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78 LA MUSIQUE EXPLIQUÙE
celui de la liberté ou de la force, désigne la lainière des astres jumeaux.
Ce fut une grande révolution musicale lorsqu'on osa disjoindre les tétracordes, qui, selon les lois anciennes et sacrées, devaient être conjoints. Cette révolution, dont les suites furent. plus considérables qu'on ne pouvait jamais se l'imaginer, prit sa source dans la doctrine de Krisner, , touchant l'hermaphrodisme universel. Cette doctrine avait obtenu le plus éclatant succès ; elle avait été ireçue en Lybie, en Egypte, en Arabie, dans une partie dela Phénicie et de là avait facilement . pénétré en Europe, où, déjà, clic avait lit d'assez grands progrès parmi IL-5 Thraces. Les Ioniens, justement alarmés d'une doctrine qui tendait à \restreindre leur influence, e craignant de voir leur 'empire, affaibli par tant de déchirements, s'écrouler tout à fait, voulurent s'opposer' à sa marche; mais il était trop tard. Le suprême sacerdoce lança vivement des anathèmes. La Grèée entière: se souleva et commença dès lors à se distinguer de la Th tuai proprement dite, restée fidèle à la métrOpole. On éleva autel centre autel, et, Ma-
- sant de reconattitre désormais le souverain pontife résidant sur la montagne sacrée de 'a Thrace, on choisit le mont. Parnasse pour remplacer cette montagne, et Port y bâtit la ville de Delphes, désignée phot être la ville sainte sous le nom de Pytho. Ce fut là que la secte nouvelle, se disant conduite par l'eSprit universel Oleu, plaça le fametix ombilic, symbole de l'henni.- phrodisnie divin, et prit 1,dur objet (le son culte, le' soleil e la lune réunis dans le même être, connu
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d'abord sous le nom d'OEtolnios. Cette révolution, qui, en séparant pour jamais la Grèce de la Phrygie et isolant cette dernière de la Thrace, a exercé la plus grande influence sur les destinées de l'Europe, méritera, un jour, d'occuper les crayons de l'histoire. Tout incomplets que fussent les genres chromatiques et enharmoniques de la Grèce, ils firent, clans leur nouveauté, un grand effet dans les mains d'Orphée qui les employe A ce no-m, auquel tant de souvenirs brillants se rattachent, je seins renaître en moi le désir de rentrer clans les champs de l'histoire, pour y élever un monument à la gloire de l'homme divin qui l'a porté. Mais ce serait trop dépasser les bornes que je me suis prescrites, que de vouloir faire, pour les temps modernes, ce que j'ai fait pour les temps anciens. Qu'il me suffise de poser ici la ligne de démarcation qui sépare l'histoire allégorique et morale de l'histoire positive et civile. Orphée est le premier homme chez les Grecs qui ait fait époque, en se posant au centre d'une sphère morale dont l'influence se fait encore sentir parmi nous après plus de trente-trois siècles. Instruit- par les Egyptiens, initié à leurs mystères les plus secrets, il s'éleva en .Grèce, au rang de prophète et de pontife suprême. Il sut n Ir au même culte vingt peuplades ennemies, divisées autant-par leurs opinions religieuses que par leurs lois civiles, et fonda cette admirable fédération amphictyonique dont les décrets étaient soumis à la sanction du souverain pontife de Delphes. C'est lui qui estle créateur de cette magnifique mytho-
' logie greeque.• qui, malgré les -efforts redoublés d'une
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secte intolérante et fanatique, brille encore au travers des ridicules lambeaux dont on Pa enveloppée, anime tous nos arts et règne dans notre poésie.
Le ser important qu'Orphée rendit à la musique
grecque fut de fondre tous les systèmes en un seul, et de distinguer, sous le nom de modes, ce qui, avant lui, avait porté le nom de système. On croit, généralement, qu'il n'admit que trois modes dans mm système unique. Ces modes primitifs furent le lydien, le phrygien et le dorien, dont les tonique., en allant de l'aigu au grave, étaient mi, re, ut. Quelques-uns veulent qu'en partageant chacun des deux tons mi, re, ut, en deux intervalles, mi bémol et ut dièze, il lit place à deux autres modes, l'ionien et l'éonien qui, ' alors, n'auraient été que de simples transpositions. D'autres, parmi lesquels Baechius Paneien et Ptoléniée, assurent que les modes, reçus par Orphée, turent au nombre de sept.; mais ils ne s'accordent ni sur le rang, si sur le nom de ces modes. Enfin, plusieurs établissent quinze modes, savoir cinq primitifs, le lydien, l'éolien, l'ionien, le phrygien, autrement nommé iastien, et le dorien ; cinq secondaires supérieurs, désignés par l'épithète d'hypo. Mais il est évident que ces quinze derniers modes n'ont point existé du temps d'Orphée, où je suis persuadé que la transposition des môdes de semi-ton en semi-ton était inconnue.
Ce ne fut qU'après Pythagore que cette transposition put avoir lieu, lorsque ce grand homme, ayant pénétré dans la profondeur des sanctuaires égyptiens avec un
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courage et une constance jusqu'alors sans exemple, • eut connu et fait connaître à ses disciples les principes de la science et leur eut appris à remplir le système musical d'une suite non interrompue d'intervalles diatoniques, chromatiq,ues et enharmoniques, selon les progressions mathématiques rigoureuses.
Lorsque Pythagore parut en Grèce, riche de toutes les lumières de l'Afrique et de l'Asie, environ neuf Siècles après Orphée, il y trouva le souvenir de cc philOsophe presque effacé de la mémoire des hommes, et Ses instructions les plus belles, ou méconnties rapportées à files origines ihntastiques. Le misérable orgueil de se dire autochtone et de ne rien devoir aux nations voisines avait bouleversé toutes les idées. On plaçait en Crète le tombeau de Zeus, le dieu vivant ; on voulait, à _toute force-, faire naître, dans une bourgade de la Boétie, Dronisos, l'esprit divin, et, dans une petite île de l'Archipel, Apollon, le père .universel. On débitait mille extravagances de cette nature, et le peuple devenu souverain, qui y croyait, commandait arroganunent aux plus fortes tètes d'y croire. Les mystères établis pOur faire connaître la vérité à un trop grand nombre d'initiés perdaient - -leur influence; les hiérophantes, intimidés ou corrompus, se taisaient en consacrant le mensonge. Il fallait nécessairement que la vérité se perdit tout à fait ou qU'il se trouva une autre manière de la conserver.
Pythagore fur l'homme à qui ce secret fut, révélé.
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Il lit pour la science ce que Lycurgue avait fait pour la liberté. Celui-ci, comme législateur, avait institué sur un seul point de la Grèce un couvent de soldats contre lequel vint se briser le despotisme persan celui-là, conune. philosophe, institua une assemblée secrète d'hommes sages et religieux qui, se répandant en Europe, en Asie et même en Afrique, y lutta contre l'ignorance et l'impiété tendant à devenir universelles. Les services qu'il rendit à l'humanité furent immenses.
La secte qu'il créa et qui, aujourd'hui même, n'est pas entièrement éteinte, après avoir traversé, comme un sillon de lumière, les ténèbres amoncelées sur nous par l'irruption des Barbares, la chute de l'empire romain'et Pér.ction nécessaire d'un culte intolérant et superstitieux, a rendu la restauration des sciences mille fois beaucoup plus facile qu'elle n'eût été sans elle, et nous a épargné plusieurs siècles de travaux.
C'est elle qui a poussé en avant toutes les sciences physiques, qui a ranimé la chimie, débarrassé Tastronornie des préjugés ridicules qui arrêtaient sa marche, a appris à connaître l'importance de la géométrie et des mathématiques, et donné des points d'appui rhistaire naturelle.• Elle a également influé sur la marche des sciences morales, mais avec moins de succès, à cause des obstacles qu'elle a rencontrés dans la métaphysiqu,- ténébreuse des époque C'est ;Uri écrits de cette sccte savante et à quelques circonstances heureuses que je dois d'avoir retrouvé les
vrais principes de la musique et d'étui par ^-etiu, par.
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leur moyen, à écrire sur cette science comme je l'ai fait, en suivant avec une rectitude qui, sans doute, n'aura pas échappé à la sagacité du lecteur, son histoire systématique ehéz la plupart des nations de la terre durant l'espace de douze .cent initie ans.
CHAPITRE XIV
CONSEILS AUX JEUNES COMPOSITEURS
A PROPOS DE L'IMITATION EN MUSIQUE
On dil de tous les arts en général, et de la nitisique / en parti-entier, qu'ils sant l'imitation de la nature. Ce ( principe est vrai, sans doute, quand cm sait 'Aut. l'entendre ; mais autant-il peut bien servir el, ce cas, autant il peut nuire chu> l'antre, c'est-à-dire, quand il est Mal entendu. La nature, qui est l'objet de l'imitation des arts, n'est point, comme l'imagine le vulgaire des artistes, la nature physique dont ICS phénomènes frappent les sens, mais. celle dont les merveilles se manifestent à leur intelligence. Prendre pour unique modèle les formes particulières de > première, c'est s'astreindre n'àre qu'un copiste servile,, un froid ,imitateur. Ce n'est qu'en cherchant à reluire sensibles les beautés intellectuelles de la seeonde, qu'On Meut pré,entlre à devenir créateur, qu'on petit s'élever jusgpfati • sublime dans
quelque genre que, ce soit. Si, parmi les arts, il en est
un auquel ou puisse appliquer le principe dont il s'agit, et dire qu'il est Mie imitation de la nature,
LA MUSIQUE EXPLIQITL^E
c'est, sans contredit, celui de la peinture. Cependant, combien serait médiocre et mesquin le. peintre qui se bornerait à retracer fidèlement-sur la toile la forme et la couleur des objets qui frappent les yeux ! Ses tableaux, privés de sentiments et de vie, renfermés dans le cercle étroit de ce que, l'on appelle le portrait et le genre, ne s'élèveront guère au-dessus de la caricature. Les plus grands efforts tendraient à rehausser l'art. ,Ill imiterait exactement la nature, il est vrai, en copiant un arbre, un rocher, une fleur, en faisant reconnaître au premier coup d'oeil un tel homme, un tel ani-nal, une telle chose, mais cette nature ne serait certainement pas celle qui inspirait Raphaël dans la composition de son admirable tableau de la Transfiguration. Voyez ces superbes monuments d'architeeture élevés sûr les dessins de Michel-Ange ou de Perrault, et dites-moi où sont, dans la nature physique, les modèles des basiliques de Saint-Pierre et de la colonnade du Louvre ?
Le triomphe des arts n'est pas d'imiter la nature, comme on l'a dit et répété sans examen, c'est de l'embellir et de l'élever, en lui donnant ce qu'elle n'a point, en la transportant hors de sa sphère propre dans une Sphère moins circonscrite et plus noble. La musique est, de tous les arts, celui dont le triomphe dans ce >genre est le plus facile à comprendre; une imitation rigoureuse de la nature physique non seulement la dépare, mais l'anéantit, pour ainsi dire, en mettant à sa place une chose qui n'est pas elle. On peut se convaincre de cette vérité par une expérience facile à faire.
86 LA MUSIQUE EXPLIQUÉE
Eeoutez un habile chanteur,. un habile joueur de flûte ou de'hautbois • peindre au milieu d'un accoMpagnement à-grand'orchestre, , le ramage des oiseaux; vous serez ravi, non en proportion de l'exactitude de l'imitation qui aura lieu, niais en proportion des sentiments que vous aurez éprouvés autrefois, et que le talent du compositeur eL du symphoniste :réveilleront "dans votre âme. Rien ne ressemble moins au rossigriol que ces traits de chant, ces mouvements d'harmonie.dent vous aurez leSeoreilles flattées, et pourtant, vous y reconualtrez ce qui..ieuS aura attendri et vous vous attendrirez. Transportez brusquement au milieu de cet orchestre, un de ces petits chalumeaux qtie les enfants remplissent d'eau et qu'ils font gazouiller entre leurs lèvres, en imitant parfaitement le ramage que vous aurez cru entendre ; à peine aurez- vous reconnu. cette misérable imitation °que tous le charme sera détruit et quele dégont et l'ennui succède- rouit au plaisir que vous causait l'illusion. Cette vérité a déjà été sentie et exposée. On a bien vu que les animaux sensibles à la musique (I), que les enfants charmés. du chant de leur nourrice, n'y cherchaient rien d'imitatif.
Les sauvages répètent leurs chansons naïves ou féroces, • sans avoir en vue de rien imiter dans la nature. C'est dans les. émotions de leurs âmes qu'ils .puisept leur mélodie ; c'est au moyen de leur action qu'ils lui donnent de l'expression. Le modèle dont le
:1; Pl atarquo, .,:ynir of. . au Inn , 1te Yal ; Mo ulet, de l'EX?).
MUS .
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compositeur de. musique doit se proposer l'imitation est dans son âme. Qu'il le cherche là, il le trouvera. Si ce modèle lui manque au besoin, c'est en vain qu'il croira le rencontrer ailleurs. Tout ce qu'il puisera dans la nature matérielle sera inanimé, stérile ; n'étant point ému, il ne pourra pas émouvoir ; ses images les plus parlitites seront des squelettes, et les ornements empruntés,. do :Yi, il croira couvrir leur sécheresse, si ce ne sont point des réminiscences, seront toujours déplacés.
Eeoutez ce secret, jeunes compositeurs, qui cherchez la perfeCtion de l'art musical. Sachez qu'il existe une' \ correspondance entre les âmes, un fluide secret et synipathique, une électricité inconnue qui les met en rapport les unes avec les antres. De tous les moyens de mettre ce fluide en moux;ement, la musique offre le, plus- puissant. Voulez-vous communiquer un senti; Ment, une passion à ceux qui vous écoutent? Voulez- vous réveiller en eux un souvenir, leur inspirer un pressentiment ?Concevez vivement ce sentiment, cette passion ; pénétrez-vous de ce souvenir, de ce pressentiment ; travaillez l ce que vous aurez voulu s'opérera. Plus vous aurez mis de force à sentir, plus vous verrez que vos auditeurs sentirontevec force. Ils éprouveront - à leur insu, et à proportion 'de votre force et de leur sensibilité, la commotion électrique que vous aurez - imprimée au fluide sympathique dont j'ai parlé. Ne vous, inquiétez pas de savoir comment cela se fera ; ne nie demandez' pas comment cette commotion poui'ra être eotee ait papier et survivra au principe
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moteur gui l'aura déterminée. Ces profondeurs métaphysiques ne sont point ici de votre domaine. Faites ce qat je vous dis, si vous le pouvez, et:laissez faire : Mais, me direz-vous peut-être, suffit-il de se pénétrer, d'un sentiment pour se le communiquer ? Est-ce assez de concevoir fortement une idée pour, l'inspirer ? Ne faut-il pas connaître les moyens nécessaires à cet effet? Assurément, il le faut, etje vous prie de ne pas prendre ici le change. Votre inspiration, quelle qu'elle soit, ne pourrait rien opérer si elle manquait des moyens opérateurs. Avant de prétendre peindre, faut avoir en sa possession des pinceaux, une palette chargée de couleurs et savoir les employer seron les règles du dessin. Vouloir faire de la musique sans s'être rendu musicien, c'est le comble de l'extravagance 'et du ridicule. Les pinceaux, la pelette, le dessin, ne font pas le peintre, niais ils le servent. La connais- sauce parfaite de la science musicale, la possession de toutesles régies mélodiques et harmoniques'ne constituent pas le compositeur, mais sans elle, II ne peut rien. C'est en vain que le plus habile joueur de link voudrait me procurer son talent, s'il manque de l'instrument dont il doit jouer.
Connaissez donc votre art; possédez-en toutes les ressources ; amassez, entassez les matériaux dont vous tlevez vous servir: ce seront les moyens que votre volonté emploiera pour opérer ces prodiges. Songez que de la force de votre volonté naitra le talent, qui, s'i t est dirigé par le gente, ne coiniaitra pas d'obstacles.
C'est le génie qui donnera ne matériaux de la science
Cowes SCIENCE ET COMME ART 89
la vie qu'ils ne possèdent pas par eux-mêmes ; c'est le talent qui vous en montrera l'emploi.
Le goût naitra de la réaction qu'exerceront sur vous
les circonstances où vous serez placé ; car le goût est
toujours relatif. Que si,- continuant à vous inquiéter de
. la nature des matés taux que la science vous fournira,
vous me demandez comment vous parviendrez à la
connaître, et de quelle manière vous saurez, par
exemple, distinguer les moyens de donner à la mélodie
un caractère de tristesse et de gaieté, de douceur et de
force; je vous répondrai que cela dépendra précisé-
.ment de la justesse de votre sentiment et de la force
de volonté que vous mettez à l'exprimer. Si voulant
peindre la tristesse, vous savez vous pénétrer de ce
sentiment; les moyens que vous aurez de les caracté-
riser vous arriveront d'eux-mêmes, et votre volonté les
mettra en oeuvre, selon l'étendue de votre talent.
en sera de Même de la gaieté et des antres affec-
tions moraleS,. Les images ne seront pas plus difficiles.
Les tableaux que vous créerez dépendront toujours de
l'aptitude que vous aurez à les saisir et à vous les re-
présenter. Lorsque lés moyens directs vous manque-
ront pour exprimer vos idées, lorsque vous éprouverez ' cette sorte de pauvreté qui naît toujours d'un défaut ' de science, yetis verrez que votre volonté ira ramasser tout ée qu'elle pourra de, moyens indirects pour s'y _suppléer; et, souvent, vous serez tout surpris de voir que les mêmes choses qui, dans d'autres circonstances, avaient passé pour peindre là douleur, se sont prêtées à peindre le plalsir.
CONSEILS AUX JEUNES COMPOSITEURS
A PROPOS DE L'IMITATION EN MUSIQUE
(Suite.)
S'entez fortement ce que Vous voulez faire sentir. Il n'y a pas, je vous assure, d'autre principe de l'expressien musicale. C est pour le compositeur, comme pour ,l'executant, la seille voie d'y arriver. La ceriception première appartient à nui, la conception seconde 4 l'autre; l'un déterminé la cause, l'initre propage l'effet. Lorsqu'Un morceau de musique vocale ou ir struinee-• tale est bien compoe,é, c'est-à-dire lorsqu'il renèle eu
.rexpresfiion d'un sentiment quelconque én-tané du compositeur, . il est tri;:s rare que l'i•tiste chargé de l'exéCui er, pour peu qu'il ait du talent, rieiz sente pas. C'est ,inêtne là la pierre de touche du talent de Tekécutant. '
Vous pouvez être sûr que le symphoniste on le • . chanteur qui, ayant deVant lui un morceau de•musiqUe où le compositeur a réellement' placé une aaction-de 'âme, nè le distinguera pas, manque liii-mèrne, de cette
affection, et, si . cela lui arrive souvent et dans plu-
LA 111USIQUE EXPLIQui:E 91
sieurs circonstances opposées, prononcez hardiment qu'y. y a une pauvreté d'âme, un défaut de ressort moral qui l'empêchera toujours d'être un artiste distingué.
C'est en examinant, avec l'attention et la réflexioh convenables, les compositions musicales émanées des grands maltres et reçues d'un commun accord par les exécutants, comme renfermant l'expression d'un sentiment quelconque, que vous apprendrez à connaitre les moyens positifs que la science vous offre pour exprimer votre pensée. Vous trouverez même ces moyens encore plus simples et plus à découvert dans les chants du peuple, dans les airs nationaux, dans les restes précieux des musiques antiques; mais c'est bien à tort, au moins, que vous croiriez que ces moyens, à quelque degré de perfection que vous les possédassiez, pussent
vous tenir lieu de sentiment, et, fissent au dehors un
effet dont vous n'auriez pas développé la cause en dedans de vous : sachez, encore' une fois, qu'il n'est pas d'effet sans cause, que rien ne peut nattre de rien, et que c'est en vain qu'on espèrerait trouver dans une chose ce qu'on n'y aurait pas mis.
On a dit quelquefois que la, musique est une langue universelle. Cela est vrai dans un sens. On peut, en effet, communiquer, par le moyen de la musique, les sentiments, les affections, les émotions même ; ee qu'il
faut bien noter, c'est, que cette communication se fait
toujours d'une mamere generale et sans rien particulariser.
La musique, tout intellectuelle dans son essence, ne
gd LA MUSIQUE EXPLIQUÉE
peut recevoir de formes physiques qu'au moyen de la poésie.
Sans le secours de la poésie qui en fixe les idées, elle resterait toujours vague et indéterminée. Voilà pourquoi ces deux sciences n'étaient jamais séparées dans l'antiquité. On leur adjoignait même celle de la danse, c'est-à-dire cette sorte d'art qui, sous le nom de mimique. réglait les mouvements du corps et présidait sur ce que nous appelons la déclamation et le geste. Il est certain qu'il ne peut exister de musique parfaite, sans la réunion de ces trois choses, c'est-à-dire scns la Parole qui détermine l'idée, le chant qui lui communique le sentiment et le mouvernentrythmique qui en caractérise l'expression. Aussi est-il vrai de dire que la musique séparée de la poésie, el devenue purement instrumentale, est loin de jouir de tous ses avantages. C'est alors une sorte d'âme qui, privée de son corps, tombe dans le vague et manque de moyens pour le ire sentir ses beautés. Si la danse proprement (lite ne la s,mtient ras, elle ne résiste pas longtemps à l'ennui qui s'attache toujours.plus ou moins à l'indécision du sujet. La perfection de l'exécution peut, un moment, piquer la curiosité et fixer l'attention; mais l'attention est bientôt fatiguée, et la curiosité, qu'il faudrait toujours piquer de plus en plus, s'émousse et s'endort. Les compositeurs el les symphonistes font alors des efforts pour la réveiller mais leurs tours de force, leurs bizarreries de toute espèce •n'aboutissent qu'à la rebuter entièrement. Il faut alors revenir à la poésie, et la simplicité abandonnée venait de l'abus même
COMME SCIENCE ET COMME ART 03
qu'on avait fait des ornements. Suivez le conseil que je vous donne; ne séparez pas, si vous le pouvez, trois sœurs qui s'aiment ardemment et qui réciproquement, s'embellissent. Cultivez la poésie, la musiqiie et la déclamation, et si les circonstances vous forcent de travailler pour les instruments seuls, commencez du moins par étudier les effets de votre art sur les chants où la poésie ait laissé son empreinte ineffaçable. Ce n'est que par ce moyen que vous vous formerez à la mélodie et que vous aurez un style musical qui vous sera propre. Laissez faire ceux qui vont tâtonnant sur un Instrument quelconque, pour y trouver des Motifs de chant que la poésie leur refuse. •, Ces motifs, que rien nc« détermine, auront la durée du caprice qui leur a donné naissance. Lisez beaucoup de musique ancienne, parcourez les oeuvres des grands
compositeurs, étudiez les poètes, allez écouter-J.habiles déclamateurs. ,Cherchez, travaillez, ne vous lassez pas.



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