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les faits Société L eiéte chorale dirigée par M. Calvès (musique en chiffres) arrêtée
par les difficultés, assurément très-grandes, comme intonation surtout, trop grandes peut-être, même pour des concurrents orphéonistes classés en première division , M. Calvès, au lieu d'accepter de bonne grâce sa défaite, prend une attitude courroucée. Il ose parler de guet-apens que lui aurait tendu ses juges. Se grisant de ses propres paroles, il passe du sérieux au bouffon, en affirmant que pas un des membres présents du juryn'est capablede lire le solfège imposé. On a vu que ce juryincapable, suivant le fougueux galiniste, était composé de MM. Besozzi, grand prix de borne; Bazille, grand prix de Rome ; Colin, grand prix de Rome; Durand, professeurde solfège au Conservatoire ; Vervoitte, Hurand et d'Ingrande, mitres de chapelle, et Roeheblave, compositeur. Au surplus, ce solfège, prétendu indéchiffrable, a été déchiffré par la Société Amand-Chevé, ce qui prouve une fois de plus, dit spirituellement M. Gebaüer dans l'Écho des orphéons, que l'Avenir ' est aux branches cadettes. M. Laurent de Rille, personnellement attaqué par l'irritable M. Calvès, a protesté énergiquement contre le manque de courtoisie du plaignant. Peu s'en est fallu, rapporte un témoin oculaire, M. A. Caise , correspondant du Figaro, qu'on ne fit un mauvais parti à ce dernier. M. Laurent de Rillé, surmontant l'émotion bien naturelle qu'une pareille scène lui avait occasionnée, ajoute M. Caise , a réclamé le silence de Pauditoire indigné, et, clans une allocution pleine de fermeté digne, il a pris acte du procédé inqualifiable de ses adversaires et flétri comme il le méritait le manque de savoir-vivre de l'artiste exaspéré de son insuccès.
M. Calvès a trouvé un défenseur dans le critique musical de l'Opinion nationale. Écoutoas M. Azevédo, car nous voulons faire à chacun la part qui lui convient :
Aux approches des concours orphéoniques de l'Exposition , M. Calvès , directeur de la société chorale Galin-Paris-Chevé, crut devoir demander par écrit à M. Laurent de Riflé, l'un des organisateurs de ses concours, s'il était vrai que lejury chargé de juger les épreuves de lecture à première vue avait décidé «imposer à tous les concurrents la même tonalité écrite, quel que fût le mode
1. C'est le titre du journal de M. Amand Choyé.
168 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
d'écriture musicale. Il faisait remarquer que la Société chorale dont il est le directeur ne voudrait probablement pas faire au jury une concession qui tendait à mettre en question les bases de tout un système.
a M. Laurent de Rill5 lui répondit, le 18 juin : a La nouvelle qu'on vous a rapportée est dénuée de fondement. Vos solféges seront écrits DANS LES LANGUES
MODALES UT ou LA MINEUR ET NON AUTREMENT. »
a Oh! le bon billet qu'a la Châtre,
« Sur la foi de ce rassurant petit morceau de prose, M. Calvès et sa Société, M. Amand Chevé et la sienne, se présentèrent bravement au concours de lecture à première vue,le 8 juillet, dans la salle du Théâtre international. Là, on leur distribua, au moment de commencer, des copies du morceau à lire à première vue. Nous en avons une sous les yeux. Au début , ce morceau , à deux parties, se trouve tout naturellement dans les conditions de la promesse faite par M. Laurent de Rillé, puisqu'il est en ut majeur ; et l'on a bien fait de l'écrire dans ce ton, pour égaliser autant que possible les chances entre les Sociétés galinistes et celles qui devaient lire sur la portée. Il est, de plus, noté en chiffres avec les traits ascendants et descendants prescrits par Galin, pour les dièses et les bémols, Mais il module horriblement, et pas une seule des modulations n'est ramenée à l'écriture typique du mode, au moyen des mutations et des soudures usitées dans l'école; par ce fait, il se trouve écrit d'une façon absolument contraire aux principes et aux habitudes de cette école.
a Ces soudures, qui font disparaître comme par enchantement les difficultés de la lecture, en supprimant les dièses ou les bémols amenés par la modulation, sont la condition sine qua non d'une traduction fidèle et praticable dans le système galiniste.
Il était: difficile que l'auteur du solfége incriminé, le très-honorable M. Besozzi, ne répondit pas aux allégations de M. Azevédo.
a 27 juillet1867.
MoNSIEUR LR BEDAUCEUR ,
a Dans son feuilleton du 23, relatif à la séance du 8 juillet (concours de lecture à vue), M. Azevédo critique la composition d'un solffige, sujet d'un incident fort regrettable, c'est son droit ; mais quand il ressort de son article que cet exercice de lecture a pu être un piège tendu à l'école du chiffre, malgré ma répugnance à m'occuper de moi, je me sens forcé de répondre, et je proteste hautement contre une insinuation aussi blessante.
a J'ai été chargé de composer quatre solféges pour ce concours, j'ai tenu à en surveiller moi-même la traduction, la gravure et l'impression. La traduction en chiffres a été le sujet d'une sérieuse préoccupation, et si le système des soudures a été écarté, on ne l'a fait qu'après avoir entendu les avis partagés de personnes compétentes, et avec la conviction très-loyale de faciliter l'épreuve aux concurrents.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. les
Je le répète, autant on a le droit de critiquer une oeuvre, autant on doit s'interdire l'expression d'un soupçon offensant,
. Veuillez, je vous prie, monsieur le Rédacteur, publier ma lettre dans votre plus prochain numéro.
Agréez, etc.
L.-D. BESOZZI.
P. S. Deux fautes d'impression en Luit pages ont été signalées par l'auteur de l'article; si M. Azevedo, qui me les reproche si sévèrement, veut bien prendre la peine de lire la contrefaçon de la leçon entière (déposée légalement par mon éditeur), et qui a paru sans autorisation dans Avenir musical du 15, il en verra bien d'autres, h commencer par la première mesure.
On voit, par la réponse de M. Besozzi, que le journal de l'école du chiffre a tenté par tous les moyens possibles d'atténuer, , d'excuser même la conduite d'un des siens en cherchant à prouver que le solfége était mal noté d'après les règles de la méthode Galin-Paris—Chevé. M. Arnaud Chevé ne pouvait se dispenser, par esprit de corps, de prendre la défense de son infortuné coreligionnaire musical. Par malheur, fait observer très-justement M. J.-P. Mochetés, dans la Chronique musicale, M. Amand n'a pas jugé à propos de s'étendre sur le côté technique de débat, et il s'en suit que les explications qu'il fournit ne sont pas parfaitement claires. N'importe, nous reproduirons les explications de M. Amand Chevé pour ne pas manquer à l'esprit d'impartialité qu'à défaut d'autre qualité, on retrouvera partout dans cet ouvrage.
La Société chorale que je dirige, appelée l'avant•dernière au concours, subit l'épreuve de lecture à vue. La traduction qui nous a été remise n'étant pas con- fume aux principes fondamentaux adoptés par notre école, je lis à ce sujet quelques observations à voix basse au jury. La personne qui avait traduit le solfége , et dont nous nous plaisons d'ailleurs à reconnaître le mérite et l'entière bonne foi, reconnut qui elle s'était écartée de nos principes dans le but de nous rendre la lecture plus facile. Je témoignai les regrets que cette bienveillance inopportune me causait, et rien n'avait troublé la séance, lorsqu'à son tour la Société de l'école Galin-Paris-Chevé , dirigée par M. Calvbs, se présenta. Les obstacles quinoas avaient perdus avaient pour origine l'inexactitude du système graphique employé pour la traduction.
Interrompu par son directeur, elle ne chanta que la moitié de son morceau d'épreuve. M. Calvès protesta à haute voix, signala des fautes et invoqua les termes formels d'une lettre dans laquelle M. L. de Billé promettait qu'aucune modification ne serait faite à l'écriture adoptée par notre école. Une discussion s'ensuivit, au milieu de laquelle M. Calvès prononça cette phrase : a Seuls nous sommes compétents ». Les Sociétés orphéoniques, se méprenant sur le sens de ces paroles, redoublèrent leurs clameurs. L'intention de M. Calvès n'a jamais
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été et ne pouvait pas être de nier lacompétence d'un jury, auxdéeisions duquel Il était venu se soumettre. Il voulait seulement préciser que les jurés ne pouvaient pas connaître aussi bien que nous l'écriture dont nous faisons usage. M. L. de Rillé, prenant alors la parole au milieu du tumulte, s'écria que le jury ne devait recevoir en public aucune réclamation, qu'il trouvait les paroles de M. Calvès outrageantes, et que nous devions des excuses au jury. Cette pré. tention n'était pas faite pour apaiser le débat : aussi les Sociétés rivales échugèrent-elles de très-regrettables paroles. Le tumulte, cependant, s'était à peu près calmé, lorsque les sergents de ville arrivèrent et invitèrent les deux partis à se retirer p.
L'incident est vidé, comme on dit au palais. N'en parlons plus. Mais il reste un fait qu'ont mis grandement en lumière les concours de lecture. C'est qu'aujourd'hui l'Orphéon français est entré résoliiment dans le domaine de l'art. L'épithète de perroquet ne lui convient plus puisque toutes les sociétés chorales, à cette heure, suivent des cours réguliers de solfége. Elles ont raison : si le solfége n'est pas tout en musique, il est presque tout, et on n'est pas plus musicien en sachantmal lire les notes, qu'on ne serait lettré en sachant mal lire les lettres. Solfiez donc, jeunes gens, c'est-à-dire apprenez à retenir les rapports des intervalles, et VOUS n'aurez plus que bien peu de chose à redouter de la notation, qu'on emploie des chiffres ou des points sur la portée.
JOURNÉE' DU DIMANCHE.
Ce dimanche, vainqueurs et vaincus se sont de nouveau gaîment rencontrés au Palais de l'Industrie on a eu lieu un second festival choral. Le programme n'était pas changé, mais les exécutants étaient plus nombreux, le public aussi, et l'exécution a paru généralement meilleure qu'au premier festival. Six mille chanteurs, au lieu de cinq mille réunis le vendredi précédent, ont pris part à cette fête. Cette plus-value de mille est due à l'Orphéon Parisien qui, le vendredi, était resté à ses ateliers. Or mille orphéonistes parisiens, ce n'est pas seulement le sixième de six mille, c'est un renfort considérable de bonnes voix, expérimentées, aguerries. Aussi a-t-on pu cette fois mieux apprécier certains choeurs, notamment le Temple de la Paix, les Martyrs aux Arènes et le joli Fabliau des Deux Nuits de Boieldieu. Des bis ont accueilli l'Hymne à la Nuit du simple, du mélodique et pourtant toujours ample et magistral Rameau. Le même honneur a été fait à la Noce du Village. L'auteur de cette composition, qui a été , nous le sa-
ET LES. INSTRUMENTS DE MUSIiQUE. 171
vous, l'organisateur dévoué de ces différentes solennités chorales avec le marquis de Béthisy et Georges Haie a reçu à cette séance un témoignage extrêmement flatteur. Les orphéonistes lui ont fait une ovation. M. Laurent de Billé est venu les remercier de cette marque de sympathie, et les applaudissements du public se sont mêlés à ceux des chanteurs.
JOURNÉE DU LUNDI.
La belle, la grande partie allait se jouer ce jour-là. Les plus forts orphéons français, ceux qui avaient obtenu des prix au concours de la division française d'excellence, étaient appelés à l'honneur de briguer avec les sociétés étrangères d'élite le grand prix de 5,000 francs. C'est au Théâtre international qu'a eu lieu ce superbe tournoi, qui ne s'effacera pas des souvenirs de ceux qui en ont été témoins.
Après une solennelle promenade dans l'intérieur de l'Exposition de toutes les Sociétés chorales présentes à Paris, on a procédé au concours. Indépendamment du jury, formé de notabilités musicales dont on a vu les noms plus haut, on remarquait dans la salle plusieurs de nos chanteurs célèbres, et un grand nombre d'hommes de lettres et de compositeurs français et étrangers.
Un silence profond s'établit lors de l'entrée sur la scène des premiers champions (le l'harmonie.
Ces champions, au nombre de 78, sous la direction de M. Verken, composent la Legia de Liége, une des meilleures Sociétés chorales, sinon la meilleure de toute la Belgique.
Les esprits sont tendus, et je suis sûr que les coeurs battent dans les poitrines.
Le Legia entonne les premières notes des Corsaires grecs de Soubre, et Pori voit immédiatement quo cette Société, dont la renommée est européenne, est à la hauteur de sa réputation. Le morceau est écrit en fa, et j'entends un certain nombre de ténors pousser vaillamment et très-heureusement des ut de poitrine, comme faisaient Duprez à l'Opéra et Tamberlick aux Italiens. Le premier de ces célèbres ténors est présent à cette séance, et il salue dc la tâte ces set comme on salue d'anciennes connaissances. Les ns ses sont admirables, autant au moins que les ténors, et les difficultés nombreuses vraiment endiablées de ce chœur diabolique sont presque insurmontables. C'est moins une composition vocale qu'une véritable symphorie d'orchestre. Et pourtant les
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