Une musique endiablée

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59 Etudes qui datent respectivement de 1993 et 1991. Cf Robert Walser, op. cit., pp. 16-19 et Deena Weinstein, op. cit., pp. 98-117.
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Tout d'abord, pourquoi une musique d'homme ? En guise de premier élément de réponse, il semble que l'héritage culturel, notamment dérivé du Rock, y soit pour quelque chose. En effet, le Rock, comme d'ailleurs la plupart de la création artistique occidentale si l'on extrapole notre discours60, est une musique principalement effectuée par la gente masculine. De plus, les attributs de la musique métal sont des facteurs même d'emphase de la masculinité (de par son côté viril — musical, visuel, voire thématique). Pour faire simple et bref, il semble que le public masculin soit tout simplement attiré par des éléments qui lui ressemblent et lui parlent. C'est en tout cas un facteur non négligeable et peut-être de première importance, même si de nombreux autres paramètres seraient à prendre en compte pour une analyse plus en profondeur.
De même, le fait que le Métal soit plus spécifiquement une musique de jeune découle effectivement de l'héritage rock. Les deux étant filiés, et le premier étant quelque part une actualisation des schémas propres à son prédécesseur, la nouvelle "transgression" qu'a apporté le Métal dans son nouvel élan sonore a attiré un nouveau public, celui-ci adolescent, et par ce fait plus enclin à cette nouvelle forme de "dissidence" lui étant offerte. De sorte que le Métal à ses débuts fut une réponse en adéquation à la condition/transition adolescente, celle-ci émergeant de l'échec de la culture jeune des années 60 (la désillusion de l'idéal hippie). De plus, l'attirance pour ce nouvel ordre social et musical récupérant certains aspects fun du mouvement hippie (le côté marginal en somme) lié à une nouvelle esthétique (ou style de vie), celle-ci sombre et décadente, ne pouvait qu'attirer une nouvelle partie de la jeunesse cherchant une alternative à la culture parentale à laquelle la nécessité d'échapper pouvait se faire sentir. En conclusion, le Métal séduisit la jeunesse par la nouvelle rébellion qu'il instaura, et en outre dans laquelle celle-ci se reconnut alors.
Abordons à présent notre troisième point d'observation : le Métal est en effet une musique jouée principalement par des "blancs", et de même écoutée par des blancs. L'explication semble assez simple : il ne faut pas oublier que le Rock provient de la musique "noire", de sa réappropriation et de son adaptation dans un autre univers culturel. En somme de la transposition de schèmes musicaux d'une culture dans une autre, en occultant souvent
60 Nous ne faisons ici qu'un simple constat, constat hérité du "statut" de la femme jusqu'à la moitié du XXe siècle, qui heureusement aujourd'hui tend à se résorber, et permet à la gente féminine de s'insérer dans le milieu artistique. Cependant l'héritage est lourd, et toutes les barrières physiques ou idéologiques ne sont pas encore tombées.
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les paramètres sociaux qui y sont liés. Le Rock ou le Métal portent par conséquent certains stigmates de cette lointaine musique jouée dans les champs de coton, mais ils ont aussi développé des significations culturelles et nouvelles qui leur sont propres, significations qui ont drainé dans les deux cas un public se sentant des affinités avec les représentations qui y étaient affirmées. De plus, comme le note Weinstein, le fait qu'il n'y ait pas de "noirs" est justement davantage lié au fait que ces derniers ne se reconnaissent pas dans les valeurs de ces musiques de "blancs"61, ils en sont donc absents, mais en aucun cas rejetés. Cependant, il y eut tout de même une attirance de la jeunesse au début du Rock pour la musique noire, par ce côté dissident et alternatif aux bonnes moeurs occidentales qu'elle offrait.62 Mais avec la réactualisation de la musique noire par le Rock et ce pour un nouveau public, l'audience "jeune" et "blanche" s'est alors ruée sur cette nouvelle forme de musique "alternative" qui lui était proposée, celle-ci véhiculant des valeurs culturelles en adéquation avec les siennes. Il faut toutefois noter que l'émergence du Heavy-metal dans les années 70 correspond également à l'émancipation de la population noire dans la communauté sociale : dans ce nouveau climat de tension sociale qui s'instaura alors, il s'avère qu'une partie de la jeunesse occidentale se détourna des valeurs du black power en émergence, ainsi que de la culture qui lui était associée.63 La notion de culture (qui est liée par ailleurs au contexte géographique) est en effet importante : car le Métal représente lui-même une culture, et par ailleurs celui qui arbore et/ou respecte cette culture est bien perçu par la communauté, quelque soit son origine, son âge ou quelconques autres facteurs.64 De nos jours, le Métal s'étant exporté dans le monde entier, la donne n'est plus la même : s'il était dans sa première moitié d'existence une
61 Deena Weinstein, op. cit., p. 111: « Indeed, it is less an affirmation of "whiteness" than it is an absence — an obtrusive absence — of blacks. »
Traduction : « En fait, il s'agit moins d'une affirmation de la "couleur blanche" que de l'absence — une absence affichée — des noirs. »
62 Ibid., p. 111: « Youth was attracted to black music in part because of the myth of the "negro", who was seen to be unrepressed, especially sexually — a "natural man." »
Traduction : « La jeunesse fut attirée par la musique noire en partie à cause du mythe du "negro", qui était perçu comme affranchi, en particulier sexuellement — en somme, vu comme un "homme naturel". »
63 Ibid., pp. 111-112: « The black power movement in the United States, with its separatist, white-rejecting strains, was in full flower. [...] hi the general climate of social tension, white youth had to look elsewhere than black culture to shock their elders. » Cf aussi pp. 66-67.
Traduction : « Le mouvement black power aux Etats-Unis, avec sa volonté séparatiste, sa tendance à rejeter les blancs, était en pleine floraison. [...] Dans ce climat de tension sociale général, la jeunesse blanche devait chercher ailleurs que dans la culture noire pour choquer ses aînés. »
64 Ibid., p. 112 : « [...] the metal subculture tends to be tolerant of those outside its core demographic base who follow its codes of dress, appearance, and behavior, and who show devotion to the music. Neither sexist, ageist, nor racist on principle, the metal subculture is exclusivist, insistent upon upholding the codes of its membership. »
Traduction : « [...] La sous-culture metal a tendance à être tolérante envers ceux qui sont extérieurs au fondement de son courant démographique et qui suivent son code vestimentaire, d'apparence, et de comportement, et qui aussi montrent de la dévotion envers la musique. Ni sexiste, ni âgiste, ni raciste en principe, la sous-culture metal est exclusive, insistant sur le respect des codes d'adhésion au genre. »
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musique de blancs (car ayant principalement évolué aux Etats-Unis et en Europe), il est aujourd'hui multi-ethnique, et par ailleurs d'autant plus riche qu'il s'est parfois adapté aux particularismes locaux et culturels.65
En ce qui concerne la dernière désignation de « blue collar » (col bleu) — c'est-à-dire appartenant à la classe sociale ouvrière — qualifiant l'amateur de musique métal, celle-ci est à concéder avec précaution. Si elle semble juste pour qualifier la première mouture d'auditeurs lors de l'émergence du courant proprement dit, il semble qu'elle ne soit plus représentative de la norme actuelle — ce que nous allons traiter un peu plus loin grâce au portrait réalisé par Hein. Cependant, comme l'observe Weinstein, il semble que cette attribution soit plus particulièrement spécifique à l'Angleterre, et non aux Etats-Unis, du fait que la conscience de classe soit plus prononcée dans les terres du Royaume-Uni.66 D'autre part, ce statut social semble dérivé du contexte économique et politique alors en vigueur : à un pouvoir en place qui lui semble hégémonique, à un avenir contraint au travail à l'usine, la jeunesse refuse de se plier. De ce fait, à l'éclatement social émergent, la jeunesse répond par l'unité musicale. Par le Punk ou le Hard-rock/Heavy-metal qui sont alors les deux principaux courants musicaux en éclosion. Il faut d'ailleurs noter que certains traits de la culture ouvrière se retrouvent dans le "style de vie" du Métal, ce qui peut apparaître comme un indice intéressant à relever.67 Néanmoins, c'est plutôt en terme de valeurs qu'il faut tenter de cerner ce premier public métal : qu'il provienne principalement de la classe ouvrière, il n'en draine pas moins dans son sillage des individus appartenant à d'autres catégories, ceux-ci — malgré leur positionnement différent sur l'échelle sociale — partageant ce même esprit de rébellion face au pouvoir, face à la bourgeoisie. En somme, cette apparente cohésion sociale dérive de celle que la culture rock des années 60-70 a vu naître : le public métal en est un prolongement des valeurs, comme la
65 Un des exemples les plus célèbres étant le groupe brésilien SEPULTURA.
66 Deena Weinstein, op. cit, p. 113 : « Some commentators add they also tend to come from working-class/bluecollar backgrounds. This observation is more accurate concerning England than United States. Class consciousness and class segregation are far more pronounced in Britain than in the United States. »
Traduction : « Certains commentateurs ajoutent qu'ils ont également tendance à provenir d'un milieu prolétaire/de classe ouvrière. Cette observation est plus juste concernant l'Angleterre que les Etats-Unis. La conscience de classe et la séparation des classes étant bien plus prononcées en Grande-Bretagne qu'aux Etats-Unis. »
67 Ibid. , pp. 114-115 : « Nonetheless, blue-collar culture permeated the heavy metal subculture. The separation of sexes, the boisterous, beer-swilling, male camaraderie, among other features, are rooted in blue-collar folkways. Hebdige interprets part of heavy metal subculture as a "football terrace machismo", a distinctly male, workingclass culture. »
Traduction : « Toutefois, la culture ouvrière pénétra la sous-culture heavy metal. La séparation des sexes, le tumulte de celle-ci, l'importance de la bière, la camaraderie mâle, parmi d'autres caractéristiques, sont ancrés dans le train de vie de l'univers ouvrier. Hebdige interprète une partie de la sous-culture heavy metal comme un "terrain de football machiste", une forme de culture mâle et ouvrière distincte. »
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plupart des musiques populaires s'encrant dans une politique de gauche ; par ce fait le Métal a phagocyté sans vraiment le vouloir certaines classes sociales qui privilégiaient la vision du monde que celui-ci semblait alors représenter. Toutefois, l'émergence de nouveaux courants au sein même de la famille métal, l'émancipation des idées véhiculées, en somme le décloisonnement du genre et son éclatement en une myriade de significations diverses va contribuer à la naissance d'une audience plus large, dont le portrait-type va évoluer, et dont nous allons voir un aperçu grâce à la récente étude de Hein.
Le portrait-type et actuel de l'amateur de Métal, si l'on se réfère à la recherche effectuée par Hein, pourrait être le suivant : 24 ans, de sexe masculin, célibataire, résidant plus particulièrement dans les grandes villes ou les villages, et exerçant une activité d'étudiant. Le portrait que nous réalisons d'après les données de Hein est sommaire mais permet d'un simple coup d'oeil de voir l'évolution accomplie. Comme le dit Hein, et si l'on effectue une comparaison avec nos premiers dires (cf Supra), « le metal n'est donc plus tout à fait une musique juvénile ».68 En effet, sur l'échantillon analysé par Hein, 0.6 % s'avèrent avoir moins de 18 ans, la part la plus importante (67.3 %) se situant entre 18 et 24 ans. Autre point important à noter : le niveau d'étude. En effet, « il apparaît que les acteurs du metal constituent un groupe social particulièrement qualifié. »69 D'ailleurs, Hein ne semble pas le seul a avoir conclu une telle observation70. Il est par conséquent important de consigner ici le fossé qui sépare les conclusions des anciennes études de Weinstein et Walser, afin, il nous semble, d'affirmer que l'image du "métalleux" inactif et en dehors du système social n'est aujourd'hui plus de mise. En outre, Hein aborde dans son examen d'autres éléments, tel l'origine sociale des parents, mais, pour tout détail de précision, nous renvoyons à ses analyses.71
En conclusion, certains points sur lesquels nous avons insistés dans notre tentative de portrait synoptique semblent importants à mettre en relief et à retenir : le Métal reste en effet une musique dans sa majorité écoutée et appréciée par la gente masculine (cependant nous aborderons plus loin un point relatif à la position ambiguë sur laquelle joue le Métal vis-à-vis de la condition sexuelle)72 ; le Métal reste une musique principalement de jeunes, mais de
68 Fabien Hein, op. cit., p. 225.
69 Ibid., p. 226.
70 Une autre étude récente allemande citée par Hein confirme en effet cette constatation, ibid., p. 227.
71 Ibid., pp. 223 et suivantes.
72 cf. 11)D) Métal et ambiguïté de l'identité sexuelle
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moins en moins connotée comme adolescente ; et, conséquence en partie de ce dernier fait, le niveau d'étude et d'insertion professionnelle de l'amateur de Métal s'avère être en progression nette si on le compare aux constats des anciennes études digressant sur ce point. Ce sont, il nous semble, trois points qui méritaient d'être relevés en vue d'une meilleure actualisation et compréhension du phénomène Métal dans son contexte humain. Une analyse plus pointue serait cependant nécessaire pour mieux se rendre compte des divers phénomènes qui ont conduit à ces formes de constats. Néanmoins, nous avons choisi ici une ligne d'approche simple et claire, et qui nous semble être un bon point de départ pour un premier état des lieux vis-à-vis de la problématique soulevée. À présent, nous allons aborder diverses petites notions, chacune tendant à traiter un aspect spécifique de la musique métal qu'il nous a semblé intéressant de mettre en valeur.
2- Le Métal : une musique populaire dénigrée ?
Il apparaît que la musique métal fut dès ses origines une musique mal perçue par les communautés sociales qui lui étaient extérieures. Aujourd'hui encore, et par ailleurs à l'instar du Rap, le Métal reste une musique qui souvent inquiète, notamment par cette violence qu'on lui confère et l'aspect transgressif qu'elle semble revêtir. Par conséquent, nous allons ici présenter différents points qui attestent d'un certain rejet vis-à-vis du Métal — critique musicale, censure morale et politique — et tenter de comprendre leurs fondements. Cette réflexion succincte nous aidera ainsi à mieux saisir la cause de ce dédain, dédain dont nous essayerons bien sûr de discuter le bien-fondé au cours de notre présentation.
En effet, comme l'atteste R. Walser — et comme nous avons pu également le constater par nos autres lectures — les relations du Métal avec l'académie ou la presse rock ont semble- t-il toujours été quelque peu difficiles :
« When I began writing about heavy metal in 1986, it seemed a strange thing for a cultural critic — let alone a musicologist — to do. Metal has been ignored or reviled, not only by academics of all stipes but even by most rock critics. »73
73 Robert Walser, op. cit., p. x (in Introduction)
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Il semble en effet que la critique rock n'ait guère apprécié l'image un peu grandiloquente et "m'as-tu-vu" du Métal, ne voyant pas le second degré que ce genre pouvait receler, et l'accusant alors de briser « l'authenticité de la musique rock »74. Pour preuve cet extrait d'une critique citée par Walser, et dont l'amas protubérant de clichés juxtaposés et de mépris non dissimulé tend à lui fait perdre toute consistance :
« Heavy metal : pimply, proie, putrid, unchic, unsophisticated, antiintellectual [...] music made by slack-jawe,d, alpaca-haire,d, bulbous-inseame,d imbeciles in jackboots and leather [...] T- shirt with pictures of comic-book Armageddon ironed on the front... Heavy metal, mon amour, where do I start ? »75
En réalité, il faut lire ce passage-ci avec second degré, cette autre dimension de lecture qui lui est conférée par la dernière phrase ; l'auteur de ce discours, dont nous avons par ailleurs écourté l'étendu par souci de synthèse, ne s'avère pas ici dénigrer totalement avec froideur et peur le Métal, mais d'autres formes de critique existent et s'avèrent quelquefois moins ambiguës quant à leur propos. Pour exemple cette accroche publicitaire d'un grand magazine pour un numéro spécial sur l'adolescence :
« The age of AIDS, crack, and heavy metal »76
Le propos semble en effet quelque peu déplacé : nous serions certainement plus instinctivement méfiants et critiques si juxtaposé à ces deux fléaux nous avions de cité une autre forme de musique. Les liens du Sida et du crack avec le Heavy-metal ne sont pas plus fondés que si l'on remplaçait ce dernier par le rock, le rap, la variété, ou la musique contemporaine, car c'est en tout cas ce que semble vouloir insinuer un tel titre. Cet exemple
Traduction : « Lorsque j'ai commencé à écrire sur le heavy metal en 1986, cela semblait une chose étrange pour un critique culturel — et encore plus pour un musicologue. Le Métal a été ignoré ou vilipendé, pas seulement par les académiques de tout bord mais également par la plupart des rock-critiques. »
74 « Many critics were also hostile toward visual spectacle, which they saw as commercial artifice, compromising rock' s music "authenticity". », Robert Walser, op. cit., p. 11.
Traduction : « Beaucoup de critiques étaient également hostiles envers l'aspect visuel du spectacle, lequel était perçu comme un artifice commercial, compromettant l'"authenticité" de la musique rock. »
75 Robert Walser citant Robert Duncan, ibid., p. 20.
Traduction : « Heavy metal : boutonneux, prolo [prolétaire], dégoûtant, pas chic [pas élégant], pas sophistiqué, anti-intellectuel [...] musique faite par des mous de la mâchoire, des tignasses en alpaga, des imbéciles a doublure de pantalon bulbeuse en bottes et en cuir [...] Portant des T-shirts avec sur le devant des images de BD traitant de l'Armageddon... Heavy metal, mon amour, par où je commence ? »
76 Robert Walser, op. cit., p. 20.
Traduction : « L'âge du Sida, du crack, et du heavy metal. »
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n'est qu'un parmi d'autres, et il ne révèle que trop la facilité avec laquelle la presse peut s'amuser à véhiculer des clichés et à induire l'opinion publique par ces moyens. En outre, de nos jours, il semble que le relais de paria ait été transmis à la musique Techno. Pour Walser, l'hypothèse de cette dépréciation semble s'expliquer à travers l'envie de protection et de défense de la "grande" culture par ceux qui représentent l'autorité académique ; en ce qui concerne la critique rock, il semble que ce soit dans une perspective de ne pas se compromettre, afin de garder sa place dans le courant "légitime", et par conséquent ne pas prendre de risques pour alors véritablement amorcer une réflexion de fond et ainsi comprendre.77 Malheureusement, ce refus d'analyser avec objectivité les phénomènes liés à la musique métal a contribué à forger un portrait stéréotypé de son univers (brutal, simple, etc.), celui-ci sans véritables nuances ; portrait univoque qui a d'ailleurs façonné l'opinion publique, d'où un dédain relevant plus d'une ignorance que d'une véritable investigation, compréhension, et par la suite d'un avis en connaissance de cause. Pour illustrer cette forme de mécompréhension, nous allons ici décrypter brièvement une des grandes et seules affaires qui bouscula le Heavy-metal à ses débuts, une affaire confrontant la morale du pouvoir et le pouvoir de la transgression, ces deux aspects personnalisés au travers des deux acteurs suivants : l'État américain et le groupe de Heavy-metal nommé JUDAS PRIEST.
Le PRMC — Parent's Music Resource Center — est un comité qui naquit aux Etats-Unis en 1985 dans le but de « lutter contre l'obscénité et la pornographie dans la musique rock »78. Celui-ci était d'ailleurs composé en grande partie d'épouses de sénateurs en vigueur, dont la chef de file était Tipper Gore, femme du sénateur américain Albert Gore. Le comité en question batailla notamment contre certaines maisons de disques afin qu'elles avertissent dorénavant du contenu "obscène" de certains de leurs produits discographiques (il réussit notamment à faire apposer le fameux sticker « Parental Guidance — Explicit lyrics » que l'on retrouve aujourd'hui sur un certain nombre d'enregistrements supposés tendancieux), et s'attaqua plus particulièrement aux types de musique suivants : le Rap et le Heavy-meta1.79 Dans ce dernier cas, un professeur de musique attitré fut même convié pour une analyse en règle du Métal. La conclusion de son compte-rendu l'amena à le déclarer comme
77 « For many academics, denigration of metal is a necessary part of the defense of "high" culture, while for rock critics it is an easy route to hipness : their scorn is displayed as a badge of their superiority to the musicians and audiences of heavy metal. », Robert Walser, op. cit., p. 24.
Traduction : « Pour beaucoup d'intellectuels, le dénigrement du metal est une mesure nécessaire pour la défense de la "grande" culture, tandis que pour les rock-critiques c'est une voie facile pour être dans le vent : leur mépris est exhibé comme un symbole de supériorité envers les musiciens et le public du heavy metal. »
78 Fabien Hein, op. cit., p. 193.
79 Robert Walser, op. cit., p. 138.


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