Jouer avec le poignet souple
Retour à l'index la-basse.eu11Robert Johnson (1914-1938), a accepté de vendre son âme au diable en échange de dons artistiques. », Fabien Hein, op. cit., p. 184. On retrouve ce même genre d'histoire dans le Rock ou le Métal ; dans ce dernier cas par exemple, la légende selon laquelle LED ZEPPELIN aurait vendu son âme au diable en échange de la gloire du groupe est largement répandue, celle-ci étant entretenue par de nombreux faits annexes (Jimmy Page ayant notamment racheté l'ancien manoir d'Aleister Crowley, le célèbre mage sataniste)
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conséquente, reprenant certains symboles comme fer de lance de son image. La bras levé, poing tendu, index et auriculaire relevési 1 1 a par exemple une double-signification lors d'un concert métal : cela connote la satisfaction de l'auditeur, son engouement face à la musique jouée, mais aussi ce signe symbolise le diable (les doigts relevés symbolisant ses cornes). Cependant, ce signe sataniste en lui-même s'avère dans ce contexte bien plus une reconnaissance au sein d'un mouvement et de sa musique qu'une véritable adhésion au culte satanique. D'autre part, il est vrai que cette appropriation se conjugue bien avec les caractéristiques violentes et anti-conformistes du Métal, et peut-être est-ce pour cela que sa présence a traversé les décennies, des précurseurs BLACK SABBATH au courant Black-metal des années 80-90. Toutefois, il faut bien noter que toute généralisation est impossible : si l'image démoniaque se révèle un point relativement présent dans le Métal, il apparaît que de nombreux autres représentants de cette musique font fi de cette connotation, et comme le dit Matthieu Metzger, le Métal symbolise plus spécifiquement dans cette appropriation une notion de contre-pouvoir :
« Le Satanisme est représentatif du Métal dans le sens où il est un enjeu politique : c'est alors une simple dérive du nihilisme, une réponse à la morale chrétienne ancrée dans la culture occidentale et encore liée à la politique, notamment aux Etats-Unis. »112
Il faudrait donc a priori y voir davantage une incarnation du chaos dans ce symbole, notamment au travers des textes des chansons113, mais aussi une alternative pour les amateurs de cette musique face aux valeurs "morales" véhiculées par la société dans laquelle ceux-ci ne se retrouvent pas114. Toutefois, il existe tout de même au sein de cette musique des courants "durs" (les groupes DEICIDE ou ARKHON INFAUSTUS par exemple), se référant ouvertement à
Les BEATLES, ou encore les ROLLING STONES, ont eu aussi flirté avec l'image occulte du démon, notamment au travers de deux de ses plus grands représentants : Aleister Crowley (1875-1947 ; « considéré à tort comme le père du satanisme moderne, il est surtout un théoricien mystique d'obédience luciférienne, ayant produit son propre système de pensée qu'il intitule "thélémisme" », Fabien Hein, ibid., p. 185) et Anton Szandor Lavey (1930-1997 ; « fondateur de l'Eglise de Satan (Church of Satan) créée le 30 avril 1966, il est l'auteur de la Bible Satanique dont la doctrine se positionne comme l'antithèse du christianisme. », ibid., p. 186. Pour plus de précisions sur ces deux personnages, se rendre aux pages mentionnées ci-dessus.
On peut voir une illustration photographique de ce signe ainsi qu'une petite explication de celle-ci à la page 77 de notre mémoire.
112 Matthieu Metzger, op. cit., p. 17.
113 Ce que confirme Deena Weinstein : « Metal lyrics do not attack God and certainly do not malign Jesus. They just appeal to the devil as principle of chaos. », op. cit., p. 260.
Traduction : "Les paroles dans le métal n'attaque pas Dieu et ne calomnient certainement pas Jésus. Elles font juste appel au diable comme principe de chaos."
114 « Evil is a metonym for the proud pariah' s rejection of respectable society », in Deena Weinstein, op. cit. p. 262.
Traduction : "Le mal est une métonymie de la fierté des parias [les métalleux] rejetant la société respectable"
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l'image sataniste et blasphémant la religion sous diverses formes. À l'opposé, et conforme à l'image extrême du Métal, il existe également un métal célébrant ouvertement sa foi envers Dieu — appelé White-metal ou Christian-metal — et dont l'aspect musical n'en demeure pas moins métal (STRYPER, SAVIOUR MACHINE)115. En somme, il faut constater dans la symbolique satanique une alternative aux normes morales en vigueur, une critique de celles-ci et par extension de celles du pouvoir. En mettant en avant cette caractéristique, le Métal conteste encore une fois les conventions sociales, compense l'uniformisation de la pensée ambiante par ses dérives extrêmes, mélanges d'ironie et de controverse.
À l'instar de Fabien Hein, nous avons pu nous-mêmes constater l'accointance qui semblait se manifester pour le grand public entre Métal et idéologie fascisante116. En effet, lors d'un Collège sur le Hard-rock et le Heavy-metal organisé à la Cité de la Musique117, la première question posée par une auditrice du public porta vis-à-vis d'un "ouï-dire" concernant les rapports du Métal avec les politiques d'extrême-droite. L'organisateur et spécialiste du rock Frédéric Lecomte nuança la peur de la jeune dame en dénombrant les nombreuses affiliations de cette sorte qui étaient souvent de nature simplement provocatrice dans l'histoire du Rock. Enfin, il conclut sur ce point en évoquant une simple réactualisation de cette transgression au travers du courant métal. L'interrogation étant semble-t-il récurrente, il nous semble important de nous y attarder un peu.
Comme dans toute forme de société ou de micro-société, les différentes idéologies sont représentées, et le Métal s'avère tout autant construit sur ce type d'organisation. Afin de clarifier d'emblée la question principale, il est à noter que dans le genre Métal et ceci de manière globale, l'idéologie fascisante ou raciste n'apparaît pas comme majoritaire : celle-ci se trouve d'ailleurs condamnée par ses représentants éditoriaux lorsqu'elle se trouve par exemple exprimée de manière publique.118 Le Métal doit notamment cette réputation à son jeu d'ambiguïté sur le sujet, en voici quelques exemples relevés par Hein :
« Tel le groupe Kiss, dont les deux S du nom ont une police de caractère identique à celle du sigle SS, alors que deux membres du groupes (Gene Simmons et Paul Stanley) sont juifs. Tel
115 Point qui, on peut le dire, semble beaucoup moins relaté par les médias.
116 « J'ai pu mesurer combien le monde du metal était toujours suspect d'accointances avec l'idéologie fasciste ou raciste, lors d'une intervention à l'université de Metz en janvier 2002. » Fabien Hein, op. cit., p. 188.
117 Collège Le hard-rock et le heavy-metal, Cité de la musique, le 29 avril 2004.
118 Cf la réponse cinglante d'une revue spécialisée au courrier d'un lecteur se plaignant de la présence d'un batteur d'origine arabe dans le groupe TRUST (Fabien Hein, op. cit., p. 188). Il est à noter que le numéro de la revue en question date de 1987, et à notre connaissance ce type de propos n'a plus lieu dans la presse spécialisée d'aujourd'hui.
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Lemmy Kilminster (Motôrhead) arborant une croix de guerre sur son blouson de cuir, tout en déclarant sa fascination pour Gandhi, ou encore le groupe Slayer dont le fan club se dénomme « Slaytanic Wehrmacht », dont le guitariste Jeff Hanneman collectionne les insignes nazis et dont deux autres membres ont été victimes d'un système politique oppressif (Tom Araya au Chili et Dave Lombardo à Cuba). En outre, on peut tout aussi bien s'interroger sur l'ambivalence sémantique de noms de groupes tels Death SS ou Sacred Reich. »119
L'ensemble de ces attributs arborés s'avère être un curieux mélange entre « goût de la provocation, conviction réelle ou bêtise crasse »120. Il est à encore à noter que de telles revendications visuelles sont déjà présentes dans l'histoire du Rock : les punks par exemple, à une époque pas si lointaine, se sont parfois affublés de croix gammées, le mot d'ordre visant à la pure provocation (pour ne donner que quelques grandes figures de cette transgression "artistique" : Sid Vicious le bassiste des SEx PISTOLS, ou encore Siouxsie de SIOUXSIE AND THE BANSHEES). Néanmoins, pour revenir à notre domaine, un sous-courant spécifique du Métal s'avère quant à lui moins ambigu sur le sujet : en effet, certains groupes de Black-metal cultivent ostensiblement l'idéologie de race supérieure, et par ailleurs ne s'en cachent pas au travers de leurs discours ou productions discographiques :
« A des fins illustratives, on peut citer le disque Transylvanian hunger du groupe norvégien Darkthrone (1994, Peaceville), sur lequel figure la mention « Norsk arisk black metal » signifiant « Black metal aryen norvégien », le premier album d'Aborym, dans lequel Himmler et Goebbels sont salués, ou encore le groupe Abruptum dont les membres sont des fascistes notoires. [...] »121
À l'opposé du Black-metal et de sa fascination pour les représentations "extrêmes", il existe par ailleurs un tout autre Métal, qui lui semble tendre plus particulièrement vers une politique de gauche. Des groupes de fusion (ou crossover122) comme LOFOFORA ou ONEYED JACK par exemple, dénoncent dans leur discours le parti du Front National, et militent pour une France ouverte sur le monde, pluriethnique et riche de valeurs extra-occidentales. Cette dichotomie de valeurs entre le Black-metal et le Métal-crossover nous montre bien l'hétérogénéité de discours et de faits que le Métal peut receler en son sein.
En somme, et pour conclure sur ce point, il s'avère par conséquent important de relativiser le lien entre idéologie fasciste et Métal. Si celle-ci est utilisée de manière visuelle et
119 Fabien Hein, op. cit., p. 189.
120 Ibid., p. 189.
121 Ibid., p. 189.
122 Cf Glossaire
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