CHERUBINI, l'opéra

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Cherubini a écrit quelques quatuors d'instru-
ments à cordes d'un bon style et trop peu
connus.
Son dernier opéra Ali-Baba a été éloigné de la
scène de l'Opéra, après dix ou douze représenta-
tions, par une de ces raisons financières qui ont
fait mettre à l'écart tant d'autres beaux ouvrages
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38 CHERUBINI
depuis que l'Opéra est devenu une entreprise
particulière, une exploitation industrielle.
Rien de plus entier, de plus inaltérable que les
convictions de Cherubini ; en matière harmonique
surtout, il n'admettait pas la possibilité d'une
modification ou seulement d'une extension des
règles établies. Il eut souvent, à ce sujet, des
discussions très vives avec le savant professeur
Reicha, avec Charon; et, un jour qu'un théoricien
systématique, moins connu que ces deux maîtres,
et fort entier aussi dans l'étrange doctrine de
théologie musicale dont il est à la fois le disciple
et le fondateur, s'obstinait à argumenter contre
lui, Cherubini, bouillant de colère, ne pouvant
parvenir à mettre à la porte son entêté disputeur,
s'écria : « Sortez de chez moi! sortez, vous dis- je, ou je me jette par la fenêtre! et l'on dira que
c'est vous qui m'avez assassiné !
La tournure de son esprit était éminemment
caustique ; sa conversation abondait en traits
mordants, en réparties d'un laconisme piquant
et incisif.
Un jour, passant dans la cour des Menus-Plai-
sirs à l'heure d'un concert donné par un jeune
compositeur de ma connaissance, quelqu'un vou-
lut l'entraîner dans la salle pour entendre la sym-
phonie nouvelle qui servait alors de texte aux
controverses musicales les plus animées « Lais-
sez-moi, dit Cherubini, je n'ai pas besoin de savoir
ESQUISSE BIOGRAPHIQUE 39
comment il ne faut pas faire!, » Une autre fois, à
une répétition de la grande messe solennelle de
Beethoven, m'étant prononcé contre la fugue en ré
majeur qu'elle contient avec une franchise que
mon admiration pour l'auteur pouvait, ce me
semble, excuser, un pianiste, homme de mérite
sans doute, surtout à cette époque, et qui a com-
posé beaucoup de musique, prit fait et cause pour
le fracas fugué et anti-religieux de Beethoven.
Cherubini entre au foyer au milieu de la dis-
cussion; malgré mes signes pour l'engager au
silence, mon adversaire la continue de manière
à attirer au contraire l'attention de Cherubini
qui se retournant vivement : « Qu'est-ce que
c'est? — C'est monsieur, répond perfidement le virtuose, qui n'aime pas la fugue. — Parce que la
fugue ne l'aime pas. »
Cherubini était impitoyable même pour ses
élèves, quand une saillie se présentait à son
esprit. L'un d'eux allait donner un nouvel opéra,
Cherubini assistait, dans une loge, à la dernière
répétition. Après le second acte, le jeune compo-
siteur, plein d'anxiété, entre dans la loge et attend
inutilement quelques-unes de ces bonnes paroles
dont on a tant besoin en pareil cas : « Eh bien,
cher maître, dît-il enfin, vous ne me dites rien!
— Que diable veux-tu que je te dise? réplique en
1. Voir l'introduction, p. m.
PIO CHERUBINI
riant Cherubini; je t'écoute depuis deux heures
et tu ne me dis rien non plus! » Le mot était
d'autant plus dur, qu'il manquait de justesse et
de justice; l'ouvrage de l'élève eut un grand
succès.
AUBER
LES DIAMANTS DE LA COURONNE
12 mars 1840.
Il s'agit de diamants faux qu'on veut faire briller
comme s'ils sortaient des mines de Golconde.
Voici comment.
Nous sommes en Estramadure, dans un souter-
rain habité par une bande de malfaiteurs qui, à
la fin de la pièce, se trouvent être les bienfaiteurs
du Portugal. Ces braves fabriquent de la fausse
monnaie, de faux billets, de faux diamants, et
généralement bout ce qui concerne leur état. Les
cavités de la montagne retentissent des coups de
leurs balanciers ; on travaille sans relâche. Ce qui
prouve bien que l'oisiveté n'engendre pas tous les
vices. Entre un jeune seigneur, don Henrique,
neveu du ministre de la Justice espagnole. Il pleut
à verse, il tonne; ses chevaux épouvantés ont pris
AUBER
le mors aux dents; il n'a eu que le temps de s'élancer de sa voiture au moment où, moderne Hippolyte, il allait être par ses furieux coursiers traîné de roc en roc, au fond d'un précipice. Il voit un ermitage, une espèce de couvent, et vient y demander un abri. Bien étonné de n'y trouver personne, don Henrique s'amuse, pour tuer le temps, à chanter une ballade sur les agréments des voyages, quand trois ou quatre gaillards, fort peu semblables par leurs costumes à de pieux anachorètes, s'avancent traînant la valise de l'étranger. Ils l'ouvrent sans façon et s'emparent de tout ce qu'elle contient. L'heure du repas des ouvriers a sonné; ils sortent en foule des sombres ateliers en chantant à tue-tête, non pas, comme dans Guillaume Tell, le travail, l'hymen, et l'amour mais le travail et... quelque autre chose. Rien ne dispose à la joie comme une vie active, réglée et une conscience pure. La pureté de conscience est surtout de rigueur.
A force de parcourir, dans leurs joyeux ébats, les coins et recoins du faux monastère, les faux monnayeurs finissent par apercevoir notre voyageur, qui depuis un quart d'heure se cachait de son mieux derrière une enclume. Cinquante couteaux et autant de marteaux se lèvent à l'instant sur lui, on va le mettre en pièces, le monnayer; mais une charmante jeune fille, en robe tricolore, béret en tête, et poignard à la ceinture (à la bonne
LES DIAMANTS DE LA COURONNE 45
heure! je ne connais rien d'ignoble comme cet usage des honnêtes femmes espagnoles de porter le poignard à la jarretière ; voyez un peu le gracieux mouvement que cela les oblige de faire, quand le moment est venu de poignarder leur amant!) une délicieuse brigande, donc, la Vénus de ces cyclopes, s'élance au devant d'eux, et leur ordonne de respecter l'étranger, qu'ell prend sous sa protection. Bien plus, elle l'invite à déjeuner, et exige du chef des bandits, un gros monsieur rébarbatif, nommé Rebolledo, qu'il lui serve le chocolat. La troupe soumise, religieuse et frugale, se retire, fait le signe de la croix, et va se restaurer avec des cigaretti et quelques verres d'eau fraîche. Ce repas économique n'est pas terminé, qu'un émissaire accourt, hors d'haleine, et pile comme s'il n'avait ni bu ni fumé depuis huit jours.
« Des soldats gravissent la montagne, gardent toutes les avenues, ils vont entourer l'ermitage; il n'y a plus moyen de leur échapper, nous sommes perdus. — Bah ! répond Catarina (c'est le nom de la capitaine br4,Tande), bah ! dit-elle, en versant à don lienrique une seconde tasse de chocolat, ils ne nous tiennent pas ; finissez tranquillement votre déjeuner. » Mais nos hommes n'ont plus d'appÉtit; la perspective des büchers de l'inquisition l'a fait disparaître instantanément ; pourtant la sécurité de Catarina est motivée ; elle a son plan,
à,
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la jolie scélérate. Elle vous encapuchonne tous
ses industriels, les convertit en moines, les range
sur deux lignes en procession, place au centre le
trésor de la bande, un immense écrin qui repré-
sente en faux diamants des centaines de millions,
l'enferme dans un coffre à reliques; ainsi enchâssé,
le fait porter pieusement par quatre faux frères,
et, armée d'un sauf-conduit qu'elle a trouvé dans
la valise de don Henrique. se présente avec
sa troupe devant les soldats, qui se mettent à
genoux pour les laisser passer. Don Henrique.
pour prix de la vie qu'on lui a laissée, s'est en-
gagé sur sa parole à ne pas parler de son aventure
avant un an.


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