Double croche et phrasé binaire
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du courant métal. Un exemple significatif actuel serait celui qui oppose le Black-metal et le Néo-metal (appelé aussi Nu-metal). Peut-être cet échange entre trois grands représentants de la scène française métal (l'un faisant du Néo — Sylvain du groupe ARTSONTC, le second du Black — Rose Hreidmarr du groupe ANOREXIA NERVOSA, et le dernier du MétalSymphoniquel°3 — Stéphane Forté du groupe ADAGIO) peut-il aider à mieux comprendre ce conflit de valeurs :
« Hard n Heavy : Vous officiez chacun dans un genre de métal différent. Avez-vous une idée précise de ce que doit être ou ne pas être le métal ?
Stéphane Forté : Déjà, je trouve le terme métal réducteur. Parce que je pense que l'évolution musicale ne peut se faire que si tu écoutes le plus de choses différentes possibles.
Sylvain : C'est vrai que c'est réducteur, en même temps, c'est un terme générique. Nous avons tous écouté la même chose quand nous étions petits. A partir du moment où tu as des grosses guitares saturées qui prédominent dans le mix, c'est du métal. Après... qu'il y ait de la double grosse caisse, que le chanteur gueule ou pas...
Rose Hreidmarr : Je ne suis pas tout à fait d'accord. Je pense qu'il y a des choses que l'on a présentées comme du métal et qui n'ont rien avoir avec. Pour moi, le métal, c'est une attitude. Quelque chose d'un peu rebelle, que se soit dans le black ou dans le heavy. Et je trouve qu'on colle parfois l'étiquette du métal à n'importe quoi à partir du moment où il y a une guitare saturée. Pour moi, Limp Bizkit, c'est complètement hip-hop. Je pense qu'il y a parfois un amalgame, surtout avec le neo-métal en fait.
S.: En même temps, dans tous les groupes de neo-métal, il y a des riffs où tu sens clairement une influence comme celle de Pantera, par exemple.
R.H. : Je ne suis pas certain qu'ils aient écouté Iron Maiden.
S.: Si, mais ils le renient complètement (rires) !
[...] Hard n Heavy : D'ailleurs, Rose, où en es-tu de ta campagne d'extermination du neo-métal ? R.H. : Oh, c'est une sorte de private-joke entre nous (rires). C'est juste que nous en avions marre
de toute cette déferlante de clones sans personnalité auxquels on collait l'étiquette metal. Et puis, nous n'aimions pas du tout les productions de Ross Robinson. Nous trouvions qu'il était surestimé et lui-même se présentait comme un artiste maudit qui poussait à bout les groupes en studio. Ca nous a énervé parce que nous trouvions qu'il se la jouait pour rien et que ses productions sonnaient mal. Et qu'on pouvait faire beaucoup mieux avec moins de moyens et moins de prise de tête. »1°4
103 C'est-à-dire du métal empruntant des caractéristiques musicales liées à la musique dite « Classique » de tradition occidentale. Nous traiterons ce point en profondeur dans la partie III de notre travail.
104 Magazine HARD n' HEAVY, Metal Français, hors-série n°1, Août 2001, p. 16.
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Les différents protagonistes étant ici conviés à une interview, les propos s'avèrent relativement courtois ; ce n'est pas forcément le cas dans les forums Internet dédiés à ce débat. Il y a en effet une certaine animosité entre ces deux styles musicaux, inimitié due au valeurs et sonorités particulièrement divergentes qui sont véhiculées dans chacun d'eux. En somme, le Néo-metal est un courant plus proche du phénomène urbain, plus street dirait-on dans le milieu, incorporant une allure davantage liée aux sports de rue (tel le skate-board), une musique plus influencée par le hip-hop, et des thématiques ainsi plus sociales reflétant ces pratiques. Le Black-metal, comme nous l'avons vu plus haut, est très loin de cet héritage culturel : la mythologie viking et le satanisme, sa brutale et intransigeance musicale l'éloignent fortement du Néo-metal. Un point qui d'ailleurs fait éructer un certain nombre de black-métalleux est cette facette "plus accessible" et ainsi commerciale que semble représenter le Néo-metal, éthique qui semble pour eux aller à l'encontre du sacro-saint phénomène d'authenticité (ce qu'attestent implicitement les derniers dires de Rose Hreidmarr, cf Supra). Sans rentrer plus amplement dans les détails, ces deux angles que nous venons d'aborder permettent une nuance indispensable à notre exposé relatant la solidarité du milieu métal. Telle l'analogie que nous faisions au début vis-à-vis de la notion familiale, il s'avère que le Métal revêt en définitive nombre de ces aspects : soudé lorsque celui-ci se trouve attaqué par des forces extérieures, il n'en cultive pas moins de multiples conflits en son sein. Ainsi cette micro-famille que représente le Métal n'en est pas moins forte, car constamment sous le joug de tensions qui aident à sa construction, à son évolution, à sa puissance aussi. Par ailleurs, il s'avère que cette force/puissance fasse parfois peur, ce qui nous amène maintenant à continuer notre investigation commencée sur ce thème un peu plus haut et à poser la question suivante : le Métal constitue-t-il une menace ?
4 - Le Métal : une représentation musicale et sociale menaçante ?
Le Métal, avec tous les oripeaux excentriques dont il se fait le porte-drapeau, peut parfois se montrer inquiétant, ce qui lui vaut de nombreuses condamnations de la part de la société dans laquelle il s'inscrit. Nous allons par conséquent traiter ici de quelques chefs d'accusations imputés au Métal et tenter de comprendre mais aussi discuter leurs fondements. Ce nouvel examen qui s'inscrit dans la continuité de nos angles d'analyses précédents va
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s'appuyer principalement sur un travail déjà effectué en ce sens par Fabien Hein105 et dont nous allons en quelque sorte synthétiser les propos en même temps qu'y inscrire notre propre vision des différents phénomènes. Il y sera question entre autres : de conduite machiste, d'incitation à la destruction humaine (meurtre, suicide), de pratiques sataniques, et d'idéologie fasciste. Le Métal est à la barre, présentons les différentes charges qui lui incombent.
Le Métal serait-il machiste ? Cette accusation peut s'entendre sous deux formes : par le fait que le public féminin soit peu représenté dans le Métal, et dans une autre perspective par l'image de la femme qui est véhiculée dans cet univers. Sur le premier point, il est vrai que le Métal comporte peu de fans appartenant à la gente féminine, mais comme nous l'avons déjà exprimé plus haut, il semble que ce fait tienne plus d'une non-adhésion du public féminin aux codes musicaux et sociaux du milieu, ceux-ci célébrant essentiellement des attributs de la masculinité telle qu'elle est perçue dans nos sociétés occidentales. Ainsi peut-on mieux comprendre pourquoi le Lite-metal recense plus de femmes dans son audience que des formes plus radicales et violentes comme le Thrash-metal. Le Métal semble donc un miroir qui ne reflète pas les attentes d'un certain public féminin. Néanmoins, il faut noter à l'instar de Weinstein que la femme dans le Métal n'en est pas rejetée pour autant : si celle-ci intègre les codes du mouvement, s'avère passionnée et authentique, elle est souvent bien acceptée par la communauté mâle dominante.106 Cependant, et là nous abordons notre deuxième point, l'image de la femme ayant été utilisée ouvertement comme « attracteur érotique »107 dans les débuts du Métal, son reflet d'icône sexuelle s'avère toujours quelque peu présent, même s'il s'est estompé avec les années. En somme, le rôle de la femme dans le Métal s'avère être dans la continuité de ce qu'il fut dans la musique rock, tout en reflétant en partie la société dans laquelle il s'inscrit, c'est-à-dire une société de domination masculine forgée par l'Histoire.
105 Fabien Hein, op. cit., pp. 176-194.
106 « The male chauvinism and misogyny that characterize the metal subculture are tempered by its sense of community. Females who do not flaunt their femininity, that is, who dress in jeans and black T-shirts, and who even more importantly display a love of the music, are often welcomed and treated as equals at such events as concerts. », Deena Weinstein, op. cit, p. 105.
Traduction : « Le machisme et la misogynie masculine qui caractérisent la sous-culture metal sont tempérés par son sens de la communauté. Les femmes qui n'étalent pas leur féminité, c'est-à-dire, qui s'habillent en T-shirts et jeans noirs, et qui encore plus important manifestent leur amour de la musique, sont souvent bien accueillies et traitées en tant qu'égal à de tels évènements comme les concerts. »
Réactualisons le propos de Weinstein : Ce n'est pas tant la dissimulation de la féminité qui fait accepter la gente féminine dans le Métal (ce serait plutôt le contraire aujourd'hui : le mouvement gothique par exemple soigne extrêmement l'apparence, en ce sens les filles qui se réclament de cette culture soignent précautionneusement leur image), que tout simplement sa passion et surtout sa connaissance du milieu et de sa musique (ce qui dans ce cas séduit souvent le métalleux...).
1°7 Cf. Fabien Hein, op. cit., p. 179.
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En ce qui concerne le rapport du Métal à la violence, nous traiterons ce point de manière plus précise par la suite. Toutefois, dans une volonté de synthèse, nous allons juste énumérer quelques aspects qui nous semblent ici essentiels. En effet, il semble que la violence du Métal dans son ensemble n'ait rien à "envier" à la tradition brutale de son prédécesseur Rock108 : le Métal semble en être une simple réactualisation, une simple mise à jour ; il dépeint par ce fait un tableau qui se trouve accru en terme d'intensité, essayant de coller à son époque et continuant dans un schéma perpétuel de tentative de transgression de la société et de ses normes établies. Toutefois, les normes d'organisations et les structures mises en place de nos jours s'avèrent efficaces dans leur processus de canalisation de la violence, qui en devient alors, comme nous l'exprimerons plus loin109, une violence maîtrisée, et par extension quelque peu réifiée. Les liens de violence en tant que tel que l'on impute au Métal sont plus particulièrement polarisés par des faits extérieurs au milieu du Métal en lui-même : telle affaire de meurtre mettant en cause un adolescent perturbé par exemple, et chez qui on aurait trouvé tel ou tel disque d'untel groupe. Ce sont plutôt ces types d' "information" qui véhiculent l'image violente et dangereuse du Métal, mais ces faits divers — rares par ailleurs — s'avèrent également un ensemble de facteurs qui dépassent le simple cadre d'une influence musicale pouvant être néfaste. Comme nous l'avons vu au travers de l'affaire de suicide lié au groupe JUDAS PRIEST, le simple facteur musical ne peut-être cautionné comme stimulus primaire de passage à l'acte, les causes sont en effet diverses et multiples.
L'accusation de satanisme est quant à elle véritablement récurrente lorsque l'on vient à parler de Métal à un auditoire néophyte en la matière. Tentons donc de poser les différents éléments en notre possession avec circonspection. Si le satanisme est en effet souvent associé à la musique métal, l'amalgame n'est pourtant pas si simple, et les liens que tisse cette musique avec le "culte de Satan" s'avèrent bien plus ambigus qu'on ne peut le penser. Il faut tout d'abord noter que le Blues et le Rock, à leurs origines, ont aussi été connotés comme des musiques du diable.11° Le Métal, quant à lui, semble avoir récupéré cet aspect de manière plus
108 Les concerts des WHO ou des ROLLING STONES par exemple ne s'avéraient pas être dans les années 60-70 de simples rassemblements de midinettes... Cf notamment Fabien Hein, op. cit., p. 181.
109 Voir notre partie intitulée I)C) Notes sur le bruit et la violence.
110 « Selon la légende, un des fameux bluesmen du Mississipi,
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