La basse métal

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A) L'Émergence du Métal
Tout d'abord, présentons ce qu'est le Métal. En effet, cette musique encore relativement peu étudiée aujourd'hui révèle de nombreuses spécificités souvent occultées par les nombreux clichés véhiculés à son égard. C'est pourquoi nous allons tenter dans cette première partie d'en donner un aperçu le plus objectif possible. Pour cela, nous allons nous appuyer sur les quelques écrits de nature scientifique parus sur le sujet ainsi que sur d'autres sources moins "conventionnelles" — essentiellement des articles liés à Internet — qui par ailleurs abordent fréquemment des points intéressants plus ou moins éludés dans les premiers nommés. De plus, comme le note Fabien Hein5, la littérature du Net abordant notre sujet ainsi que celle de la presse spécialisée se révèlent abondantes, ce fait s'expliquant par l'engagement et la passion des acteurs du milieu Métal ; 1' "institution", quant à elle, n'a porté son intérêt envers cette musique que depuis peu de temps.6 Nous allons donc tenter ici d'apporter notre contribution au décryptage de cette musique qui, nous l'espérons, éclairera toute personne souhaitant en savoir plus sur ce genre musical particulier.
Les différents aspects traités dans cette présentation de la musique métal vont être les suivants : tout d'abord une tentative de définition générale, afin de mieux comprendre les racines de cette musique, son évolution, le contexte social et politique d'où elle a émergé. Puis, un approfondissement de ce dernier point au travers d'une analyse de sa représentation, notamment une discussion sur la menace sociale et morale que le Métal semble parfois représenter, ainsi qu'un aperçu des acteurs de la scène métal, de ceux qui permettent son existence et qui la font évoluer. Une des spécificités de la musique métal étant l'appropriation manifeste des notions de bruit et de violence, nous aborderons bien sûr ces points, dont nous essayerons de mettre en évidence les particularités — avec l'aide notamment du célèbre
5 Cf Fabien Hein, Hard Rock, Heavy Metal, Metal : histoire, cultures et pratiquants, Paris, Mélanie Séteun/Irma, coll. Musique et société, 2003, p. 15.
6 L'analyse des « musiques populaires modernes » se révèle ces derniers temps en plein essor (cf notamment les deux numéros de la revue Musurgia consacrés à cet effet : L'analyse des musiques populaires modernes : chanson, rock, rap, Musurgia, vol. V/2, 1998 et Musiques populaires modernes, Musurgia, vol. 1X/2, 2002). Le Rock et la musique Techno semblent par ailleurs les premiers ayant fait l'objet d'intérêt dans ce domaine. En ce qui nous concerne, l'analyse du Métal semblent s'être développée plus particulièrement aux Etats-Unis (avec l'étude pionnière de Robert Walser, cf Infra ou Bibliographie), en Allemagne également, puis récemment en France avec l'ouvrage synthétique de Fabien Hein (op. cit.).
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ouvrage de Pierre Albert Castanet7. Enfin, nous tenterons au fil de cette première investigation de dégager les principales questions et problématiques à même de conduire notre étude.
1- Éléments de définition générale
Le Métal prend sa source fin des années 60, début des années 70. Dérivé du Blues et plus particulièrement du Rock, le Métal en a repris certains codes — agressivité, rébellion — et en quelque sorte leur a donné une nouvelle dimension en les portant à leurs extrêmes. Les formations reconnues comme pionnières du genre sont LED ZEPPELIN et BLACK SABBATH, auxquels est souvent ajouté DEEP PURPLE en tant que première influence de la vague "néo-classique" qui submergea le Métal par la suite.8 On pourrait bien sûr citer en amont de ces trois initiateurs de nombreux autres formations ayant contribué à l'émergence de cette musique radicale9, mais cette triade représente l'essence même du genre et va par extension en livrer les codes aux générations suivantes. Nous tenons ici à immiscer l'hypothèse d'un quatrième pionnier sur lequel nous nous exprimerons plus amplement par la suite : celle du groupe QUEEN, rarement mentionné mais pourtant présent à la même période, et dont l'influence va plutôt se révéler dans le courant des années 90 (notamment à travers un sous- courant du Métal nommé Métal-progressif).
Dans les années 70, le terme « Métal » n'est pas encore employé : on parle de Hard-Rock ou de Heavy-Metal. La différence entre les deux termes est encore aujourd'hui plus ou moins sujet à débat.1° Cependant, nous allons exposer de manière succincte quelques éléments de différenciation qui nous semblent convaincants : si le Hard-rock possède en son sein les codes musicaux inhérents au Métal (guitare saturée et virtuose, rythmique lourde ou rapide de la basse et de la batterie, voix stridente du chanteur)11, le Heavy-metal en dispose également, mais à ceux-ci s'ajoute une dimension foncièrement morbide, tant dans les
7 Pierre Albert Castanet, Tout est bruit pour qui a peur. Pour une histoire sociale du son sale, Paris, Michel de Maule, 1999.
8 Nous aborderons et expliquerons ce point par la suite, Cf 111)C) Un héritage particulier : la musique « Classique »
9 Pour cela, nous renvoyons à l'ouvrage de Fabien Hein, op. cit., p. 31.
10 Cf Robert Walser, Running with the Devil : Power, Gender, and Madness in Heavy Metal Music, Middletown, Wesleyan University Press, coll. Music/Culture, 1993, pp. 6-7 & Deena Weinstein, Heavy Metal : The music and its culture, New York, Da Capo Press, 2000 (1ère éd.: 1991), pp. 15, 20.
11 Nous développerons plus amplement ces différents points par la suite, Cf 111)A) Sur les instruments et le son
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thématiques que dans le visuel. Les propos de Hein visant à l'explication de ces deux genres apparentés peuvent aider à comprendre cette subtile dichotomie :
« Le hard rock pousse le rock et le blues dans ses retranchements en insistant sur la grandiloquence, la démesure, l'exubérance, l'énergie, la violence, la virtuosité technique et la puissance sonore. »
« [Le heavy metal] privilégie la vitesse d'exécution et vise à décliner des schémas rythmiques implacables. La violence y est décuplée et tend à la brutalité. Si les ambiances développées apparaissent volontiers sombres et morbides doublées d'une tendance à la théâtralité, il ne s'agit cependant le plus souvent que d'une simple posture esthétique. »12
Afin de mieux comprendre cette césure quelque peu infime entre les deux genres, voici notre complément aux paroles de Hein : le Hard-rock est encore relativement conditionné par la musique blues, sa structure ternaire y est encore relativement présente, de même le phrasé des soli de guitare est encore très influencé par cette musique de tradition afro-américaine (gammes pentatoniques, bend13, etc.). Le Heavy-metal quant à lui tend vers un alourdissement de cette perspective musicale, va progressivement se détacher du "sautillement" ternaire pour se tourner vers une métrique binaire aux riffs14 lourds et hachés (c'est-à-dire coupés de leur résonance par l'étouffement des cordes de la guitare avec la paume de la main droite au niveau du chevalet15), de plus les soli de guitare (tel OzzY OSBOURNE16 avec son guitariste Randy Rhoads) vont adopter des progressions harmoniques nouvelles empruntées à la tradition « Classique » de la musique occidentale. Au niveau du chant, l'on peut noter dans le Heavy-metal une certaine orientation de la voix vers le cri, ce que ses héritiers (Death-metal, Black-metal entre autres) sauront mettre à profit de diverses manières. Le deuxième point qui différencie le Heavy-metal du Hard-rock, est, comme nous l'avons dit un peu plus haut, cette propension au morbide, au théâtral (maquillage, mise en scène macabre) qui va influencer de nombreux sous-courants, tel le Black-metal par la suite. Le Hard-rock, quant à lui, et pour une grande partie de ses représentants, est encore bien imprégné dans l'objet de ses propos par la fameuse triade « sex, drugs, and rock 'n roll » héritée du Blues et du Rock. Afin d'illustrer notre discours, notons que LED ZEPPELIN est considéré comme le représentant de la mouvance
12 Fabien Hein, op. cit., p. 46.
13 Cf Glossaire
14 Cf Glossaire
15 Cette technique est aussi appelée chez les guitaristes le Palm-mutting. Cf aussi Glossaire.
16 Nom du groupe mais aussi nom de son leader-chanteur.
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Hard-rock17 et, en outre, son univers musical est largement empreint de Blues et de thématiques oniriques. Considéré comme moins "sérieux"18, BLACK SABBATH est quant à lui fondateur du Heavy-metal, et les quelques exactions macabres de son chanteur Ozzy Osbourne (telle la décapitation d'une chauve-souris vivante sur scène avec ses dents19) ont également contribué à l'édification de son célèbre statut. Comme le suggère Walser, on peut, dans une tentative de synthèse, considérer le Heavy-metal comme « une sorte de hard rock "plus dur" »20, en somme une forme musicale et visuelle exacerbée de son compagnon Hard-rock encore relativement ancré dans "l'esprit" blues.
Sur l'origine des termes en eux-mêmes, quelques explications s'imposent. Pour le Hard-rock, la genèse semble évidente : comme le dit Fabien Hein, « L'histoire du hard rock est celle d'une radicalisation musicale. »21, ce que le terme hard rock qui signifie littéralement "rock dur" traduit de manière concluante. Mais quant à l'utilisation du terme "métal", « ce corps simple caractérisé par un éclat particulier [...] une aptitude à la déformation [...] et conduisant bien en général la chaleur et l'électricité »22, outre sa définition chimique même qui semble être appropriée aux caractéristiques musicales du genre, il semble qu'il y ait plusieurs autres facteurs à son émergence dans le langage courant. De plus, dans son acceptation entière, heavy metal (littéralement "métal lourd") s'octroie une signification particulière qui le lie à la notion de danger, ce qui n'est peut-être pas sans lien avec le sentiment de peur qu'instaure la musique du même nom vis-à-vis de certaines personnes :
17 « Les deux premiers albums de Led Zeppelin posent définitivement les bases d'un genre que l'on qualifie alors de hard rock. », Fabien Hein, op. cit., p. 32.
Il est à noter que les dénominations des termes Hard-rock et Heavy-metal se sont établies avec le temps, côtoyant d'autres appellations à leurs débuts : « progressive blues » ou « heavy blues » caractérisant le style de LED ZEPPELIN (cf respectivement Fabien Hein, op. cit., note n° 10 p. 32 et Matthieu Metzger, Meshuggah : Une formation de Métal atypique. Esthétique et technique de composition, Mémoire de Maîtrise de Musique (dir. : M. AUBIGNY Benoît), Université de Poitiers, UFR Sciences Humaines et Arts, 2003, p. 12) ou en ce qui concerne le Heavy-metal, « downer rock » et « heavy rock » (Deena Weinstein, op. cit., note n° 17 p. 305).
18 Cf notamment Matthieu Metzger, op. cit., p. 12.
19 Cette information, parmi quelques autres du même genre, est souvent relatée sur le Net lorsqu'il est question de BLACK SABBATH ou de son chanteur Ozzy Osbourne.
Par exemple à la page http://membres.lycos.frimetaltom/ozzy/ozzyhisto.htm :
« Au cours de la tournée, Ozzy décapitait avec ses dents des têtes de chauve-souris artificielles. Mais il arriva un jour où une vraie chauve-souris fut sur scène. Ozzy la décapita sans s'en rendre compte et dut aller à l'hôpital subir un test anti-rabique. »
Cette scène s'est passée a priori en 1982 lors d'un concert à Des Moines dans l'Iowa.
20 « Heavy metal began to attain stylistic identity in the late 1960s as a "harder" sort of hard rock [...] », Robert Walser, op. cit., p. 3, c'est nous qui soulignons.
Traduction : « Le heavy metal a commencé à atteindre son identité stylistique à la fin des années 1960 telle une sorte de hard rock "plus dur" [...] »
21 Fabien Hein, op. cit., p. 31.
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Le Petit Larousse Illustré, 1995, p. 651.


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