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« For chemists and metallurgists, it labels a group of elements and toxic compounds. »23
On peut même trouver d'autres significations dans des dictionnaires plus anciens, tel le Oxford English Dictionary dont Walser tire quelques définitions du terme « heavy metal » datant du XIX' siècle : celui-ci désigne alors des fusils à larges canons, ou bien dans l'expression « he is a man of heavy metal » désigne la force, la puissance du personnage.24 En somme, l'important est ici de constater en quoi ce terme s'est révélé approprié pour désigner cette musique de même appellation : car, en effet, celui-ci véhicule les valeurs de la musique Heavy-metal et par extension celles plus larges du Métal lui-même : la puissance, le danger, et toutes les occurrences qui gravitent autour de ces notions. Cependant, au-delà des significations liées à la propriété du matériau en lui-même et qui reflètent par certaines facettes celles intrinsèques au genre musical, ce serait plus particulièrement par le biais du domaine artistique que l'expression se serait véritablement répandue. En effet, le terme apparaît dans Nova Express de William Burroughs (1964), toutefois l'affiliation entre l'expression effectivement utilisée et la musique métal peut-être discutée25. Néanmoins, une autre référence de premier ordre se retrouve dans la chanson « Born to Be Wild » de STEPPENWOLF (1968), qui fut notamment popularisée par son utilisation dans le film Easy Rider de Dennis Hopper (1969)26 :
« I like smoke and lightning
Heavy metal thunder
Racin' with the wind
And the feelin' that I'm under »27
À propos de l'expression « Heavy metal thunder », son auteur Mars Bonfire déclare : « [...] la phrase m'est venu comme l'expression adéquate dans le but de désigner la lourdeur
23 « Pour les chimistes et les métallurgistes, cela étiquète un groupe d'éléments et de composés toxiques. », Robert Walser, op. cit., p. 1.
24 Ibid., p. 1.
25 Le terme "Heavy Metal" est en effet bien présent dans Nova Express de Burroughs et est souvent référencé dans les articles sur le genre comme sa première véritable apparition. Comme nous avons pu le voir avec Walser (cf Supra), l'expression est bien sûr plus ancienne que Burroughs lui-même. De là à faire une filiation sémantique entre le terme et sa dénomination musicale par le biais du livre de Burroughs, cela ne semble pas flagrant. En effet, il faudrait pour cela relever les différentes occurrences de l'expression et en cerner les différents contextes. Cependant, pour plus de précisions sur ce point, on peut se référer à Deena Weinstein, op. cit., p. 19 et Matthieu Metzger, op. cit., p. 11.
26 Deena Weinstein, op. cit., p. 19.
27 « J'aime la fumée et la foudre / Le tonnerre du métal lourd / Faisant la course avec le vent / Et la sensation que je suis dessous »
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et le bruit de puissantes voitures et motos. »28 Au-delà de la référence au milieu des motards dans cette chanson et plus particulièrement dans le film Easy Rider (dont nombreux seront au départ des fervents défenseurs de cette musique mais aussi initiateurs d'une certaine esthétique vestimentaire — cuir, tatouages, etc.), les notions de « lourdeur », de pesanteur, de « bruit », de « puissance » sont bien présentes et définissent les principaux aspects musicaux sur lesquels le Métal va se former, dans lesquels celui-ci va se fondre. Toutefois, c'est plus particulièrement avec l'aide de la presse que l'expression en elle-même va se généraliser29.
Au départ, le Hard-rock et le Heavy-metal se développent principalement en Angleterre et aux Etats-Unis. Mais les années 80 entraînent l'explosion du genre et sa ramification en nombreux sous-courants, chacun possédant ses propres particularités. De plus, son extension dans le reste du monde se fait croissante (AC/DC d'Australie, SCORPIONS d'Allemagne en sont quelques célèbres exemples). D'autre part, les subdivisions se font de plus en plus sensibles, avec par exemple à la fin des années 70 l'apparition de la New Wave Of British Heavy Meta13° (avec IRON MAIDEN, JUDAS PRIEST), caractérisée par une certaine rapidité dans l'exécution musicale, et par ce fait dégageant une agressivité accrue (de même du côté de l'esthétique visuelle : par exemple, le "look" cuir, clous et chaînes arboré par JUDAS PRIEST). Les années 80 durcissent le ton, METALLICA débarque avec son album Kill'em all (1983) et s'annonce comme précurseur du Thrash-metal, une musique plus rapide, plus violente, plus technique, en somme sans concession, et qui compte bien tout balayer sur son passage (parmi quelques autres pionniers : SLAYER, MEGADETH). À l'inverse, à cette même période, se développe un autre courant métal mais dont les caractéristiques sont plus ambiguës : c'est la vague du Lite-metal (un métal moins agressif, plus "pop") et du Glam-metal dont les protagonistes jouent sur l'ambiguïté sexuelle de leurs personnages, et dont l'aspect musical moins radical que ses confrères "thrasheurs" attire un nouveau public : le public féminin. C'est d'ailleurs un des points que nous allons aborder dans cette étude, afin de mieux comprendre le milieu identitaire de ce courant musical. Cependant, les années 80 voient l'émergence de nombreux autres mouvements au sein du Métal (Gothic-metal, Black-metal,
28 « [...] the phrase came to me as the right expression of the heaviness and noise of powerful cars and motorcycles. », Deena Weinstein, op. cit., p. 19.
29 « The term "heavy metal" has been applied to popular music since the late 1960s, when it began to appear in the rock press as an adjective ; in the early 1970s it became a noun and thus a genre. », Robert Walser , op. cit., p. 7.
Traduction : « Le terme "heavy metal" a été appliqué à la musique populaire depuis la fin des années 60, lorsqu'il a commencé à apparaître dans la presse rock comme un adjectif ; dans le début des années 1970 il est devenu un nom et ainsi un genre. »
30 Plus couramment désignée par le sigle NWOBHM.
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Doom-metal) et dont les années 90 vont encore accélérer la dissolution et la naissance de nouvelles catégories (Grindcore, Death-metal, Metal-Symphonique, Metal-Progressif, etc.), chacune d'elles contribuant à l'exploration de nouvelles contrées, tout en restant fidèles aux valeurs qui forment le genre.
Il nous faut d'ailleurs noter ici le véritable éclectisme du genre Métal, dont nous n'avons donné ici qu'un relatif aperçu, et dont Fabien Hein a dans son ouvrage détaillé avec précision les caractéristiques inhérentes à chaque sous-courant. Car, en effet, nous avons effectué le calcul, et l'on peut dénombrer chez Hein, après les deux courants fondateurs que sont le Hard-rock et le Heavy-metal dans les années 70, un total de 27 nouveaux genres apparus dans les années 80 et 90, et qui eux aussi totalisent environ 80 sous-courants dénotant des variations au sein des 27 genres cités précédemment. Par exemple, le Black-Métal, apparu dans les années 80, revêt différentes figures : le True Black Metal, l'Electro Indus Black Metal, le Brutal Black Metal, le Symphonic Black Metal, le Melodic Black Metal, le Folkloric Black Metal, le Viking Black Metal, le Pagan Black Metal, le Progressive Black Metal. Cela peut paraître quelque peu hermétique pour un néophyte, mais nous aborderons de plus près les différenciations spécifiques lorsque nous nous attarderons sur un genre en particulier. En somme, tout comme le développement du Jazz au XX' siècle (avec le Be-bop, le Cool-jazz, le Free-jazz, etc.), le Métal s'est en une trentaine d'années totalement diversifié, a révélé divers courants avec leurs propres codes sonores et visuels, leur point commun étant l'héritage du Hard-rock et du Heavy-metal fondé dans les années 70. Les chronologies d'Eric Lestrade31 et de Fabien Hein32 nous permettent d'ailleurs une meilleur vision d'ensemble du phénomène, et nous démontrent, au-delà de l'image monolithique que semble dégager le Métal au regard du grand public33, la véritable hétérogénéité du genre. En somme, à l'instar de nombreuses autres musiques populaires, le Métal a développé ses propres schémas intrinsèques, s'est ouvert également à d'autres cultures musicales (classique34, techno, rap, folklorique, etc.), et en quelque sorte est devenu en l'espace de seulement 30 ans une véritable entité protéiforme. Le propos suivant de Fabien Hein va nous permettre d'effectuer une synthèse vis-à-vis de notre tentative d'historique de la musique métal :
31 La chronologie d'Eric Lestrade est tirée du site Web suivant : http://membres.lycos.fr/ericlestrade/ Cf Annexe n° 1.
32 Fabien Hein, op. cit., pp. 136-137. Cf Annexe n° 2.
3311 semblerait d'ailleurs que le terme « hard rock » soit encore aujourd'hui bien plus présent et plus significatif vis-à-vis du grand public que le terme « métal ».
34 Point particulier et relativement important dans la musique métal auquel nous consacrons une analyse spécifique par la suite.
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« Il me semble que le metal est traversé par trois types de processus plus ou moins centrifuges. Le premier (années 70) est celui de la constitution du genre sur la base d'une bipolarisation du hard rock et du heavy metal. Une décennie marquée par un durcissement musical intrinsèque, ou l'on voit progressivement poindre une logique de la surenchère. Le second processus (années 80) est celui de la radicalisation musicale, dans une logique extrémiste. Le troisième processus (années 90) est celui du métissage, dans une logique de renouvellement en même temps qu'est amorcé un mouvement de retour aux origines. »35
La vision d'ensemble est assez pertinente ; cependant, nous ajouterons à ces propos la continuité de la logique de surenchère et d'extrémisme dans les années 90, cette logique étant un des facteurs constitutifs de la musique métal comme nous le verrons plus amplement par la suite. Toutefois, comme le note Walser, « telles les frontières du genre, l'histoire du heavy metal est largement contestée »36, que ce soit par les rares sociologues et musicologues qui se sont penchés sur le sujet, ou bien par le public même qui soutient cette musique.37 S'il faut tout de même retenir un aspect primordial du Métal, c'est celui-ci : le Métal est puissance38 — notion récurrente dans toute analyse du genre qui se veut objective. Mais quel fut le contexte social de cette "volonté de puissance"39, comment est-on passé du message « Love » des années 60 à celui d'« Evil »40 avec l'émergence du Métal ? C'est ce point que nous allons maintenant aborder.
35 Fabien Hein, op. cit., p. 10.
36 « Like the boundaries of the genre, the history of heavy metal is widely contested. », Robert Walser, op. cit., p. 15.
37 Cf Robert Walser, ibid. , p. 18
38 Nous reprenons ici à notre compte l'exergue du chapitre 1 de Robert Walser :
« I have been invited to try my hand at explaining heavy-metal music. First, heavy metal is power... », Rob Halford, chanteur du groupe JUDAS PRIEST.
Traduction : « J'ai été invité à essayer de définir la musique heavy-metal. Tout d'abord, le heavy metal est puissance... »
39 La référence à Nietzsche n'est pas anodine ; Nietzsche dont la philosophie a été partiellement récupérée dans le mouvement métal. Cf notamment Matthieu Metzger, op. cit., p. 15.
40 « The master word of the 1960s, LOVE, was negated by its binary opposite, EVIL. », Deena Weinstein, op. cit., p. 18.
Traduction : « Le mot maître des années 1960, L'AMOUR, était rejeté par son opposé binaire, LE MAL. »
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2- Contexte social, politique, économique


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