Le musique et la guitare basse

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immergé dans le ventre maternel à un bruit de fond de 60-65 décibels134, il y perçoit les bruits de sa mère (bruits vasculaires, des viscères, respiration) ainsi que les bruits extérieurs atténués par la paroi du ventre maternel et le milieu liquide dans lequel il se meut. On a pu aussi constater la très bonne réception par le foetus de la musique et du chant.135 Certaines expériences136 ont d'ailleurs tenté de comprendre la réaction du foetus au bruit : la mère étant isolé phoniquement par un casque du bruit diffusé (afin qu'elle ne transmette pas de réactions émotives à son enfant), on a soumis un certain nombre de foetus à certains bruits violents (de l'ordre de 100-105 dB, « ce que l'on peut entendre dans une salle de concert » précise Moch) et l'on a pu remarquer un sursaut du foetus, une accélération de son rythme cardiaque. Par extrapolation, on peut supposer que dans notre monde moderne où le volume sonore, et par extension le bruit, ont relativement augmenté, la plupart des mères actives transportant leur bébé en leur ventre peuvent parfois l'avoir soumis à des intensités sonores relativement importantes (métro, usines, cafés, ...) et par conséquent que ce sursaut, cette « peur » de l'intensité violente d'un son ait pu être enregistré par le cerveau en développement du bébé. Notre conditionnement au bruit et à la peur en résultant serait alors quelque chose — en partie — d'enfoui en notre passé amniotique. D'autre part, l'homme s'habitue à certains sons, leur associe des caractères agréables ou non, selon son propre vécu et la représentation qu'il se fait de ces sons — ce qui se traduit au niveau du cortex cérébral par des décharges plus ou moins intenses vis-à-vis des cellules nerveuses137. Car il est indéniable que le bruit a des incidences sur notre corps138 : un phénomène sonore intense peut entraîner à tout instant l'accélération du rythme cardiaque, l'augmentation de la respiration, la sécrétion d'adrénaline, jusqu'à même atteindre des sensations de vertiges dus à une stimulation intense des canaux semi-circulaires de l'oreille interne, ceux-ci étant responsables de l'équilibre Il n'est donc pas étonnant que cette sensation de vertige soit signalée par certains adeptes de musiques amplifiées comme le fait remarquer Moch139, ce vertige pouvant participer à la recherche de transe (que nous
134 Annie Moch, ibid., p. 62.
135 « De même il est à noter l'excellente transmission de la musique et du chant. Les musiques d'opéras sont étonnamment bien reconnues, on découvre Bach et Mozart dans l'amnios ! », Annie Moch, ibid., p. 64. Corrélat : On pourrait ici se poser la question de la réception du foetus confronté à d'autres musiques, telles que certaines formes extrêmes de musiques métal (cependant, sans que le volume d'écoute-transmission ne soit élévé). Y aurait-il ainsi une forme d'habituation aux caractères de la musique ainsi entendue ?
136 Cf Annie Moch, ibid., p. 67.
137 Cf Alain Muzet, op. cit., p. 28. En ce qui concerne le conditionnement sonore pré-natal, on peut consulter l'ouvrage d'Annie Moch, op. cit., pp. 73-77.
138 Cf Annie Moch, op. cit., p. 46 : «En particulier des ramifications nerveuses stimulent la formation réticulaire du cerveau où transitent toutes les sensations externes et internes de l'organisme, ce qui permet de comprendre que le bruit peut avoir, par l'intermédiaire du système nerveux végétatif, des répercussions sur le corps tout entier. »
139 Cf Annie Moch, ibid., pp. 48, 164.
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développerons plus loin) et à laquelle peuvent s'ajouter les mouvements gestuels (particulièrement extatique dans le Métal : headbanging, pagaie), mais également le corps servant de caisse de résonance au son (notamment les fréquences graves qui peuvent se ressentir dans la partie abdominale), voire la prise d'alcool ou de certains psychotropes euphorisant le tout.141
Dans le Rock et le Métal, la notion de bruit fait alors partie du mode de communication. Il est difficile d'imaginer un concert de ce type à un faible volume, l'intensité sonore faisant partie de la grandiloquence du tout (du groupe sur une scène démesurée statufié en héros, du public nombreux et compacté, des effets de lumière et de pyrotechnie, etc.), servant ainsi à la mise en transe, à l'émerveillement du fan présent au spectacle.142 En ce sens, le bruit est aussi une véritable catharsis de notre monde moderne143, et il devient par le biais de cette musique un anxiolytique à la vie actuelle faite de stress et d'environnement sonore plus ou moins souhaité, auquel nous sommes soumis par défaut de paupières à nos oreilles.
Notre exposé succinct sur le bruit et sa perception mériterait bien sûr un développement plus ample. Cependant, nous pouvons dégager quelques réflexions sensibles de ces diverses constatations. L'auditeur de musique métal recherche par ce bruit qui lui est consubstantiel un phénomène de plaisir, un certain « auto-érotisme » par les décibels comme le note Moch144. En somme, la recherche d'un ailleurs, d'une alternative au monde. L'auditeur d'un tel type de musique qui s'habitue à ce « bruit », y retrouve un plaisir que le non-initié constatera vraisemblablement comme masochiste, ce dernier n'y entendant que fureur et violence, éléments considérés dans leur sens premier comme désagréables.145Il y a donc agression chez le non-initié de sa norme sonore considérée comme agréable, alors que le premier (l'initié, c'est-à-dire ici l'auditeur de Métal) a intégré cette musique-bruit comme norme sonore par accoutumance au phénomène. Par conséquent, il y a eu, pour l'"initié", un transfert des idées princeps inhérentes au bruit — formées par la culture, par l'environnement du sujet — dans les musiques à tendance bruyante (dont le Métal) où leur a été confiée une nouvelle aura, aura
140 Cf notre partie consacrée à ces gestuelles : 11)C) La musique et le corps
141 En ce qui concerne le rapport du bruit à la jeunesse, à cette « recherche de stimulations acoustiques intenses » (Muzet), l'on peut consulter Alain Muzet, op. cit., p. 96 ; Annie Moch, op. cit., p. 157 et suivantes ; Castanet, op. cit., pp. 111-117.
142 Cf Annie Moch, ibid., p. 167.
143 Ainsi les « signes » de bruit et de rapidité d'exécution dans la musique métal peuvent être perçus en terme de vitalité, de désir d'affirmation, d'énergie : « Découlant des avatars du progrès, l'accélération comme le bruit sont de véritables "énergols" en puissance. », Pierre Albert Castanet, op. cit., p. 19. Par rapport aux « signes » dans le Rock, cf Castanet, p. 42. (Cf aussi pp. 324-325, 327-329, 333, 342), Cf aussi Moch, p 178-180.
144 Annie Moch, op. cit., p. 160.
14511 est à noter que l'apprentissage de l'homme-enfant vis-à-vis du domaine musical se fait en premier lieu sur le mode sensible, sur les notions de désir-plaisir et de refus-répulsion. À ce propos, cf Annie Moch, op. cit., pp. 100, 104.
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dénuée de connotations préjudiciables et ainsi reliée à la notion de plaisir. Bien que le bruit soit une forme de parasite anti-communication146 dans la vie de tous les jours, il s'avère dans le Métal participer en tant que médium147, traduisant une médiation ancrée dans un tout où la grandiloquence, la violence, concourent à l'état d'euphorie extrême recherchée par l'auditeur. C'est d'ailleurs ce dernier point — la violence — que nous allons évoquer à présent.
2- La Violence
Le Métal est souvent pointé du doigt comme une musique violente, véhiculant des idées violentes, et représentant visuellement des attributs du même sort. Cette critique étant récurrente, nous allons ici amorcer un début de réflexion sur la violence et le Métal. Tout d'abord en tentant de cerner les contours que peut révéler la notion de violence, ensuite en essayant de déterminer quels sont les facteurs de violence que l'on peut imputer au Métal, et enfin en synthétisant par une conclusion — ouverte à toutes remarques — notre propre pensée sur le phénomène analysé.
La violence est une notion délicate à définir.148 Il y a déjà une abondante littérature qui traite le sujet, ceci dans de nombreux domaines (philosophie, psychologie, psychanalyse, éthologie, anthropologie, etc.), cependant il semble qu'il y ait encore peu d'approche de la violence sous son angle musical. Le Métal étant comme nous l'avons émis précédemment une musique fréquemment qualifiée de violente, une réflexion d'ensemble s'impose afin de
146 Cf Alain Muzet, pp. 67, 95 : « Toutefois, il est nécessaire de distinguer clairement "communication" et "bruit". » ; « Le bruit n'est pas un moyen de communication, c'est un moyen de la supprimer ! »
147 Les propos de Moch en cela contrebalancent ceux de Muzet : «Il n'en reste pas moins vrai que les adolescents nous rappellent que les bruits et les sons, par leur richesse, leur multitude, leur variété, constituent un moyen privilégié de découverte du monde sensible qui nous entoure, qu'ils sont indispensables à la communication entre les individus. », Annie Moch, op. cit., p 189.
À propos de médium/message/signification, cf Pierre Albert Castanet, op. cit., p. 122.
148 Pour n'appuyer que succinctement notre assertion par le propos de deux spécialistes :
- « La relativité et l'indéfinissabilité du concept de violence ne sont pas accidentelles mais inhérentes à une notion qui polarise la diversité conflictuelle des évaluations sociales. [...] L'usage d'un concept comme celui de violence suppose la référence à des normes qui peuvent n'être pas partagées par tous. », Yves Michaud, La violence, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ?, 1999 (5 édition), p. 122.
- « Le propre de la violence comme tout objet social de quelqu'importance, c'est qu'il est bien délicat de prétendre en proposer une analyse théorique nouvelle. » / « Ainsi il n'est pas possible d'analyser la violence d'une manière unique, de la prendre comme un phénomène unique. Sa pluralité même est l'indicatrice privilégiée du polythéisme des valeurs, de la polysémie du fait social [...] », Michel Maffesoli, Essais sur la violence : banale et fondatrice, Paris, Librairie des Méridiens, coll. Sociologies au quotidien, 1984, respectivement pp. 11 et 14.
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référencer, et par la suite de confirmer ou d'infirmer ses facteurs considérés comme tels. Mais, tout d'abord, abordons la notion en elle-même.
Tel que s'accordent les différents spécialistes ayant abordé le sujet, la violence ne peut être définie sous un angle monolithique. Elle peut en effet révéler divers aspects (physique, psychologique, économique, politique) et sa connotation comme tel est aussi soumise à diverses variations (lois en vigueur, etc.). Une définition étymologique149, si elle apporte des indices sur la construction du terme en lui-même et ainsi sur sa polysémie, n'est pas non plus d'une aide considérable quant à comprendre véritablement de quoi il ressort sous le mot. Comme nous pouvons déjà le remarquer, traiter un tel thème n'est pas simple, et nous n'avons pas la prétention ici de résoudre un problème auquel tant de personnes se sont déjà attelées. Par ailleurs, il a bien fallu faire un choix pour aborder notre réflexion, ainsi nous nous sommes principalement appuyés sur six ouvrages choisis et référencés plus bas (cf note de bas de page).15° Mais, pour revenir à notre propos principal — la notion de violence —, la réflexion que nous avons abordée précédemment sur le bruit peut aider à établir un semblant de définition générale. En effet, la violence peut-être considérée comme « [une] rudesse volontairement commise aux dépens de quelqu'un »151 ; en somme, par extrapolation, une forme analogue à ce que nous connotions comme « désagréable » vis-à-vis du bruit (qu'il faut concevoir ici dans le sens de subir). Cependant, cela induit de nouveau des rapports sous-jacents tels la violence légitime (celle du pouvoir, organisée par l'autorité en vigueur) ou la violence illégitime (le meurtre par exemple). Mais notre discours ne tient pas ici à clarifier irrévocablement cette notion complexe, néanmoins ce préambule permet de mieux appréhender le principe de perception152 (qui pour tous est lié à l'éducation, la culture, à sa
149 Pour cela voir Yves Michaud, op. cit., p. 4.
150 Yves Michaud, La violence, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ?, 1999 (5è édition).
Michel Maffesoli, Essais sur la violence : banale et fondatrice, Paris, Librairie des Méridiens, coll. Sociologies au quotidien, 1984.
Gérard Pirlot, Violences et souffrances à l'adolescence, Paris, L'Harmattan, coll. Psycho-Logiques, 2001. Histoires de violence (ouvrage collectif), in La lettre du Grape, n° 38, 1999.
Daniel Sibony, Violence, Paris, Ed. du Seuil, 1998.
Jean Bergeret, La violence fondamentale, Paris, Dunod, coll. Psychismes, 1992.
151 Yves Michaud citant J.-C. Chesnais, op. cit., p. 9.
152 Problématique de la perception qui fut confirmée par la plupart de nos lectures :
- « On l'a vu, la violence ne peut être appréhendée et pensée indépendamment de critères et de points de vue. », Yves Michaud, op. cit., p. 11. (Auxquels il faut aussi ajouter « l'effet de la norme », ibid.)
- « Pour comprendre la violence, il faut penser le rapport que les gens — groupes ou sujets — ont avec elle. C'est le rapport à la violence qui peut permettre de l'interpréter, de la déplacer, plutôt que l'effort de la cerner comme un objet. », Daniel Sibony, op. cit., p. 141.
- L'approche psychanalytique et freudienne de Jean Bergeret met également en valeur un autre point intéressant : « On a tendance à dénoncer l'importance prise actuellement par la violence alors que ce qui a surtout varié de façon évidente à travers les époques, c'est d'abord la forme revêtue par le discours tenu sur la violence, c'est-à-
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