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Tsai-Ga ne négligea rien de ce qui pouvait assurer son intégrité primordiale. Ayant trouvé, à force de recherches, que la mesure dont se servait-la dynastie Hia devait être la même que celle dont avaient fait usage les fondateurs de l'Empire, il prit pour modèle le pied musical dont il avait lu la description dans les anciens fragments de livres et dont il avait vu l'em preinte sur quelques débris de vieux monuments, et il en fit fondre en airain un exemplaire entièrement semblable. Cet exemplaire, ayant été revêtu de la sanction impériale, devint pour la Chine entière un type métrique universel. C'est sur le son qu'il donne que se règle encore aujourd'hui le diapason de tous les instruments et de toutes les voix ; c'est d'après sa capacité qu'on dételinine toutes, les mesures, des liquides, et d'après sa longueur qu'on arrête tout ce qui a -rapport aux divisions géométriques des surfaces, aux dimensions des solides, à l'étendue et au poids. Les copies légales de ce type important, gardées avec soin dans toutes les villes, gravées sur tous les monuments publies, s'offrent partout aux regards du peuple. Celles qui représentent l'exemplaire impérial sont de forme carrée, ayant quatre côtés égaux entre eux. L'intérieur, qui est creux et par' dot vent rond, a, comme je l'ai dit, neuf lignes de circonférence. L'un de ses côtés est divisé en neuf pouces de neuf lignes chacun, ce qui fait en tout quatre-v ingt-
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une lignes : c'est le pied musical. L'autre côté est divisé en dix pouces de dix lignes chacun, ce qui fait en tout (quatre-vingts) cent lignes : c'est le pied de compte. Le premier s'appelle Lu-tché et le second Tou-tché. Le Lutehé, disent les savants chinois qui ont travaillé sur cette matière, est le pied dont se servit Hoang-ty ; il ne doit être employé qu'au calcul des choses intellectuelles. Le Tou-tché est le pied dont le grand Yu et la dynastie Hia firent usage ; on doit l'appliquer au calcul des choses physiques.
Ainsi, c'est du koung fondamental ou du principe fa, que tout reçoit, en Chine, tant dans le moral que dans le physique. son nombre, sa mesure et son poids. Gest à cet unique principe que tout se rapporte; et, chose admirable à penser, c'est en examinant ce principe, dont la forme dans k tuyau qui le produit n'a pas varié depuis huit mille ans, qu'on peut connaître la pensée des fondateurs de cet empire, en sentir la connexion avec les lois qui régissent l'univers et apprécier même jusqu'à la position exacte qu'ils donnaient à leurs chants, SL r le diapason musical. Ce qui n'est pas moins merveilleux, peut-être, et qui pourtant résulte d'une telle institution, c'est que, grâce 'à ce même principe fa, reconnu comme sacré, et dont la forme est irrésistiblement fixée, un peuple qui ne se compose pas moins de deux cent millions d'aines, a les mêmes poids, les mêmes mesures et fait usage des mêmes intonations de voix dans les mêmes traits de chants. La ressemblance de ce qui se passe
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aujomehui en Chine avec ce qui se passait en Egypte du temps de Platon, est trop extraordinaire pour are t'effet du hasard ; et Je ne doute pas qu'un lecteur ple'eieux, qui en saisira le rapprochement, n'y voie I a preuve convaincante de tout ce due j'ai dit.
CHAPITRE XII
SYSTÈME MUSICAL DES GRECS
ORPHLE
Quand il est question de la musique des Grecs, ce ne sont pas les écrivains qui manquent ; au,contraire, ce sont les écrivains qui nuisent; car il est difficile; après les avoir lus tous, de savoir ce qu'ils ont voulu dire, à cause de l'incohérence qui règne dans leurs ouvrages et des contradictions où ils tombent à chaque pas, non seulement les uns avec les autres, mais encore chacun d'eux avec lui-même. Leur obscurité et leur peu d'ensemble viennent, en général, de ce qu'ils n'ont connu ni l'origine, ni les principe% de la science.
Cette origine et ces principes nous étant connus aujourd'hui , nous n'avons rien autre chose à faire .que d'en déduire les conséquences pour déduire exacte ment quelle était , la musique des Grecs et pouvoir expliquer sans effort tous les faits que l'histoire de ces peuples célèbres nous a transmis à ce sujet.
Rappelons d'abord un point important. L'Europe,
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eu partie sauvage, dépendait de l'empire indien, comme tout le reste de notre hémisphère, lorsque le schisme des pasteurs venant à éclater, elle en fut tout à coup séparée et passa sous la domination des Phéniciens avec les contrées de l'Asiè et de l'Afrique voisines de la Méditerranée. Ces peuples, très habiles navigateurs et marchands audacieux, en parcoururent les côtes, s'emparèrent des colonies existantes, en établirent d'autres, et pénétrèrent, autant qu'ils le purent, dans l'intérieur des terres. Les noms qu'ils imposèrent à leurs établissements furent tous tirés de la mythologie ou des symboles de leur culte. Celle de leurs colonies la plus florissante et la plus étendue comprenait à la fois : les Thraces, les Daces, les Tosques et les Étrusques, tous noms qui ne diffèrent que par le dialecte et se réduisent au même, c'est à savoir _au nom primitif de Thrace, qui signifiait, -en Phénicien, l'espace éthéré.
La Grèce n'était pas d'abord distinguée de la Thrace, c'était le _"même nom plus restreint et moins emphatique, à cause de la différence de l'article initial; celui die-ie, qui lui fut donné par la suite, et qui désignait le symbole particulier de la secte ionienne, lui fut commun avec toutes les possessions phéniciennes, tant en Europe qu'en Asie.
La Grèce, ou, si l'on veut; la Thrace, car alors l'une ne différait pas de l'autre, reçut donc sa musique des .mains • des Phéniciens, qui lui en communiquèrent le système peu à peu, et à mesure que le permirent les circonstances et l'état de la civilisation. Pour bien
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comprendre ce système et pouvoir en suivre le développement, il faut savoir que le mot lyre que l'on a depuis appliqué à un instrument de musique en partieulier, n'était d'abord qu'un terme générique donné
à la musique elle-méme et, transporté, par ektension, à -
l'instrument scientifique, au moyen' duquel on en déterminait:les lois. (Ce mot grec lyra tenait à la mémo racine que le mot phénicien lirais qui exprimait tout ce qui est harmonieux et concordant.) Ce que l'on entendait par la lyre à trois cordes ne s'appliquait pas à l'instrument de musique dont on jouait, mais à celui qui en constituait l'accord fondamental. Ce fut du moment où l'on confondit ensemble l'instrument théorique avec l'instrument ,pratique que l'on, cessa de s'entendre.
La lyre à trois cordes, dont parle Diodore de Sicile désignait le système des tétracordes conjoints. C'était le système le.plus ancien. Ces.trois cordes étaient, mi, la; si, lui ou bien, la, ré, mi, la. Indiquer la lyre, c'était indiquer le système, c'était tout indiquer; car, la itsposition d'un tétracorde étant mathématiquement fixée dans le genre diatonique, on ne pouvait.pas se tromper.
Or, cette disposition était pour chaque tétracorde en allant de l'aigu au grave, à la manière des Phéniciens, de deux tons successifs et d'un semi-ton. Les Grecs, tandis qu'ils ne différaient pas des Thraces, n'avaient point d'autre mélodie; tout, pour eux, était renfermé dans l'intervalle musical des tétracordes, disposés comme je l'ai dit.
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Dans les cieux systèmes des tétracordes conjoints et disjoints, le mode, fluctuant entre ks toniques la et mi, s'arrête de préférence sur le la, ce qui est très conI'orMe aux idées de ce mode consacréà la nature féminine. Cependant, comme la Anale au grave du système des tétracordes conjoints s'arrêtait sur le si, etinissait, un moment, le principe assimilé 'à la nature masculine, les Phéniciens voulurent effacer encore cette dominance et, pour cet effet, ils ajoutèrent au ,grave, une corde qui se trouve être la double octave du sdit le plus aigu du système des tétracordes disjoints, c'est-à-dire un la fondamental.
Ainsi, ils communiquèrent aux Greés leur mode favori appelé Loerien, le chant de (la danse) l'alliance, particailièrement connu sous l'épithète de Lynos ; ce lunaire est célèbre par son effet mélancolique. Au moyen de l'adjonction de ces deux cordes, les deux systèMes furent fondus en un seul qui ne différait 'dc celui des Hindous, tel que je l'ai déjà Rait connaître, qu'en un seul point qui parait d'abord d'une certaine importance, quoiqu'il entraine avec lui les conséquences les plus graves, quant au principe d'où il émane. Ce seul point consiste en ce que la corde si bémol, qui se trouve comprise dans le tétracorde synnéménon, fait partie du système en qualité dé ton diatonique ; et dès lors effaçant le si naturel, comme principe, le fait dépendre du fa qui devient le principe deminateur. Ces idées, ainsi que nous le savons assez, étaient celles des Phéniciens et de toutes les nations appelées Ioniennes et Amazones.
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Ce système musical qu'on peut appeler Ionien, étant parvenu à sa perfection, resta longtemps en cet état, parmi les Thraces. Il parait constant que toute la modulation de ces peuples se bornait à faire passer la mélodie des tétracordes conjoints et disjoints, et alternativement; souvent même, ils ne modulaient pas, et alors, ils chantaient \ sur la lyre à trois et quatre cordes, suivant qu'ils voulaient admettre le diapason de septième ou r octave. Comme la mélodie se ren fermait dans l'étendue du tétrcorcle, le chant, était simple et facile. Il suffisait souvent au chanteur de donner le ton des cordes principales des lyres si, mi, la, ou mi, /a, si, mi, pour improviser leremplissage des cordes secondaires. Ce qui prouve cette opinion, &est lamanière dont sont notées q aciqu-s anciennes poésies grecques. Parmi celles qui sortent de la bibliothèque du Vatican, on en trouve où la fin de chaque vers est marquée par une lettre vocale et une lettre instrumentale placées immédiatement l'une sur l'autre ; ce qui indique évidemment l'intention du poète ou du musicien, de commencer le chant du vers sur la corde désignée ou de s'y arrêter, laissant au chanteur la liberté de remplir le reste à son gré, Ainsi la lyre théorique pouvait fort bien être locale et exister avec trois ou quatre cordes toujours pincées à vide; mais dès l'instant qu'elle devint pratique et instrumentale, il fallut nécessairement ou que le nomÙre des cordes fùt augmenté, ce qui donna naissance 'à la harpe, à l'épigone, au psaltérion, etc..., ou bien qu'on y adaptât un manche où les doigts, se posant sur cha-
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tune des cordes, lui fissent rendre les divers sons du -tétracorde qu'elle représentait ; ce qui causa l'invention de la cithare, du barbiton, de la mandore, etc.
serait difficile de dire combien de temps la musique ionienne resta dans cette simplicité. Tout ce qu'on peut affirmer de raisonnable à cet égard, c'est que des variations suivirent ceires de la secte qui l'avait adoptée comme un. symbole de son alliance. J'ai dit que cette secte ne tarda pas à se diviser. Les peuples qui naquirent de cette division affectèrent presque tous d'avoir une musique différente les uns des autres ; car la musique ayant été une des premières causes du schisme primitif, devait entrer 'Mur beaucoup dans la formation des sectes particulières qui en naquirent. Il se forma donc une foule de systèmes différents parmi lesquels ceux qu'on nomma lydien, phrYgien, dorien, des noms des peuples qui les adoptèrent, furent les principaux. Ces systèmes n'étaient pas précisément alors ce que les Hindous avaient entendu par leurs rayhas, ni ce que nous entendons aujourd'hui par, modes, puisque, au lieu d'une série de sept sons renfermés dans une octave, ils en contenaient jusqu'à seize dans l'intervalle du double diapason. Ces systèmes consistaient, comme je l'ai montré, dans une série de tétracordes conjoints ou disjoints, et différaient entre eux par l'enchaînement de ces mêmes tétracordes, tantôt par la place que le demi-ton y occupait, tantôt par une simple transposition, soit au grave, soit à l'aigu. Telle est la confusion que le grand nombre de ces systèmes entraîne et le peu de .soin que les leri-
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vains qui en ont parlé ont, mis à la distinguer, que même parmi les trois principaux, le lybien, le phrygien et le dorien, il est impossible de dire aujourd'hui rigoureusement si la tonique du lydien était nu ou ut et celle du dorien ut ou mi.
Il n'y a pas un auteur, qui, sur ce point, ne contredise l'autre, et ne se contredise souvent lui-même. Dans ce conflit d'opinions contradictoires, j'ai pourtant distingué deux autorités qui m'ont déterminé à donner au lydien la tonique mi et au dorien la tonique ut. La première est celle d'Aristoxèneiqui dit que les Doriens exécutaient le mémo chant a un ton plus bas que les (Doriens) Phrygiens et ces derniers, ,à un ton plus bas que les Lydièns. La seconde, qui confirme cette première, est du judicieux Saumaise qui, dans son Commentait.e sur les Comédies de Térence, nous apprend que la musique adaptée à ces comédies s'exécutait sur des flûtes appropriées à chaque mode ; les uns servant au mode phrygien, les autres au dorien, pins grave que le phrygien ; et la troisième, aulydien, pins aigu que les deux autres modes. Zarlin, en Italie, et Sux, en Alleniagne, ont suivi cette opinion, ainsi que 3.-J. Rousseau, enFrance, qui cite à ce sujet Ptolémée.
réVmologie de noms, jointe aux C0118équences nombreuses qui découlent de tout ce qui précède, doit confirmer cette opinion.
CIIAPITRE XIII
SYSTÈME MUSICAL DES GRECS
PYTHAGORE
Je n'ai pas besoin, je pense, d'après tout ce que j'ai dit. d'expliquer pourquoi Amphion, Marsyas et Thainiris, que l'on donne pour les inventeurs des trois systèmes lydien, phrygien et dorien, et que l'on prend pour des personnages physiques, ne sont rien moins que cela : on doit savoir qu'à cette époque reculée l'histoire ne s'occupait pas des individus. Ces trois noms se rapportent à des êtres moraux et non pas à des hommes ; ils désignent comme les inventeurs de ces systèmes, les idées mêmes qui présidaient à leur invention.
Ainsi, Amphion qui préside au système lydien, c'est- à-dire à celui de la faculté génératrice de la femme, signifie exactement la voix nationale ou métropolitaine de l'Ionie ; Marsyas, celui qui invente le phrygien, celui des chefs de troupeaux, ou des rois pasteurs, représente l'esprit brûlant, l'ardeur martiale et guerrière ; et I'hamiris, qui domine sur le dorien,


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