensé alors que la musique était quelque chose de plus qu'un art d'agrément, et qu'elle pourrait bien être aussi l'art de fusionner les coeurs. J'ai aussi pensé que l'heure de l'affranchissement avait sonné pour la femme, et qu'une ère nouvelle allait s'ouvrir pour son esprit asservi jusqu'ici par l'ignorance et le plus offensant des despotismes. Que dis-je, elle est commencée déjà, cette ère de délivrance morale, pour la femme européenne et pour l'Américaine des libres États-Unis, où ses droits sont reconnus dans la limite du juste et du possible. Mais il faut se montrer digne de la vérité pour qu'elle nous apparaisse, et tous ne méritent pas encore d'entrer dans son resplendissant et sublime domaine. Pourtant tous s'efforcent d'y pénétrer.
a Le monde marche «, a dit Pelletas. Les pas du monde ont été des pas de géant dans la voie du progrès intellectuel depuis qu'il a eu pour guide la raison.
Combien, en effet, nous sommes loin du jour,—pourtant assez récent si nous ne comptions que les années,—où, dans une assemblée solennelle de docteurs en théologie, la question fut agitée de savoir si définitivement les femmes ont une âme!
Il fut décidé qu'elles en ont une.
Grand merci à messieurs les docteurs de leur bienveillante décision 1 Il est vrai que s'ils eussent décidé le contraire, c'eût été exactement la même chose. Rien n'eût été changé dans le monde du mysticisme philosophique et religieux, il n'y eût eu qu'une ridicule erreur de plus.
Done ces excellents docteurs n'ont pas voulu refuser cette flamme divine, qui survit au corps et l'ennoblit, à nos mères et à nos soeurs. C'est fort bien ; mais ce n'est pas tout ce qu'il y avait à faire en faveur de la femme. En effet, du moment où l'on a reconnu une âme chez la femme, c'est-à-dire ce principe indéterminé dontnous sentons les effets, qui parle à notre esprit troublé en lui disant : espère! du moment, dis- je, où la femme a été reconnue dans son essence l'égale de l'homme, l'homme s'est imposé l'obligation de l'élever à sou niveau par la culture des sciences et des beaux-arts, qui sont le perfectionnement de l'esprit et des sentiments. Trop longtemps on a méconnu ce devoir en faisant à la femme un mérite de son ignorance. Toutes les femmes instruites et distinguées ne sont us des femmes savantes, et l'on peut, sans être ,
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comme dit Armande dans la comédie de Molière, des gens grossiers et des personnes vulgaires,
N'entrevoir point de plaisirs phis touchants,
Qu'une idole d'épouse et des marmots d'enfants.
Il n'existe, certes, aucune incompatibilité entre les devoirs de la femme et l'instruction. Quel nom donner à des devoirs sociaux qui excluraient l'ornement de l'esprit et isoleraient le coeur des salutaires émotions de l'art ? De semblables devoirs seraient un châtiment, et les femmes qui s'y soumettraient des condamnées. L'âme exige une hygiène comme le corps, car la santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps. On a parlé du ridicule qui s'attache parfois aux femmes infatuées de leur savoir ; à la bonne heure ; mais combien les dangers de l'ignorance sont plus à redouter que les ridicules d'une science prétentieuse! Suivant l'instruction et l'éducation qu'elle reçoit, la femme s'élève ou s'abaisse, s'épure ou se corrompt, agrandit le domaine de ses vertus ou s'abtme dans le vice.
Ce sera l'honneur de l'époque où nous vivons d'avoir encouragé la femme à prendre sa part d'être intelligent et perfectible de tous les travaux de la pensée, de toutes les fortifiantes émotions de l'art, l'art qu'on pourrait appeler la rhétorique du coeur. Prétendre qu'il y a danger à s'instruire et à cultiver les beaux-arts, c'est du même coup mettre en suspicion le vrai et le beau, qui sont le but de la science et de l'art. Ah! combien plus redoutable mille fois est pour la femme l'éducation frivole qu'elle reçoit au contact du monde! Qu'apprend-elle là qui lui soit utile, et que n'y apprend-elle pas qui ne puisse lui être nuisible? Je sais qu'il se trouve des gens assez jaloux des prérogatives que donnent la naissance et la fortune pour prétendre écarter du banquet de la vie intellectuelle les filles d'artisans, qu'ils voudraient voir condamner à l'ignorance. N'est—ce pas assez que les hasards de la naissance ou de la fortune aient fait à ceux-là la part si belle dans la vie, sans qu'ils exigent de celles-ci le sacrifice des facultés suprêmes, qui sont de voir, de connattre, d'apprécier et de sentir, et dont l'Éternel a doué tous les hommes également? Détestable et odieux despotisme entre les plus odieux , que celui qui s'attaque à l'âme et prétend en comprimer l'expansion. Le temps des préjugés de l'instruction est passé, Dieu merci ! et le soleil du vrai et du beau anime aujourd'hui tous les êtres humains, en attendant qu'il puisse les éclairer tous. Chacun , en
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effet, aspire à apprendre, à savoir, et cette tendance générale nous marque le temps où tout le monde aura la possibilité avec le devoir d'apprendre et de savoir.
Dans quelle grande assemblée française avons-nous entendu naguère une voix discordante soutenir qu'il y avait déjà assez de femmes artistes dans notre pays? Eh bien! non il n'y a pas et il n'y aura jamais nulle part assez d'artistes de génie pour la gloire de l'humanité, et il faut, pour produire ce qu'on appelle simplement de bons artistes, un ensemble de qualités trop précieuses et trop rares pour qu'où puisse craindre jamais leur envahissement. Quant aux personnes qui ne pratiquentl'art qu'en amateur, les jouissances qu'elles en éprouvent et qu'elles font partager à leur entourage sont une réponse assez triomphante aux fades satires dont pourraient les gratifier de jaloux impuissants.
La femme vit surtout par le cceur; or, l'art est une conquête du cceur. Qu'elle reste donc, la femme, dans ce domaine de l'art qui est le sien , et qu'elle nous y attache plus encore par les grâces de sa personne. En la faisant belle, généreuse, honnête et sympathique, il semble que la nature ait plus particulièrement créé la femme pour les beaux-arts, lesquels éveillent en nous ces diverses impressions.
A l'homme les fortes conceptions de l'entendement, à la femme les douces et enivrantes récréations de l'âme. « Où est la femme? » ne veut pas toujours dire où est la cause du mal; il signifie aussi où est la cause du bien.
Aussi suis-je douloureusement étonné de voir Bossuet, après beaumup d'autres docteurs de l'Église, repousser systématiquement, comme un danger pour les femmes, le développement de leurs facultés intellectuelles. e Les femmes, dit l'éloquent écrivain, n'ont pas moins
« de penchant à être vaines par leur esprit que par leur corps. Souvent
« les lectures qu'elles font avec tant d'empressement se tournent en
« parures vaines et en ajustements immodestes de leur esprit ; souvent
« elles lisent avec vanité, comme elles se coiffent... » A. cela je répondrai que les femmes qui sont naturellement vaines et immodestes font tout, sans exception, avec vanité et immodestie. Ce serait sans se départir de ces tristes sentiments qu'elles en liraient la condamnation dans Bossuet lui-même. Mais Dieu merci t ces femmes-là sont l'exception, et je nie range à l'avis de la Bruyère quand il dit : s Les femmes
« ne sont détournées des sciences que par certains défauts ; concluez
« donc que moins elles auraient de ces défauts, plus elles seraient
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